
Alors que la France célèbre cette semaine le jeu vidéo à travers la Paris Game Week, la situation est loin de s’améliorer dans certains studios. Dans un article publié ce vendredi 23 octobre, Le Monde donne la parole aux deux syndicats d’Arkane Studios, les développeurs lyonnais derrière Dishonored et Deathloop, filiale de Zenimax et donc de Microsoft.
Six mois de discussion
Le 16 juillet, la direction a annoncé aux salariés que Microsoft voulait fermer le studio, ce qui menace 217 emplois. Les négociations sur le plan social s’arrêtent le vendredi 30 octobre, et la consultation des élus du personnel le 13 novembre. C’est à cette date que Microsoft devra trancher.
Comme nous l’expliquions lors de l’annonce du 6 juillet, Microsoft a décidé de fermer plusieurs studios dans le monde, dont Arkane Studios. La branche américaine à Austin, Texas avait déjà fermée ses portes en mai 2024, et le regard de Microsoft se tournait désormais sur la branche historique, à Lyon. Mais voilà, la France bénéficie d’un droit du travail plus protecteur qu’aux Etats-Unis.
En septembre, lors de l’annonce de 268 suppressions de postes supplémentaires, Microsoft indiquait « les discussions avec Arkane se poursuivent et devraient se prolonger jusqu’à la fin de l’année ». La firme n’a pas changé de discours. Dans un courriel au Monde, le groupe dit « explorer différentes options pour Arkane » et chercher « activement un partenaire pour accompagner la prochaine phase de développement et permettre la commercialisation du projet », sans confirmer ni démentir la fermeture.
Pourtant, l’accord de méthode signé le 24 juillet entre Arkane Studios et Printemps écologique, le seul syndicat représentatif du studio, évoque noir sur blanc « le projet de cessation totale et définitive des activités de la société ». Ce texte fixe le déroulé de la procédure, licenciement économique de tous les salariés compris, et il est public depuis sa mise en ligne sur Legifrance le 10 août. Un autre document interne, accessible depuis septembre, prévoit la fermeture « à compter de la fin de l’année 2026 », avec une suite au premier trimestre 2027. Le Monde a relancé Microsoft sur ce calendrier, sans réponse.
« Le studio va bien », assurent les syndicats
Le délégué de Printemps écologique interrogé par Le Monde ne croit pas à l’argument économique. Selon lui, Microsoft veut se séparer d’Arkane « alors que le studio va bien, afin de faire des économies et d’améliorer la rentabilité de ses investissements à court terme ». Il juge ce motif « en contradiction totale avec ce qu’on nous dit en CSE depuis des années sur la situation économique de l’entreprise ». Son syndicat négocie le plan de sauvegarde de l’emploi (PSE, le plan social qui fixe indemnités et reclassements) jusqu’au 30 octobre. Il n’exclut pas d’attaquer ensuite le motif économique devant un tribunal.
Le Syndicat des travailleurs et travailleuses du jeu vidéo (STJV), présent dans le studio sans y avoir d’élus, reproche à Microsoft son manque de transparence : « Comment justifier cela quand les bénéfices nets annuels de Microsoft se comptent en centaines de milliards de dollars ? » Sur son exercice clos fin juin 2026, Microsoft a déclaré 133,7 milliards de dollars de bénéfice net (environ 119 milliards d’euros), soit 31 % de plus que l’année précédente.
Les deux syndicats réfléchissent maintenant à d’autres moyens de se faire entendre, grève comprise. « S’il n’y a pas d’avancée significative, nous continuerons d’augmenter la pression », prévient le STJV. Les salariés d’Arkane ont déjà fait grève récemment. Le 28 mai 2026, le STJV les avait appelés à une journée de grève contre une réforme du télétravail imposée par la direction.
Ils comptent aussi sur les joueurs. Marvel’s Blade, le jeu d’action-aventure en développement depuis 2022 et dévoilé en bande-annonce en décembre 2023, serait « plutôt sur la fin » de sa production, selon le responsable syndical de Printemps écologique. S’il ne sortait jamais, ce serait pour lui un « gâchis monumental, artistique, humain, commercial ».
Ce qui peut se passer après le 13 novembre
D’ici là, les syndicats veulent gagner du temps. Printemps écologique a demandé un report des dates limites, pour le PSE comme pour la recherche d’un repreneur, afin de « donner plus de chance aux discussions d’arriver à leur terme », selon les mots du STJV.
Cette recherche est obligatoire. La loi Florange, adoptée en 2014, impose aux groupes de plus de 1 000 salariés qui veulent fermer un site de chercher un repreneur pendant trois mois. Le Monde indique sur ce dossier que « plusieurs formes de reprise sont envisagées ».
Si la fermeture est confirmée, Printemps écologique réclame des mesures pour « permettre la réemployabilité » des 217 salariés. Le syndicat demande des reclassements internes chez Microsoft et des congés de reclassement, qui maintiennent un revenu le temps de se former ou de chercher un poste. Il veut aussi un PSE « adapté au marché du jeu vidéo », où les chances de retrouver un emploi sont selon lui « vraiment très faibles ». L’industrie du jeu vidéo est en effet en crise depuis plusieurs années, les licenciement s’enchaine. Encore cette semaine Electronic Arts a lui aussi sacrifié BioWare, le studio de Mass Effect.
Sans report, la consultation s’arrête le 13 novembre. Si Microsoft confirme alors sa décision de fermer le studio, le géant pourrait passer à l’acte dès la fin de l’année.
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