Don’t Nod veut supprimer 85 postes : le STJV dénonce un plan social taillé pour cibler des individus

Sauvegarde corrompue

 
Don’t Nod a obtenu le 19 octobre 2026 une procédure de sauvegarde, avec 9,9 millions d’euros en caisse, et prépare en parallèle un plan social qui vise jusqu’à 85 postes en France. Le syndicat STJV accuse la direction de s’en servir pour choisir qui part, personne par personne.

Oskar Guilbert, PDG du studio Don’t Nod (Life is Strange, Jusant, Vampyr), a annoncé le 20 octobre l’ouverture d’une procédure de sauvegarde qu’il qualifie de « démarche d’anticipation et de protection ».

Dans un communiqué publié ce mardi 27 octobre, la section Don’t Nod du STJV, le Syndicat des travailleur•euses du jeu vidéo, y répond point par point. Elle rappelle d’abord que la direction a annoncé la sauvegarde le 20 octobre à la presse financière, et seulement ensuite aux salariés, « comme à son habitude ». Pour les 140 salariés du studio en France, le plan de licenciements arrive sans accord syndical, imposé par la direction.

Le projet de la direction prévoit de supprimer jusqu’à 85 postes en France, sur 140 salariés, soit environ six sur dix.

La procédure de sauvegarde, accordée le 19 octobre par le tribunal des activités économiques de Paris, gèle les dettes antérieures au jugement pendant une période d’observation de six mois. Elle ne se confond pas avec le plan de sauvegarde de l’emploi (PSE), c’est-à-dire le plan de licenciements.

Pourtant, les deux sont liés : selon le STJV, sans ce gel des dettes, Don’t Nod n’aurait même pas de quoi financer son PSE. Les résultats semestriels publiés le même jour vont dans ce sens : la trésorerie est passée de 15,5 millions d’euros fin 2025 à 9,9 millions fin juin 2026, et le studio juge lui-même sa survie incertaine au-delà du 31 janvier 2027.

Une « anticipation » après des mois d’alertes

Le STJV raille l’anticipation mise en avant par la direction de Don’t Nod et parle d’une « anticipation avec 18 mois de retard ».

Dès 2024, le CSE et le syndicat prévenaient en effet qu’un deuxième PSE arriverait si la direction misait tout sur un seul projet, baptisé P14.

En décembre 2025, la direction présentait elle-même au CSE plusieurs scénarios, dont le pire, sans financement, menait à une liquidation courant 2026.

Puis en mai 2026, les commissaires aux comptes, chargés de certifier les comptes, ont déclenché une procédure d’alerte, celle qui signale des faits menaçant la survie d’une entreprise.

Il a fallu attendre le 1er septembre 2026 pour que Don’t Nod présente un « projet de transformation » synonyme de licenciements.

Le 3 septembre, d’après le syndicat, le PDG a même demandé au CSE de rendre son avis sur la sauvegarde sur-le-champ, sans attendre le délai légal. Le CSE a refusé, et la direction a ensuite mis plus d’un mois à saisir le tribunal. Cet été déjà, les équipes avaient enchaîné deux démos pour la Gamescom 2026 et les semaines suivantes, sans savoir que la direction préparait un second PSE.

Surtout, le STJV affirme que Don’t Nod ne paie plus ses cotisations sociales à l’Urssaf depuis juillet. Selon le syndicat, le studio, qui n’avait presque pas de dettes, en crée ainsi volontairement. La sauvegarde les gèle ensuite, et l’argent reste dans sa trésorerie.

Le studio compte aussi sur 5,6 millions d’euros de crédit d’impôt jeu vidéo (CIJV), qui rembourse 30 % des dépenses de développement : une créance de 7,5 millions, dont 1,9 million est mis de côté pour rembourser le crédit d’impôt touché pour Aphelion, le dernier jeu du studio.

Or le CNC, qui délivre l’agrément, exige des studios qu’ils respectent la législation sociale. Don’t Nod a été condamné cette année pour atteinte aux intérêts collectifs de la profession, pour n’avoir pas reconnu une situation de harcèlement moral et pour des carences de sécurité. Le STJV estime que le CNC devrait retirer son agrément, une décision qui revient à l’organisme.

Le curieux tri de Don’t Nod

Selon le STJV, le plan supprime la quasi-totalité des postes sans fonction de manager. Parmi les métiers les plus touchés :

  • 6 animateurs sur 6 ;
  • 6 associate producers (assistants de production) sur 6 ;
  • 18 programmeurs sur 22 ;
  • 8 artistes environnement sur 10 ;
  • 3 character artists sur 3 ;
  • 3 concept artists sur 3.

Dans un PSE, l’employeur ne choisit pas librement qui part. Il classe les salariés d’une même catégorie professionnelle selon des critères d’ordre, comme l’ancienneté, les charges de famille ou les qualités professionnelles.

Or Don’t Nod a défini 47 catégories pour 140 salariés, dont 23 ne comptent qu’une seule personne. Dans ces catégories, il n’y a personne à départager : supprimer le poste revient à désigner le salarié, sans que cela prenne la forme d’un licenciement individuel.

Le STJV y voit des catégories qui désignent « des personnes à garder ou lourder », un ciblage que le droit interdit, et dénonce une négociation menée de mauvaise foi.

Ces coupes visent surtout P14, le prochain jeu en développement, qui occupe une centaine de personnes et dont l’ambition n’a pas été revue à la baisse. Pour le terminer, la direction garde les chefs d’équipe et mise sur la sous-traitance, que ces managers devront piloter tout en reprenant le travail des équipes licenciées.

La direction impose son plan par décision unilatérale. Elle refuse un plan de départs volontaires, qui aurait laissé partir en premier ceux qui le souhaitent, car la trésorerie se jouerait à deux semaines près. Elle a aussi écarté un accord qui aurait baissé la rémunération de la direction. Le CSE a par ailleurs recensé six accidents du travail en 2026. Une expertise pour danger grave et imminent, la procédure prévue quand la santé des salariés est menacée, a aussi été lancée récemment.

Le CSE rendra son avis le 3 novembre, puis la DRIEETS aura 21 jours pour homologuer ou non le plan. En cas de feu vert, les notifications de licenciement pourraient partir dès le 25 novembre.

Don’t Nod rejoint une liste déjà longue cet automne, entre la fermeture redoutée d’Arkane Lyon chez Microsoft et BioWare, sacrifié par EA.


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