Souveraineté : le CNRS quitte Microsoft pour sa messagerie maison

Exchange, c'est fini

 
Le CNRS a annoncé ce mardi 3 novembre 2026 que les quelque 50 000 boîtes mail de ses 35 000 agents quittent Microsoft Exchange pour PARTAGE, la messagerie libre opérée par RENATER. L’organisme en attend environ 3,5 millions d’euros d’économies par an.

Le Centre national de la recherche scientifique a officialisé son départ de la messagerie de Microsoft dans un communiqué publié le 3 novembre. Jusqu’ici, ses agents utilisaient Exchange, le logiciel de messagerie de Microsoft, que le CNRS faisait héberger chez un prestataire extérieur. Ils passent sur PARTAGE, un service construit sur le logiciel libre Zimbra, dont le code est ouvert et consultable par tous. Pour les laboratoires, ça veut dire que des échanges scientifiques parfois sensibles passent désormais par des serveurs publics situés en France, et que la facture baisse d’environ 3,5 millions d’euros par an.

Tout le personnel est concerné. Chacun des près de 35 000 agents a reçu ou va recevoir automatiquement une adresse @cnrs.fr hébergée sur PARTAGE. S’y ajoutent les boîtes partagées, consultées par plusieurs collègues, et les boîtes de service, rattachées à une équipe plutôt qu’à une personne, soit environ 50 000 boîtes au total. Le service tourne chez RENATER, le groupement d’intérêt public créé en 1993 qui relie entre eux les universités, écoles et laboratoires français. Le CNRS fait d’ailleurs partie de ses membres fondateurs, et les données restent dans les centres de données et sur les réseaux qui appartiennent à RENATER.

Une bascule entamée au printemps, avec des couacs

En juillet, Clubic rapportait que le CNRS avait officiellement quitté Exchange en avril 2026, avec un client Outlook capricieux et une plateforme à stabiliser, qui ont beaucoup occupé les équipes informatiques des délégations régionales.

La direction des systèmes d’information assurait alors que ces problèmes étaient réglés, et chiffrait l’économie à 20 millions d’euros sur six ans. Microsoft, de son côté, n’a pas commenté publiquement ce départ.

930 000 utilisateurs, et 1,5 million en ligne de mire

RENATER propose PARTAGE à l’enseignement supérieur et à la recherche depuis 2014. Le service équipe aujourd’hui plus de 90 établissements et compte plus de 930 000 utilisateurs, qui envoient environ 30 millions de messages par an. En 2024, son rapport d’activité recensait un peu plus de 80 établissements et 800 000 boîtes mail. Avec ses 35 000 agents, le CNRS représente donc moins de 4 % de la base actuelle.

Boris Dintrans, directeur général de RENATER, présente la messagerie comme le « premier canal d’échanges » des chercheurs, et vise 1,5 million d’utilisateurs fin 2027. Il faudrait donc environ 570 000 utilisateurs de plus en un peu plus d’un an. Pour tenir la charge, RENATER met en service un nouveau stockage objet, une architecture qui range chaque fichier comme un bloc indépendant et qui grossit simplement en ajoutant des serveurs.

Ailleurs dans le même secteur, la sortie de Microsoft avance beaucoup moins vite. En mars 2026, le ministère de l’Éducation nationale a prolongé jusqu’en 2029 son accord-cadre avec Microsoft, qui couvre aussi les administrations de l’Enseignement supérieur et de la Recherche. Le contrat peut atteindre 152 millions d’euros hors taxes. Et pourtant, le même ministère déploie en parallèle une nouvelle messagerie pour ses 1,2 million d’agents d’ici fin 2026.

Au CNRS, le prochain chantier a déjà une date. D’ici fin 2029, l’organisme doit quitter SharePoint, l’outil de Microsoft qui lui sert à stocker et partager des documents en ligne, avec 2 000 espaces de travail collaboratifs à migrer.


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