
Ce jeudi 5 novembre, la plupart des joueurs déballaient encore leur boîte quand un développeur qui signe ChiefSZ13 a publié sur GitHub une capture de la forêt Kokiri. Link y évoluait à 60 images par seconde dans sa cabane, sur un Mac équipé d’une puce Apple M5, et pas sur une Nintendo Switch 2. La démonstration n’était pas parfaite, avec une image surexposée par endroits, une physique bancale et quelques éléments graphiques absents. Le remake d’Ocarina of Time, vendu 59,99 € sur l’eShop et 69,99 € en boîte, n’était en vente que depuis quelques heures.
L’outil derrière ce tour de passe-passe s’appelle nxnative, un projet open source maintenu par un développeur connu sous le pseudo seedds. Il ne fait pas d’émulation au sens classique : la Switch, la Switch 2 et les puces Apple Silicon utilisent toutes ARM64, le même langage de base du processeur, donc le code du jeu peut s’exécuter directement sur le Mac au lieu d’être traduit instruction par instruction.
nxnative remplace le système de la console par une petite couche maison et convertit NVN, l’interface graphique de Nintendo, vers Metal, celle d’Apple. Le projet n’en est pas à son coup d’essai, puisqu’il faisait déjà tourner des jeux Switch à 60 images par seconde sur un vieux MacBook Air M1 et revendique plus d’une centaine de jeux Switch compatibles sur iPhone, iPad et Mac. La rapidité de ce portage tient aussi à une fuite, puisque des exemplaires physiques livrés en avance ont permis de copier le jeu (un « dump », dans le jargon) avant son lancement officiel.
Pour aller plus loin
Des jeux Switch tournent à 60 FPS sur Mac, même les vieux M1, sans être émulés
Plus fluide que l’émulation sur PC, mais très gourmand
Sur PC, le même remake tourne dans Lichii, un émulateur Switch 2 expérimental. Ses premières versions plafonnaient entre 15 et 30 images par seconde, avec des couleurs délavées. Certaines versions dérivées atteignent désormais 60 images par seconde dans l’Arbre Mojo, mais sur un PC haut de gamme (Ryzen 7 9800X3D et GeForce RTX 5080), selon DSOGaming. Un émulateur doit recréer toute la console en logiciel, ce qui coûte beaucoup de puissance pour un résultat souvent saccadé.
Côté Mac, les mesures publiées sur GitHub donnent un peu plus de 16 millisecondes par image sur une puce M5 Pro, soit 60 images par seconde stables, la même cadence que sur Switch 2, comme pour les premiers jeux Switch lancés sans émulation.
Le créateur du projet a d’ailleurs déjà intégré ce portage de base à la version principale de nxnative. Détail qui fera sourire, une bonne partie des correctifs est cosignée par une IA, Claude d’Anthropic.
Les retours des testeurs racontent toutefois une histoire moins rose. Sur un M4 Max, le jeu occupe 15 à 16 Go de mémoire vive en pleine partie, avec des pointes à 19 Go. Sur un MacBook Air M3 doté de 16 Go, il finit tout simplement par manquer de mémoire, et plusieurs joueurs signalent encore des plantages après certaines cinématiques.
Une puce M4 classique ne suffit pas à tenir la cadence. Sur un MacBook M4 doté de 24 Go, un testeur mesure entre 39,5 et 45 images par seconde autour de la maison de Link, avec jusqu’à 11,5 Go de mémoire occupée.
Le 27 octobre, le développeur Will Faust avait déjà montré Mario Kart World sur Mac grâce à une version privée de nxnative, avec des décors troués et des couleurs fantaisistes. Ocarina of Time va nettement plus loin, mais cela reste un chantier ouvert.
Nous n’allons évidemment vous donner aucune méthode pour faire tourner Zelda sur votre Mac. D’ailleurs, il ne se lance pas d’un double-clic. Il faut posséder le jeu, en extraire soi-même les fichiers depuis une console débridée, installer Xcode, l’outil de développement d’Apple, puis patienter 45 minutes à une heure de compilation sur un M4 Max. Le dossier de travail pèse environ 60 Go et l’application finale près de 32 Go.
Il faut donc être un bidouilleur aguerri, équipé d’un Mac à puce Pro ou Max bien doté en mémoire vive, avec une console modifiée.
Pour copier le jeu, la console doit être débridée avec ns2jb, une faille logicielle qui touche les versions 23.0.1 et antérieures du système de la Switch 2.
Sur le plan juridique, le projet se protège en ne distribuant ni jeu ni clé. Pour extraire ces fichiers, il faut contourner les protections de la Switch 2, et Nintendo considère ce contournement comme illégal. Le constructeur a déjà obtenu 2,4 millions de dollars (environ 2,1 millions d’euros) de l’équipe de l’émulateur Yuzu en mars 2024, et Ryujinx a fermé en octobre 2024 après un simple contact de Nintendo avec son développeur principal.
Aucune action contre nxnative n’a été rendue publique à ce jour, mais un Zelda flambant neuf qui tourne sur Mac en moins de 24 heures a de bonnes chances d’accélérer les choses.
Au lendemain de sa sortie, le remake tient 60 images par seconde sur un Mac M5 Pro pendant plus d’une heure et demie de jeu, sans émulation, quand les émulateurs PC n’y arrivent que par endroits sur des configurations haut de gamme. Apple cherche depuis des années à attirer les gros jeux sur Mac. Des bénévoles viennent d’y faire tourner Zelda sans l’accord de Nintendo.
Pour aller plus loin
iPhone, iPad, Mac : désormais plus de 100 jeux Switch y tournent en natif, malgré Nintendo
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