
Les premiers chiffres ont été publiés par Phoronix, qui a passé une journée dans les locaux de Nvidia à Santa Clara pour tester la puce. Verdict : Vera bat les meilleures puces Intel et AMD sur la quasi-totalité des charges.
Sauf que c’est Nvidia qui a sélectionné les charges de travail autorisées et fixé les conditions du test, sur une plateforme de pré-production ouverte dans ses propres locaux.
Vera, ce sont 88 cœurs ARM custom (une architecture maison baptisée Olympus, en ARMv9.2) pour 176 threads, et 1,2 To/s de bande passante mémoire en LPDDR5X (SOCAMM2), soit environ le double d’un CPU serveur x86 actuel. TDP : 450 watts.
La puce a été officialisée à la GTC 2026 en mars, dans le cadre de la plateforme Vera Rubin, et entre en production complète pour les partenaires Nvidia au second semestre.
Surtout, c’est le premier CPU serveur intégralement maison de la firme : Grace, le prédécesseur datacenter, utilisait des cœurs ARM Neoverse « sur étagère ». Olympus, lui, est conçu de A à Z par les ingénieurs Nvidia. La distinction est loin d’être anecdotique au moment où Nvidia attaque frontalement Intel et AMD sur le marché des processeurs.


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Raclée à Intel, duel serré avec AMD
Sur la moyenne géométrique de tous les tests Phoronix, Vera surpasse d’environ 10 % le meilleur AMD EPYC testé (le 9575F, un monstre haute fréquence à 5 GHz) et écrase de 55 % le Xeon 6980P « Granite Rapids », haut de gamme datacenter actuel d’Intel.
Contre Grace, la génération précédente, le gain atteint 1,63x en geomean. Sur la compression 7-Zip, la perf par cœur de Vera dépasse de près de 20 % le meilleur x86 du test, et sur le streaming mémoire STREAM TRIAD elle soutient 90 % de la bande passante théorique. Un record dans l’historique des tests Phoronix.

Sur d’autres charges, certains EPYC restent devant. Un bémol majeur plombe la lecture : Nvidia a refusé que Phoronix mesure la consommation électrique et même la fréquence des cœurs, en arguant que le power management n’est pas finalisé (le travail d’upstream ACPI CPPC v4 est en cours sur Linux). C’est l’argument historique d’ARM face à x86.
On n’aura donc pas le perf-par-watt face à x86 dans cette première salve, alors que c’est précisément le terrain sur lequel Nvidia veut être jugé.
Des puces disponibles dès 2026
Le calendrier compte autant que les chiffres. Vera arrive en production volume au second semestre 2026, exactement au moment où AMD lance sa génération EPYC Venice (Zen 6, déjà en production de masse) et où Intel doit dégainer sa plateforme Diamond Rapids.
Les deux passeront à la DDR6, ce qui pourrait rogner l’avance bande passante de Vera et de sa LPDDR5X. Autrement dit, la « frappe » n’est claire que si Nvidia tient son timing, et si les journalistes peuvent, cette fois, mesurer la conso.
| Processeur | Cœurs | Architecture | Écart vs Vera (geomean) |
|---|---|---|---|
| Nvidia Vera | 88 | ARMv9.2 Olympus | Référence |
| AMD EPYC 9575F | 64 | x86 Zen 5 (Turin) | -10 % |
| Intel Xeon 6980P | 128 | x86 Granite Rapids | -55 % |
| Nvidia Grace | 72 | ARM Neoverse V2 | -39 % (1,63x) |
Sur le papier, Nvidia entre par la grande porte sur le marché des CPU. Le delta gen-on-gen est énorme, le rapport bande passante mémoire par cœur grimpe à plus de 4x celui d’un x86 actuel selon les mesures Phoronix, et la promesse face à Intel tient sans tordre les chiffres.
Attention toutefois : Vera est un monstre datacenter à 450 watts, pas un CPU de bureau. Pour le grand public, c’est plutôt vers la nouvelle puce N1x qu’il faut regarder. Le vrai verdict arrivera quand des testeurs indépendants pourront aligner leurs propres suites, sans personne de chez Nvidia derrière l’épaule.
Pour aller plus loin
Nvidia N1X : Lenovo gaffe et confirme la puce ARM avant le Computex
Côté business, Nvidia ne joue pas petit. La directrice financière Colette Kress a annoncé viser près de 20 milliards de dollars de revenus CPU sur l’exercice en cours, sur un marché adressable estimé à 200 milliards.
À titre de comparaison, c’est l’ordre de grandeur du chiffre d’affaires datacenter trimestriel d’Intel. Avec un seul SKU Vera. Le pari, ce n’est pas de grappiller quelques sockets, c’est de prendre une part franche du gâteau serveur en deux ans.
Nvidia va-t’il réussir à faire aussi mal à Intel sur le marché des CPU qu’elle l’a fait à AMD sur le marché des GPU ? Rendez-vous dans quelques années pour faire le point.
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