Mais que se passe-t-il chez AMD ? Face à la domination de Nvidia, l’avenir des Radeon sur PC pose question

 
Avec seulement 4% de parts de marché de la livraison de cartes graphiques à la fin de l’année 2025, le segment GPU d’AMD n’a jamais été aussi bas de toute son histoire face à Nvidia. Une triste situation qui peut s’expliquer par une succession d’actes manqués et de décisions trop tardives.
Source : AMD Radeon

AMD peine à remonter la pente dressée par son principal concurrent, Nvidia. Les GeForce et les Radeon se livrent une bataille sans merci depuis maintenant 26 ans. En réalité, le duel Nvidia / AMD n’a vraiment débuté qu’en 2006, il y a 20 ans, lorsque AMD a racheté ATI pour 5,4 milliards de dollars. La marque ATI disparaît alors en 2010 pour laisser définitivement la place à AMD sur tous les nouveaux modèles de cartes graphiques Radeon.

Pendant les quinze premières années de ce millénaire, la rivalité nous offre plusieurs basculements : ATI a mis plusieurs fois Nvidia en difficulté, notamment avec ses séries 9700 / 9800, ainsi qu’avec la série HD 4000 et 5000 entre 2008 et 2011. C’est sur le terrain du rapport performances / prix quasiment imbattable qu’AMD tire son épingle du jeu.

Mais depuis 2014 et l’arrivée des architectures Maxwell (GTX 900) et surtout Pascal (GTX 10) en 2016, Nvidia prend une avance considérable que rien ne semble arrêter. Aujourd’hui, en 2026, Nvidia livre 94 % des cartes graphiques séparées (celles que vous intégrez dans un PC fixe) dans le monde alors qu’AMD ne compte que 4 %. Sur l’enquête de Steam liée au matériel de ses membres, la première carte graphique AMD n’apparait qu’à la 16ème place au mois de février 2026.

Mais que s’est-il passé pour qu’AMD perde autant pied sur le marché, malgré des produits parfois très convaincants ?

Le pari de l’IA de Nvidia

En 2018, Nvidia présente Turing, ses premières cartes graphiques RTX qui intègrent à la fois des unités matérielles dédiées aux calculs IA (les cœurs Tensor), mais aussi au Ray Tracing. À l’époque, les deux technologies n’en sont qu’à leur balbutiements et Nvidia est le seul constructeur à parier autant sur l’avenir. Mais le raisonnement du constructeur est ici assez avant-gardiste : le ray tracing est l’avenir du jeu vidéo, mais il est excessivement gourmand pour le GPU.

Il peut alors être envisagé de se reposer sur l’IA avec le DLSS, une technologie d’upscaling qui permet de faire tourner le jeu à une définition inférieure, avec une reconstruction d’image à la définition native de votre écran. S’il est prometteur, le DLSS 1.0 est loin d’avoir convaincu tout le monde. Le DLSS 2.0 de 2020 concrétise la formule avec une bien meilleure qualité d’image et un modèle universel qui ne nécessite plus d’être entraîné jeu par jeu.

Une GeForce RTX 5090, pour illustration // Source : Chloé Pertuis pour Frandroid

Plus d’un an et demi après, au début de l’été 2021, AMD introduit FSR (FidelityFX Super Resolution), sa technologie d’upscaling maison et fait un choix radical. Le FSR se veut universel et agnostique selon les plateformes, vous pouvez donc l’utiliser aussi bien sur une carte graphique AMD, Intel que Nvidia. Problème : il ne s’agit que d’une solution algorithmique, sans utilisation de l’IA. Et pour cause, les cartes graphiques AMD n’ont pas de cœurs dédiés à l’IA. Le FSR 2.0 passe de l’upscaling spatial (basée sur les pixels adjacents pour la reconstruction) à un upscaling dit temporel, qui se base sur les données des images précédentes.

Si le rendu se rapproche enfin du DLSS 2.0, AMD ne va faire que jouer les retardataires sur Nvidia jusqu’en 2025. Le DLSS sera systématiquement valorisé comme supérieur par rapport au FSR au niveau de la qualité de rendu, et ce pour une raison bien simple : la qualité de son modèle de reconstruction.

Ce n’est qu’en 2025, cinq ans après Nvidia, qu’AMD va enfin se baser sur le machine learning avec le FSR 4. Le rendu est en nette hausse et les futures évolutions de la technologie n’augurent que du bon pour AMD. Mais là encore, l’avance de Nvidia reste considérable, alors que les joueurs semblent préférer massivement la qualité de rendu du DLSS à celui du FSR.

Mais les décisions historiques du constructeur lui mettent encore une épine dans le pied.

Un support bien trop limité chez AMD

Si l’arrivée du FSR 4 est un pas dans la bonne direction, elle arrive avec une bien mauvaise nouvelle : cette nouvelle version n’est compatible qu’avec la dernière génération de cartes graphiques AMD, les Radeon RX 9000, les premières à vraiment intégrer les cœurs nécessaires. Les millions de joueurs sur les populaires RX 7000 sont donc laissés sur la carreau.

Pourtant, les efforts de la communauté ont été nombreux depuis désormais un an. L’été dernier, des moddeurs ont réussi à émuler le FSR 4 pour les anciennes architectures. Une version pleinement compatible avec les RX 7000, a même fuité l’été dernier dans le code source de la technologie.

Pire encore : Intel, tout nouveau venu sur le marché, propose depuis maintenant deux ans une technologie d’upscaling basée sur l’IA pour ses cartes graphiques Arc. XeSS intègre aussi depuis janvier une fonctionnalité de Multi-Frame Generation avec son architecture Panther Lake. Même Intel a de l’avance sur AMD avec son offre logicielle.

Depuis, AMD est resté bien silencieux sur beaucoup des éléments de son stack logiciel. Ainsi, le FSR 4 n’arrivera pas sur les RX 7000, quand bien même AMD n’est pas fermé à l’idée d’une version bêta pour les plus bidouilleurs. À noter que le FSR 4 n’est pour l’instant pas compatible avec l’API graphique Vulkan, l’alternative à DirectX notamment au cœur des jeux de la franchise Doom et dIndiana Jones et le Cercle Ancien (merci le moteur id Tech). Là encore, ce sont les moddeurs qui ont réussi à en proposer une première implémentation avant Nvidia. En d’autres termes, la communauté concrétise, avec des résultats très satisfaisants, ce que AMD refuse pour l’instant de faire.

On peut aussi évoquer le FSR Redstone, la réponse d’AMD au DLSS 3.5 de Nvidia, censé améliorer sensiblement le rendu des jeux en ray tracing avec la Ray Regeneration et le Radiance Caching. Si cette évolution du FSR est aussi très prometteuse, son support est encore très limité.

La Ray Regeneration intégrée à Call of Duty : Black Ops 7 n’a certainement pas convaincu à sa sortie face à la Ray Reconstruction de Nvidia. Et l’arrivée d’un jeu comme Warhammer 40K : Darktide se fait encore attendre, alors qu’il s’agit d’un des premiers jeux montrés par AMD profitant de la technologie.

Gageons que le tollé actuel, couplé aux chiffres de ventes, fasse bouger AMD dans la bonne direction en 2026. Mais pour cela, il faudra sérieusement revoir sa stratégie.

Une base technique pourtant solide

AMD ne démérite pourtant pas sur ses dernières architectures. Elle offre des performances brutes parfois supérieures à Nvidia en rasterisation (comprenez, sans le ray tracing). Les RX 9000 ont même fait un sérieux bond en avant sur la partie Ray Tracing et nous avons même élu la RX 9060 XT notre carte graphique de l’année chez Frandroid. De même, on salue des configurations en mémoire vidéo (VRAM) bien plus confortables et parées pour l’avenir chez AMD, une critique que nous avons réitérée pour les modèles Nvidia.

La Radeon RX 9060 XT, carte graphique de l’année 2025 chez Frandroid // Source : Chloé Pertuis pour Frandroid

Il faut cependant se rendre à l’évidence, AMD semble se chercher encore. Le constructeur s’est bien trop focalisé sur la puissance brute de ses GPU, sans pour autant proposer d’innovations majeures côté logiciel. Chaque fonctionnalité de Nvidia se retrouve ainsi copiée version AMD quelques mois ou années après dans la suite logicielle FSR.

Nombreuses sont les grosses sorties qui ont été co-développées avec Nvidia pour intégrer des technologies RTX et DLSS (path tracing, ray reconstruction) et l’année 2026 ne risque pas de freiner l’équipe verte (Pragmata, Control Resonant, 007 : First Light, Tides of Annihilation). AMD est quant à lui mis en avant pour le très attendu Crimson Desert, un RPG en monde ouvert à la présentation visuelle impressionnante.

Le constructeur a abandonné le segment du haut de gamme pour se focaliser sur les modèles bien plus abordables. Une stratégie qui a fonctionné par le passé mais qui ne convainc visiblement plus face à un Nvidia à l’offre et au support bien plus complet. Souvenez-vous, AMD a failli arrêter les optimisations de pilotes graphiques pour GPU RDNA 1 et 2, avec des modèles pour certains sortis il y a un peu plus de 2 ans. Si la firme est depuis revenu sur sa décision après la gronde des utilisateurs, on ne peut s’empêcher d’être confus quant à sa stratégie sur le long terme.

Le danger d’un monopole

La firme peut cependant compter sur son monopole absolu sur le marché des consoles de salon (PS5, Xbox Series ainsi que leurs prochaines versions), mais aussi des consoles PC portables avec ses architectures Z1 et Z2 Extreme. C’est une manne économique pour AMD qui ne risque pas de s’épuiser, avec avoir signé des partenariats durables avec Sony et Microsoft pour la prochaine génération de consoles. Nvidia fournit aussi la Nintendo avec la Switch 2, mais avec une architecture graphique relativement ancienne (Ampere, datant de 2020).

Mais le danger d’un monopole de Nvidia reste bien présent. Si on peut louer la qualité des GeForce et de l’écosystème logiciel qui les accompagnent, une surdomination de la sorte n’est jamais une bonne nouvelle pour les utilisateurs. Nvidia peut ainsi dicter le prix pour tout un marché ou enfermer les gens dans un écosystème propriétaire.

L’année 2026 sera visiblement une année blanche pour le marché des GPU, alors que Nvidia a visiblement annulé ses RTX 50 Super et qu’AMD prépare la suite avec RDNA 5. Les prochaines architectures sont toutes les deux prévues pour 2027. Ici encore, espérons de bonnes décisions, et donc de bonnes nouvelles, côté AMD, qui peut se baser sur un socle technique solide pour convaincre les joueurs.


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