J’ai testé la fonctionnalité « visages familiers » de Ring

 
La nouvelle fonctionnalité Visages familiers de Ring ajoute une touche d’intelligence à vos caméras, en leur permettant de reconnaître une personne et de vous notifier sa présence. J’ai pu la tester pendant quelques jours, voici mon verdict.

L’industrie de la sécurité connectée adore ajouter une couche d’IA à peu près partout, et Ring ne fait pas exception avec le lancement de plusieurs fonctionnalités ces dernières années, comme la détection de colis ou de véhicule. La marque, déjà spécialisée dans la détection radar, pousse désormais la reconnaissance plus loin, notamment en voulant s’aligner sur la concurrence, avec la nouvelle fonctionnalité « Visages familiers ». Celle-ci permet d’ajouter les visages détectés par les caméras de sécurité à une bibliothèque, puis de nommer ces profils, afin de recevoir une notification lorsqu’ils sont détectés. Dit autrement, Ring ne remplace pas la détection de personne : il lui ajoute une étiquette.

Véritable innovation ou simple argument marketing ? Voyons l’utilité de cette fonction après quelques jours de test.

Quelques prérequis techniques

Visages familiers nécessite quelques prérequis pour fonctionner. Premier filtre : il faut le bon abonnement et le bon matériel. En effet, il faut un abonnement Ring Home Premium, vendu 19,99 €/mois. Contrairement à l’abonnement classique, celui-ci offre l’enregistrement continu, la recherche vidéo intelligente et la nouvelle fonctionnalité Visages familiers.

Côté matériel, la fonction est disponible sur tous les nouveaux appareils 2K et 4K, ainsi qu’une partie des modèles 1080p.

Ring cite notamment certaines Video Doorbell, la Battery Video Doorbell Pro, l’Outdoor Cam, la Floodlight Cam Wired Plus, l’Indoor Cam (2e génération) ou encore la Pan-Tilt Indoor Cam. Et c’est un détail important pour l’usage : l’activation se fait appareil par appareil. Vous pouvez tout activer d’un coup dans le menu IA, mais aussi personnaliser et ne l’activer que sur certaines caméras. Si vous ajoutez un nouvel appareil plus tard, vous pourrez choisir si la fonctionnalité sera activée ou non sur ce dernier. Autrement dit, vous pouvez très bien réserver la fonction à la sonnette d’entrée et la caméra du jardin et l’ignorer à l’intérieur.

Hagop Kavafian pour Frandroid

Par ailleurs, seul le propriétaire du compte Ring peut configurer et gérer la bibliothèque. Les utilisateurs en partage verront bien les noms dans les notifications, mais ils ne pourront pas administrer les profils.

Par ailleurs, Ring recommande d’informer les personnes concernées et rappelle que certaines législations européennes exigent un consentement explicite. En France, il faut ajouter une règle simple mais essentielle : un particulier n’a pas le droit de filmer la voie publique avec sa caméra ; la CNIL rappelle que l’on doit se limiter à l’intérieur de sa propriété. Dit autrement, si votre sonnette ou votre caméra voit largement la rue, vous avez déjà un problème avant même de parler d’IA.

Enfin, pour que Visages familiers fonctionne, il faut conserver la logique de notifications de personnes chez Ring. La documentation officielle explique en effet que si l’enregistrement des personnes pour les notifications connectées est désactivé, la fonction ne peut plus identifier ni notifier correctement. En pratique, si vous avez justement tendance à alléger au maximum les alertes Ring pour éviter le bruit quotidien, vous risquez de rogner au passage l’intérêt même de la fonctionnalité.

Au quotidien

Dans l’usage, l’utilisation de la fonction est simple et transparente. Quand un visage est assez net, il remonte automatiquement dans la bibliothèque, heureusement sans notification automatique à chaque nouveau visage identifié.

À partir de la bibliothèque de visages, vous pouvez nommer les personnes reconnues, ainsi qu’activer une notification à chaque détection. Ring autorise jusqu’à 50 personnes et permet de fusionner des doublons, de corriger des photos mal associées et de supprimer un profil à tout moment. Les profils sans nom disparaissent automatiquement au bout de 30 jours sans reconnaissance, et l’ensemble des profils finit par être effacé après 180 jours sans reconnaissance. Sur ce point, l’outil est plutôt propre et assez lisible.

À l’usage, savoir qu’un proche vient de rentrer, faire la différence entre un membre du foyer et un visiteur régulier, ou couper les notifications pour certains visages afin d’éviter de se faire alerter à chaque passage devant la porte : tout cela a du sens. Ring permet d’ailleurs d’activer ou de désactiver les notifications profil par profil. C’est probablement là que la fonction a le plus d’intérêt : moins comme outil de sécurité pur, plus comme système de tri un peu plus intelligent des alertes déjà existantes.

En revanche, il ne faut pas projeter dessus des capacités qu’elle n’a pas. Ring reconnaît lui-même que la précision varie selon la distance, la hauteur d’installation, la luminosité, le contraste, la vitesse de déplacement ou un visage partiellement masqué. Les caméras 2K et 4K peuvent généralement reconnaître quelqu’un à 3 ou 4 mètres dans de bonnes conditions, tandis que les modèles 1080p tournent plutôt autour de 2 mètres. Cela veut dire qu’à l’usage, la fonction sera plus crédible sur une sonnette bien placée que sur une caméra perchée haut qui surveille une allée entière.

C’est aussi ce qui m’empêche d’y voir une vraie avancée sécuritaire. Si une personne marche vite, porte des lunettes de soleil, arrive de nuit ou passe un peu de biais, la magie disparaît vite. Ring le dit lui-même : les erreurs d’identification peuvent survenir. Et dans une scène avec plusieurs personnes, seule la première reconnaissance peut déclencher une notification ; les autres visages reconnus apparaissent ensuite dans l’historique, pas dans une nouvelle alerte. Là encore, on est plus dans l’amélioration progressive de l’interface que dans un système de surveillance qui change réellement la donne.

Le point le plus problématique, à mes yeux, reste l’absence d’alerte dédiée pour un inconnu. C’est pourtant ce qu’on pourrait instinctivement attendre d’un système qui sait reconnaître des proches. Mais Ring ne le présente pas comme ça. Si le visage n’est pas reconnu, l’appareil envoie une notification générique, point. Autrement dit, je sais qu’une personne est là, ce que Ring savait déjà très bien me dire auparavant. Le gain réel, c’est le prénom quand ça marche, pas la détection de l’inconnu quand ça ne marche pas. J’aurais au contraire préféré être notifié si un inconnu est dans ma cour, et ne pas être dérangé lorsqu’un membre de ma famille est de retour à la maison.

Une fonctionnalité utile ou futile ?

Au final, « Visages familiers » me paraît être une fonction honnête, mais modeste. Honnête, parce qu’elle peut réellement simplifier la lecture des alertes au quotidien si vous êtes déjà très investi dans l’écosystème Ring. Modeste, parce qu’elle ne vaut pas à elle seule un changement de caméra ou encore moins d’écosystème.

Si vous payez déjà l’abonnement le plus onéreux (notamment pour la sauvegarde en continu), et que vous avez des appareils compatibles, c’est un bonus intéressant à essayer. En revanche, l’argument est encore trop léger pour mettre en avant la fonctionnalité comme un véritable différentiateur. C’est d’ailleurs d’autant plus dommage que Ring doit encore travailler sur sa détection de « personne » qui confond encore animaux et aspirateurs-robots avec des humains et envoie encore trop souvent des notifications intempestives.


Le saviez-vous ? Google News vous permet de choisir vos médias. Ne passez pas à côté de Frandroid et Numerama.

Recherche IA boostée par
Perplexity