Tesla annonce son Roadster : 0 à 96 km/h en 0,81 seconde, et la voiture vole vraiment

Roadster volant

 
Tesla a enfin montré son nouveau Roadster, neuf ans après sa première présentation. La voiture roule la tête en bas, décolle sur des jets d’air comprimé et revendique 0,81 seconde de 0 à 96 km/h. Production annoncée pour 2028, et il faut déjà verser 50 000 euros pour réserver.

Il est 3h du matin, on a les yeux qui piquent, et une voiture blanche vient de rouler à l’envers sur une rampe de 15 mètres avant de se poser sur des propulseurs.

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Pendant neuf ans, le Tesla Roadster a surtout existé sous forme de promesses, de reports et de messages sur X. Cette nuit, sur le site d’essais de fusées de SpaceX à McGregor, au Texas, il a enfin pris une forme physique. Elon Musk, CEO de Tesla, n’a pas fait les choses à moitié : looping, saut par-dessus une rangée de Tesla avec le mannequin Starman au volant, et chrono en direct.

Le Roadster est une biplace aux lignes très tendues, clairement de la famille du Cybertruck. Franz von Holzhausen, designer en chef de Tesla, cite plutôt l’avion espion SR-71. Les phares sont escamotables, un feu arrière court sur toute la largeur et les surfaces affleurantes gomment les appendices aérodynamiques. La peinture « Ano White » s’inspire des revêtements qui protègent les fusées, et les vitres teintées imitent le reflet doré des visières de combinaisons spatiales, avec quelques touches de titane. Les jantes ultralégères à rayons fins participent à la rigidité de l’ensemble.

Elon Musk annonce que ce sera, à terme, la seule Tesla qu’on conduira soi-même, le reste de la gamme devant basculer vers l’autonomie. L’habitacle joue donc la carte de la voiture de pilote : intérieur blanc avec détails en microdaim gris, sièges renforcés pour mieux tenir le corps en virage, et direction, freins et accélérateur entièrement à commande électrique. Les sièges sont moulés dans le châssis, en position fixe, pour gagner du poids. Tesla mise aussi sur le magnésium, le titane et la fibre de carbone pour alléger l’ensemble.

Pour coller à la route, un système de ventilateurs et de jupes d’étanchéité aspire l’air sous la voiture et génère jusqu’à 2 g d’appui, quand une sportive classique plafonne entre 1 et 1,2 g grâce à ses seuls pneus. Associé à des ailerons actifs, il produit un appui important même à l’arrêt, assez pour maintenir la voiture à l’envers selon Tesla. La voiture de démonstration embarquait en plus deux réservoirs en carbone de 600 litres au total, environ 250 kg d’air comprimé et dix buses. Des actionneurs électriques les pilotent en une fraction de seconde pour stabiliser la voiture en vol. La poussée annoncée dépasse 80 kN, à peu près un dixième d’un moteur de fusée Falcon 9.

0,81 seconde, sur le chrono maison

Le chiffre qui va faire le tour du web, c’est ce 0 à 96 km/h en 0,81 seconde, réalisé en direct avec les propulseurs allumés. En 2017, Tesla promettait 1,9 seconde. Les voitures de série les plus rapides sur l’exercice, comme la Rimac Nevera ou la Corvette ZR1X, tournent autour de 1,8 à 1,9 seconde.

Le Roadster ferait donc plus de deux fois mieux, avec une accélération moyenne de plus de 3 g. Le chrono a pourtant été mesuré par Tesla, sur son propre terrain, sur une piste qu’elle reconnaît elle-même trop courte, et par une voiture de démonstration qui roulait en mode autonome. Sur son site, Tesla donne un temps par version : moins de 1,6 seconde pour la Performance, moins de 0,9 seconde pour la Thrust et moins de 0,59 seconde pour la Rocket. Même la version de base, sans propulseurs, battrait donc la Rimac Nevera et la Corvette ZR1X. Elon Musk parle déjà de la « voiture de série la plus rapide du monde » pour un modèle qui n’est toujours pas produit.

Trois versions, et 50 000 euros pour réserver

Sur son site, Tesla ouvre déjà les réservations pour trois versions du Roadster :

  • Performance : biplace pensée pour la route, avec aérodynamique active et système d’aspiration, sans propulseurs. 0 à 96 km/h en moins de 1,6 seconde. Réservation de 50 000 euros, dont 5 000 euros à la commande et 45 000 euros sous dix jours ;
  • Thrust : série limitée, biplace pensée pour la piste, avec en plus des propulseurs à gaz froid à l’arrière. 0 à 96 km/h en moins de 0,9 seconde. Réservation de 250 000 euros, dont 245 000 euros sous dix jours, limitée à une commande par client ;
  • Rocket : sur invitation uniquement, monoplace, avec des propulseurs tout autour de la voiture pour accélérer, décoller et pivoter. 0 à 96 km/h en moins de 0,59 seconde et plus de 370 km/h en pointe. Tesla assume : elle peut voler.

Attention, ce sont des montants de réservation, pas des prix de vente. Tesla n’affiche aucun tarif final, et seuls les 5 000 premiers euros sont présentés comme entièrement remboursables. Sans le reste du paiement sous dix jours, la réservation peut être annulée. Le schéma rappelle celui de 2017, quand Tesla réclamait déjà 50 000 dollars pour réserver la version de base.

2028, 480 km d’autonomie et toujours pas de prix

Tesla annonce une production en 2028, « pour de vrai » selon Elon Musk. L’autonomie annoncée dépasse 480 km, soit moins de la moitié des 1 000 km promis en 2017. La vitesse de pointe de plus de 370 km/h ne concerne que la version Rocket, et reste en dessous des plus de 400 km/h promis à l’époque. Prix de vente et capacité de batterie restent inconnus. En 2017, la marque annonçait 200 000 dollars en version de base et 250 000 dollars pour la Founders Series.

Reste la question de l’homologation. Tesla l’écrit noir sur blanc : la version Rocket n’est pas approuvée pour la voie publique, et la disponibilité de chaque version dépend de la législation locale. Elon Musk concède aussi que la voiture n’est « pas forcément optimisée pour la sécurité ». On a du mal à imaginer l’Europe homologuer les propulseurs de la version Thrust sur une voiture de route. Le Roadster vise donc surtout des collectionneurs fortunés, à commencer par ceux qui ont réservé il y a des années.

Elon Musk a même lancé un nouveau défi à ses équipes : retenter le saut du Snake River Canyon, raté par le cascadeur Evel Knievel en 1974, à environ 600 km/h. « Là où on va, on n’a pas besoin de pneus », a-t-il lancé, en détournant la réplique de Doc Brown dans Retour vers le futur.

Tesla a livré cette nuit le plus beau numéro de cirque automobile qu’on ait vu depuis longtemps. La prochaine démonstration attendue sera moins spectaculaire : une production lancée en 2028 comme promis. Depuis 2017, la marque n’a tenu aucune de ses dates, ce qui ne l’empêche pas de réclamer à nouveau 50 000 euros pour réserver.


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