Pourquoi la puce Sohu d’Etched menace le monopole de Nvidia

Inférence et turbulences pour le géant vert

 
Une jeune boîte américaine annonce qu’elle va faire trembler Nvidia. On a déjà entendu ça, souvent, et ça finit rarement bien. Sauf que cette fois, quelques détails méritent qu’on s’y arrête.

Tous les dix-huit mois, le même rituel. Une startup sort une puce, agite un slide avec des barres bien plus hautes que celles de Nvidia, et promet la fin du règne.

Puis on n’en entend plus parler, ou alors elle se fait racheter pour trois fois rien. Graphcore, qui valait des milliards, a fini vendu à SoftBank pour une bouchée de pain. Moore Threads, aussi, toujours dans la course. MetaX, bref. Le cimetière des « tueurs de Nvidia » est déjà bien rempli, et pourtant Etched vient d’y planter un nouveau drapeau.

Etched, fondée en 2022 par Gavin Uberti et Robert Wachen, deux étudiants de Harvard partis avant le diplôme, vient de sortir officiellement de l’ombre.

Une « sortie » toute relative, puisque le secteur suit l’entreprise depuis 2023. Elle a levé 800 millions de dollars, affiche une valorisation de 5 milliards et dit avoir signé plus d’un milliard de dollars de commandes.

Sa puce, baptisée Sohu, ne sait faire qu’une seule chose : exécuter des modèles à base de transformers, l’architecture derrière la quasi-totalité des IA génératives d’aujourd’hui. Là où un GPU Nvidia reste polyvalent, Sohu grave le mécanisme d’attention directement dans le silicium et abandonne tout le reste.

Le nerf de la guerre s’est déplacé de l’entraînement des modèles vers l’inférence : faire tourner ces modèles à grande échelle, des milliards de fois par jour.

Etched vise l’inférence : faire tourner un modèle déjà entraîné à chaque requête d’un utilisateur. C’est aujourd’hui le poste qui pèse le plus dans les dépenses de calcul en IA, un marché estimé à plus de 100 milliards de dollars (environ 92 milliards d’euros) en 2025 et attendu autour de 255 milliards (environ 235 milliards d’euros) d’ici 2030 selon le cabinet MarketsandMarkets. C’est ce déplacement que la startup entend exploiter.

Pourquoi celle-ci n’est pas tout à fait comme les autres

Etched annonce jusqu’à 20 fois le débit d’un H100, et un serveur Sohu qui remplacerait jusqu’à 160 cartes Nvidia.

Le « jusqu’à » a son importance, car ces mesures viennent des tests internes d’Etched et aucun laboratoire indépendant ne les a validées. On reste sur des promesses.

Ce qui change, c’est surtout autour de la puce. Etched a conçu le rack entier, pas seulement le composant, et a réussi son silicium du premier coup chez TSMC, ce qui reste rare dans le métier.

La puce est gravée par TSMC en 4 nanomètres. Etched revendique aussi une équipe de plus de 400 ingénieurs recrutés chez Nvidia, dans le programme TPU de Google et chez Broadcom, un signal que la startup vend autant son casting que son silicium.

Parmi les investisseurs, on trouve Jane Street, un groupe de trading qui consomme lui-même des montagnes de calcul, plus un fonds lié à TSMC, le fondeur qui fabrique aussi les puces de Nvidia.

Ce que pèse vraiment Nvidia en face

Il faut mesurer contre quoi Etched se bat. Nvidia vaut aujourd’hui près de 4 700 milliards de dollars (environ 4 340 milliards d’euros), plus grosse capitalisation de la planète, après avoir été la première entreprise à dépasser les 5 000 milliards à l’automne 2025.

Pour aller plus loin
Nvidia franchit les 5 500 milliards en Bourse, du jamais-vu dans l’histoire

Le groupe américain tient 80 à 90 % du marché des accélérateurs d’IA et tire plus de 170 milliards de dollars par an de ses seuls data centers. Face à ça, le milliard de commandes d’Etched relève presque de l’erreur d’arrondi.

La vraie valeur ajoutée de Nvidia n’est d’ailleurs pas le matériel, c’est CUDA, sa couche logicielle que des millions de développeurs utilisent depuis quinze ans. Une puce plus rapide ne suffit pas si tout l’écosystème est ailleurs.

Sohu porte aussi un risque de conception : en gravant le transformer dans le marbre, Etched parie que cette architecture restera dominante. Si l’IA bascule vers autre chose demain, cela ne marchera plus.

Etched reste malgré tout du vrai silicium, un vrai fondeur, des clients qui ont déjà sorti le chéquier. Ça ne veut pas dire que Nvidia va tomber. Etched peut se tailler une part rentable de l’inférence, renverser le géant reste très improbable, surtout avec un pari à un seul coup, celui que le transformer soit encore roi dans cinq ans.


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