L’allié de l’ombre : pourquoi Nvidia ne pouvait pas créer RTX Spark sans MediaTek

 
Derrière RTX Spark, on trouve Nvidia, Microsoft et… MediaTek. Le géant taïwanais des puces de smartphones est pourtant bien discret dans la communication officielle. L’entreprise serait-elle finalement la discrète grande gagnante dans le projet ?
Source : Nvidia

Le coup médiatique de Nvidia au Computex a un nom : RTX Spark. Cette nouvelle architecture veut concurrencer Apple et Qualcomm pour espérer démocratiser ARM sur PC face à Intel et AMD. Un projet de longue date pour Nvidia qui s’est pour l’occasion associée à la bien-connue société MediaTek.

Pourtant, MediaTek semble considérablement invisibilisée dans les annonces, laissant largement sa place à Microsoft dans le cadre de l’annonce officielle RTX Spark. L’entreprise taïwanaise de semi-conducteurs est pourtant un acteur historique du secteur, collaborant avec les plus grands constructeurs de smartphones, d’écrans, de TV, liseuses, PC et bien d’autres.

Nvidia et MediaTek l’ont pourtant martelé : RTX Spark est le fruit de près de 6 ans de travail, un projet de longue haleine qui prend son origine dans une époque radicalement différente.

MediaTek, fer de lance de l’architecture ARM mobile

Quand on pense à un constructeur de puces exploitant l’architecture ARM, peu importe l’appareil cible, on pense bien souvent à Qualcomm. L’entreprise américaine est semble-t-il hégémonique dans le domaine de la technologie mobile, qu’on parle de processeurs, SoC ou même puces de connectivité sans-fil (4G, 5G, WiFi).

Mais pour toute une frange de produits, notamment l’entrée et le milieu de gamme, c’est bien MediaTek qui a imposé son portfolio. L’entreprise capte entre 30 et 40 % des parts de marché mondiales en termes de volume, soit le premier fournisseur devant Qualcomm et Apple. MediaTek a longtemps été cantonnée à l’entrée de gamme, on retrouve ses architectures Dimensity chez de nombreux clients historiques comme Xiaomi, Redmi et POCO.

Source : MediaTek

Ces dernières années, MediaTek a élargi son positionnement afin de fournir des architectures pour le milieu et le haut de gamme chez Vivo, Oppo, OnePlus ou encore Realme. Les récentes architectures Dimensity 9500 et 7500 en sont la preuve : l’entreprise ne veut plus jouer les retardataires sur les flagships Android. MediaTek est de surcroît un partenaire privilégié de Meta pour ses lunettes connectées, démontrant sa polyvalence et sa velléité à investir de nouveaux marchés avant-gardistes.

Tout comme Nvidia, MediaTek est une entreprise dite fabless, en ce qu’elle conçoit ses architectures mais reste tributaire de partenaires fondeurs pour leur fabrication à grande échelle. En reprenant les plans de base de chez ARM (notamment des fameux cœurs Cortex ou plus récemment AC1), elle est ainsi progressivement devenue un partenaire incontournable pour l’architecture qui veut supplanter l’hégémonie x86.

Elle peine encore cependant à marquer son empreinte dans l’univers PC. Bien que l’entreprise ait été longtemps cantonnée à la catégorie Chromebook, son travail lui a cependant permis de croiser le chemin, et les compétences, d’un partenaire maintenant durable : Nvidia.

Du Chromebook à RTX Spark, l’aboutissement d’un projet

Nvidia et MediaTek signent en 2021 un partenariat inattendu pour coupler les processeurs ARM de MediaTek aux puces graphiques GeForce RTX de série 30 dans des Chromebook d’une toute autre catégorie. L’objectif : transformer l’image de ces PC portables à petits prix pour les faire entrer dans l’informatique personnelle via la création et le jeu vidéo.

Si ce travail n’a finalement pas débouché sur des Chromebook conçus conjointement par MediaTek et Nvidia, le projet a été finalement fondateur pour les cinq années qui suivront. Deux ans plus tard, en 2023, une puce Nvidia a été intégrée à la plateforme Dimensity Auto pour le marché des véhicules autonomes.

Source : Nvidia

L’année suivante, Nvidia et MediaTek annoncent de nouveau s’associer, cette fois pour la technologie G-Sync Pulsar, qui vise à offrir une fluidité encore jamais vue sur les écrans PC de jeu LCD. La puce G-Sync sera alors directement intégrée au scaler de MediaTek, dans un module unique simplifiant la chaîne de production.

Pour aller plus loin
Pourquoi mon prochain écran devra intégrer la technologie G-Sync Pulsar de Nvidia (mais peut-être pas le vôtre)

On apprendra très vite que les deux entreprises travaillent depuis un moment sur un SoC commun, basé sur l’architecture ARM, à destination des PC portables. Une initiative qui signera le grand retour de Nvidia dans le domaine des GPU intégrés, mais aussi la première incursion de MediaTek sur ce marché.

Pour le géant taïwanais, l’objectif affiché est clair : ajouter une nouvelle corde à son arc, après avoir dominé l’entrée de gamme sur PC via les Chromebook, en concevant un processeur pensé pour le segment Premium. MediaTek travaille alors main dans la main avec Nvidia pour la conception de cette partie CPU « contribuant à son efficacité énergétique, ses performances et sa connectivité de premier ordre ».

Le partenaire de l’ombre

MediaTek n’est cependant cité qu’une fois dans l’article officiel d’annonce sur le site de Nvidia, contre 13 (!) fois pour Microsoft. Elle apporte pourtant le cœur de l’architecture processeur, sa gestion de l’alimentation, son contrôleur mémoire ainsi que toute sa connectivité sans-fil (Wi-Fi, Bluetooth).

Nvidia n’est certes pas novice en matière de processeur ARM et conçoit déjà ses propres puces pour les centres de données et de calcul. Sa dernière architecture Vera est même en passe de hisser l’entreprise au rang de premier fournisseur de processeurs au monde devant Intel et AMD.

Screenshot

Cependant, concevoir une puce grand public est un défi très particulier, si bien qu’un partenaire comme MediaTek est un allié précieux pour Nvidia et même celui par qui tout devient possible. La collaboration est fondée sur un manque partagé : Nvidia ne conçoit pas ses processeurs grand public alors que MediaTek se repose sur les architectures graphiques de chez ARM (Immortalis, Mali) pour ses différentes puces.

Ces six dernières années ont donc été l’occasion pour les deux acteurs de mutualiser leurs expertises, combler leurs lacunes et proposer une solution qui, on l’espère, fera avancer considérablement l’informatique ARM pour le grand public. Le fameux « moment Apple Silicon » se fait encore attendre.


Tous nos bons plans directement sur WhatsApp. Rejoignez Frandroid Bons Plans, zéro spam garanti.

Recherche IA boostée par
Perplexity