Nvidia RTX Spark : les six grands absents

 
Une keynote vous dit toujours ce qu’un produit sait faire. Plus rarement ce qu’il ne fait pas. Avec RTX Spark, Nvidia a brillamment éclairé sa nouvelle puce, en laissant sept trous dans l’ombre. Petit tour du côté obscur de la fiche technique.

On adore une bonne keynote Nvidia. Les courbes qui montent, les « jusqu’à 2x », les jolis PC portables sous spots. La puce Arm qui défie Intel, AMD, Qualcomm et Apple a de quoi séduire, et Nvidia ne s’est pas privé d’en faire l’argument pour chasser Intel et AMD du PC. Mais le métier, c’est aussi de retourner la fiche technique pour voir ce qui est écrit en tout petit, ou pas écrit du tout. Et sur RTX Spark, la liste des absents est aussi instructive que celle des présents. Rien de scandaleux, juste des choix qui dessinent à qui s’adresse vraiment cette puce. Voici les sept manquants.

Les sept grands absents

  • Pas de version Pro. RTX Spark est 100 % grand public. Pas de gestion à distance type vPro pour les flottes d’entreprise, pas de certifications pour les logiciels créa professionnels.
  • Pas de mémoire ECC. La mémoire à correction d’erreurs, qui évite qu’un bit qui se retourne fasse planter un calcul de 40 heures, est réservée au monde Pro. Pour jouer ou monter une vidéo, on s’en moque. Pour un calcul scientifique ou un entraînement long, c’est une vraie limite, et un signal clair que Nvidia réserve ce terrain à ses gammes pro.
  • Pas de Linux. RTX Spark, c’est Windows, point. Ironie de la chose, son jumeau le DGX Spark, ce mini-PC à la même puce, tourne lui sous Linux pour les développeurs IA. Le bidouilleur qui rêvait d’un PC portable Arm surpuissant sous sa distribution préférée repassera, alors que Dell et Lenovo poussent justement Linux face à Windows.
  • Pas de GPU dédié possible. On ne peut pas ajouter une carte graphique par-dessus la puce. Ce qui est dans le SoC est tout ce que vous aurez, à vie. Pas d’évolution, pas de eGPU pour rattraper le coup en jeu. C’est la rançon de la mémoire unifiée, et ça change radicalement la logique d’achat par rapport à un PC classique évolutif.
  • Pas le port réseau haut débit du DGX Spark. Le mini-PC pro embarque un ConnectX-7 à 200 Gb/s, en plus d’un classique 10 GbE, ce qui permet de chaîner deux machines pour faire tourner des modèles jusqu’à 405 milliards de paramètres. Sur RTX Spark, oubliez : il faudra se contenter de l’USB4 et du Thunderbolt. Anecdotique pour la plupart, frustrant pour qui voulait monter un petit cluster maison à pas cher.
  • Pas de console portable. Interrogé sur un éventuel rival de la Steam Deck ou de la Switch, Nvidia a botté en touche : on annonce des PC portables et des mini PC, rien d’autre. La puce s’y prêterait pourtant à merveille. Pour l’instant, c’est non, ou en tout cas pas un mot.
  • Pas de Shield TV 2. On aurait pu imaginer une nouvelle Shield TV, mais ici, les annonces ne concernaient que Windows. Ni Linux, ni Android.

Ce que ces absences racontent

Mises bout à bout, ces coupes dessinent une stratégie. Nvidia segmente. Le pro, le scientifique et le développeur Linux restent sur le DGX Spark et les gammes professionnelles, plus chères et plus capables. RTX Spark, lui, vise le créateur et le passionné d’IA sous Windows, et rien d’autre. Ce n’est pas un produit bâclé, c’est un produit cadré au cordeau, ce qui n’est pas la même chose.

Reste que ces absences pèsent dans la balance avant d’acheter. L’impossibilité d’ajouter un GPU et l’absence de Linux ferment des portes qu’un PC classique laisse ouvertes. Si vous hésitez encore, notre dossier complet sur la puce qui défie Intel, AMD, Qualcomm et Apple pose tout à plat, et l’on a aussi détaillé tous les PC portables et mini-PC attendus chez les constructeurs.

L’ambition de Nvidia, qui veut chasser Intel et AMD du PC, ne se juge pas qu’à ce qu’il ajoute, mais aussi à ce qu’il rogne. Et il rogne juste assez pour ne pas cannibaliser ses produits pros, tout en gardant l’argument créa que muscle Adobe avec sa réécriture de Premiere et Photoshop. La vraie question reste suspendue, comme tout le pari du Windows on Arm : ces six trous sont-ils des choix assumés, ou des promesses pour une version 2 ? On parie sur la deuxième.


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