
Il faut savourer l’ironie. En 2012, le tout premier PC Windows sous processeur Arm s’appelait Surface RT, et la puce qui le faisait tourner était une Nvidia Tegra.

Le résultat ? Un fiasco si retentissant que Microsoft a passé une charge de 900 millions de dollars sur ses stocks invendus en moins d’un an. Quatorze ans plus tard, Nvidia revient sur les lieux du crime, sourire aux lèvres, avec RTX Spark. Comme si rien ne s’était passé. Sauf que cette fois, le contexte a tout changé.
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Petit rappel pour comprendre l’ampleur du défi. Le Windows on Arm, c’est l’idée de faire tourner Windows sur des puces de l’écosystème Arm, comme nos smartphones, plutôt que sur le x86 d’Intel et AMD. Et comme les Mac, désormais.


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Sur le papier, c’est le rêve : une autonomie de plusieurs jours, un appareil qui chauffe à peine. Dans les faits, c’est un cimetière. Surface RT en 2012, Surface Pro X en 2019, une flopée d’appareils Snapdragon abandonnés en 18 mois, et même la grande relance de 2024 avec les PC Copilot+ et le Snapdragon X Elite de Qualcomm n’a pas renversé la table. Le problème est toujours le même : vos logiciels et vos jeux sont écrits pour le x86, et il faut les émuler pour les faire tourner sur de l’Arm. Or émuler, c’est souvent ramer.
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Pourquoi cette fois pourrait vraiment être différente
Voilà l’argument qui change tout, et qu’aucune tentative précédente n’avait : le GPU. Qualcomm vendait de l’autonomie et un NPU pour l’IA, mais sa partie graphique était sa grande faiblesse, au point qu’un testeur a jugé certains Copilot+ « inutilisables » en jeu. Nvidia, lui, arrive avec un vrai GPU Blackwell, toute sa pile logicielle RTX, et 128 Go de mémoire unifiée. Soudain, le Windows on Arm n’est plus le PC du pauvre qu’on tolère pour la batterie, mais une machine qui prétend créer, jouer et faire tourner de l’IA lourde.

Surtout, Nvidia tient peut-être enfin la killer app que cherchait ce marché depuis le début : l’agent IA local. L’idée, c’est de faire tourner un modèle de 120 milliards de paramètres directement sur votre machine, sans payer le moindre token à un service cloud, sans envoyer vos données ailleurs. Pour ça, il faut beaucoup de mémoire et très peu de watts, exactement le créneau d’une puce Arm bien née. Pour la première fois, l’Arm n’est pas un compromis subi, c’est le bon outil pour le bon job.

Et Nvidia ne débarque pas seul. Le groupe a aligné un arsenal : un partenariat profond avec Microsoft sur de nouvelles briques de sécurité Windows et son runtime OpenShell, un émulateur Prism amélioré année après année avec l’ajout d’AVX2, crucial pour les anti-triche, un chantier ouvert avec tous les fournisseurs d’anti-triche, et des éditeurs qui jouent le jeu, à commencer par Adobe qui réécrit Premiere et Photoshop de fond en comble.

EA, qui recrutait justement pour le jeu sous Windows on Arm, n’a pas été confirmé par Nvidia, mais l’entreprise le qualifie de « partenaire clé ». Ajoutez plus de 30 laptops prévus chez tous les grands constructeurs, et vous avez la coalition la plus large jamais réunie autour de ce pari.
Ce qui pourrait encore tout faire capoter
Émuler du x86, ça reste émuler du x86, et Nvidia n’a pas aboli les lois de la physique. La promesse de faire tourner « tous les grands jeux » est, à ce stade, une promesse. Le précédent Copilot+ doit servir de leçon : lancé en fanfare en 2024, il a vu sa fonction phare, Recall, rappelée en urgence pour des raisons de vie privée, ses Surface Laptop signalés comme « produit fréquemment retourné » sur Amazon, et les entreprises rester méfiantes. La technologie marchait à moitié, le marché n’a pas suivi.
Le plus révélateur, c’est ce que Nvidia refuse de dire. Pendant la présentation, un journaliste a posé la question qui fâche : le Copilot+ a déçu, pourquoi NVIDIA ferait mieux ? Réponse du porte-parole : « Je m’en remets à votre jugement ». Pas un argument, une esquive. Et ce n’est pas la seule. Aucun prix. Aucun benchmark face à Intel, AMD, Apple ou Qualcomm, malgré des relances insistantes. Aucun chiffre sur la partie CPU, présentée comme « compétitive » sans la moindre donnée. Sur une machine dont le talon d’Achille historique est justement la compatibilité logicielle, ce silence sur les performances réelles a quelque chose d’assourdissant.
Alors, cette fois, c’est la bonne ? Sur le pourquoi, oui : pour la première fois en treize ans, le Windows on Arm a une vraie raison d’exister plutôt qu’une simple promesse d’autonomie. Nvidia apporte le GPU et l’IA locale, les deux pièces qui manquaient au puzzle. Sur le va-t-il marcher, on n’en sait rigoureusement rien, et c’est tout le problème. On nous vend une révolution sans nous montrer le ticket de caisse ni le compteur d’images par seconde. Nvidia était là à la naissance du Windows on Arm, et il pourrait bien être là à sa renaissance. À condition, cette fois, de finir par sortir les chiffres de derrière son dos.
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