
La vitesse à laquelle la filière solaire évolue est tout simplement impressionnante. En 1999, la puissance photovoltaïque installée dans le monde atteignait à peine 1 gigawatt (GW). En 2026, elle est passée à environ 3 000 GW, soit 3 térawatts (TW). Mais que deviennent tous ces panneaux une fois arrivés en fin de vie ?
Avec des millions de modules appelés à devenir des déchets, mais qui contiennent également une quantité importante de matériaux valorisables, le recyclage devient une nécessité absolue. Encore faut-il que la filière surmonte plusieurs obstacles avant de pouvoir fonctionner à grande échelle.
Une filière qui commence à se structurer
La bonne nouvelle est que les grandes puissances comme la Chine, l’Europe et les États-Unis ont déjà commencé à structurer des filières dédiées au traitement des panneaux photovoltaïques en fin de vie. La plupart ont mis en place des cadres réglementaires destinés à responsabiliser les producteurs et les exploitants. Dans l’Union européenne, les producteurs doivent notamment financer la collecte et le traitement des panneaux usagés. En Chine, ce sont les exploitants qui en sont chargés depuis 2023.
Les panneaux collectés sont acheminés vers des usines afin de séparer et de valoriser leurs différents composants. Les cadres en aluminium et le verre sont généralement les premiers éléments à être retirés des modules. Les matières premières à plus forte valeur, comme le silicium, l’argent ou le cuivre sont ensuite récupérées grâce à différents procédés industriels. Une fois extraits, ces matériaux sont réintroduits dans la fabrication de nouveaux panneaux ou servent à produire d’autres biens.
Une viabilité encore incertaine de la filière du recyclage ?
L’industrie du recyclage semble avoir de beaux jours devant elle. Pourtant, avant même d’atteindre sa pleine maturité, elle risque de connaître une période difficile. En effet, la rentabilité économique de la filière n’est pas encore assurée.
L’un des premiers problèmes auxquels le secteur est confronté est le manque de panneaux à recycler. La plupart des modules installés au cours des dernières années sont encore en fonctionnement. Pour l’instant, les volumes disponibles restent donc relativement faibles.
Pour aller plus loin
Voici l’état des panneaux solaires au bout de 30 ans de production sur un toit (c’est bluffant)
De plus, les panneaux usagés sont très dispersés géographiquement. Leur collecte nécessite des opérations de transport et de regroupement parfois importantes. Or, lorsque les modules sont disponibles en petites quantités et sur des sites éloignés, la valeur des matériaux récupérés peut ne pas suffire à couvrir les coûts de collecte et de traitement.
Sur le plan technique, les modules restent également difficiles à recycler. La substance encapsulant les cellules solaires rend notamment leur séparation plus complexe. Même lorsque les différents matériaux peuvent être extraits, encore faut-il qu’ils présentent un niveau de pureté suffisant pour être réutilisés, ce qui constitue un autre défi. Les fabricants pourraient concevoir des modèles plus faciles à recycler, mais cela nécessiterait de sacrifier la durabilité du produit.

Un manque de visibilité sur le futur malgré les estimations
La filière est aussi confrontée au manque de visibilité sur les volumes futurs de déchets. Des estimations existent, mais celles-ci peuvent parfois s’éloigner de la réalité, selon certains acteurs du secteur interrogés par Reuters. Cette incertitude complique les décisions d’investissement et peut freiner la construction des nouvelles capacités de recyclage.
Pour donner un ordre de grandeur, une étude internationale publiée dans Nature en août 2026, menée par des chercheurs chinois, australiens et suédois, estime que les déchets photovoltaïques mondiaux atteindront entre 297 et 402 millions de tonnes d’ici 2060. Selon ces mêmes travaux, leur recyclage pourrait représenter près de 1 000 milliards de dollars (environ 920 milliards d’euros) de bénéfices économiques s’il est bien mené.
Les fabricants garantissent généralement une durée de vie d’environ 25 à 30 ans aux panneaux. Mais dans les faits, cette échéance ne correspond pas forcément à leur durée d’utilisation réelle. Tant qu’un module continue de produire suffisamment d’électricité, certains propriétaires peuvent choisir de le conserver au-delà de cette période
À l’inverse, un panneau peut être remplacé bien avant d’atteindre les 30 ans en raison d’une panne ou de dommages causés par exemple par des conditions météorologiques extrêmes.

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