
Les batteries de voitures électriques usagées sont loin d’être bonnes à jeter. Après une dizaine d’années d’utilisation, elles n’offrent plus assez d’autonomie pour un véhicule, mais restent en revanche fiables pour d’autres applications. Elles conservent en général 70 à 80 % de leur capacité d’origine, ce qui suffit pour en faire du stockage stationnaire.
En France, Battwoo, une startup créée en 2023, explore ce marché naissant en donnant une seconde vie à ces batteries sous forme de systèmes de stockage associés au photovoltaïque. À la clé, Battwoo promet des installations moins chères que du neuf, et des batteries qui servent bien plus longtemps avant de partir au recyclage.
Melchior Martinache, directeur commercial de Battwoo, a détaillé le fonctionnement de la startup dans un entretien publié le 21 septembre par pv magazine France : tri des batteries, prix, durée de vie promise et premières installations.
Des batteries triées et reconditionnées pour une seconde vie
Les batteries en fin de première vie arrivent par milliers sur le marché du recyclage, un gisement d’ailleurs appelé à prendre de l’ampleur dans les prochaines années. Battwoo récupère des lots de batteries auprès de partenaires spécialisés, avant de les soumettre à une série de diagnostics et de tests, menés par un laboratoire agréé puis en interne.
L’entreprise retient uniquement les batteries affichant encore plus de 80 % de leur capacité initiale. Celles sélectionnées sont ensuite requalifiées puis assemblées sous forme d’armoires de batteries dans un atelier situé à Madrid. Chaque système est dimensionné en fonction des besoins du client. La puissance et le nombre de cycles quotidiens (jusqu’à quatre par jour, selon Battwoo) sont définis selon l’usage recherché, qu’il s’agisse de stocker les surplus de production solaire ou de réduire les pics de puissance.
Battwoo n’est pas la première à miser sur ce créneau en France. Renault avait annoncé dès septembre 2018 son projet Advanced Battery Storage, un stockage stationnaire bâti à partir de batteries de voitures électriques, avec une première installation de 4,7 MWh dans son usine de Douai. Battwoo vise un autre public, avec des armoires de quelques centaines de kWh pour des professionnels équipés de panneaux solaires.
Des batteries 30 % moins chères, prolongées de 15 à 30 ans
Selon Battwoo, le reconditionnement permettrait de prolonger la durée de vie des batteries de 15 à 30 ans. À l’issue de cette seconde vie, elles sont destinées au recyclage, filière qui commence à peine à démarrer en France. Pour rappel, la première usine française de recyclage de batteries de véhicules électriques a été inaugurée il y a un peu plus d’un an.
Battwoo avance aussi un argument de prix. Selon l’entreprise, une batterie reconditionnée de 500 kWh coûte actuellement environ 30 % de moins qu’un modèle neuf équivalent. Sur son site, Battwoo annonce un retour sur investissement généralement compris entre quatre et sept ans, selon le profil du site équipé.
Battwoo avance aussi un argument environnemental : en prolongeant l’usage des batteries, l’entreprise estime diviser par quatre leur impact carbone par rapport à la fabrication d’une batterie neuve. C’est un chiffre maison, dont la méthode de calcul n’est pas détaillée dans l’entretien.

Optimiser l’autoconsommation solaire
Les batteries de véhicules électriques reconditionnées par Battwoo sont principalement destinées aux professionnels exploitant de petites centrales photovoltaïques, pour consommer sur place une plus grande part de leur production. Lorsque la production solaire dépasse les besoins immédiats d’un site, l’électricité excédentaire peut être stockée dans les batteries. Elle pourra ensuite être restituée lorsque les panneaux produisent moins. Le stockage permet également de lisser les pics de consommation, ce qui peut, dans certains cas, permettre de réduire la puissance souscrite par le client.
Fondée en 2023, Battwoo n’en est qu’à ses premières installations commerciales. Quelques installations sont déjà en service. Dans les Hauts-de-France, un club de padel a couplé un système de 350 kWh à une centrale photovoltaïque de 250 kWc, pour éclairer ses terrains le soir avec les surplus solaires de la journée. La coopérative Les Fruits de Saint-Aubin, qui produit des pommes, utilise elle aussi une batterie de 350 kWh, couplée à sa centrale photovoltaïque pour alimenter ses chambres froides et sa ligne de pré-calibrage. Trois autres projets sont en cours de négociation, selon Battwoo.
Ces premières installations restent modestes : le système du club de padel compte 56 modules, soit l’équivalent des batteries de cinq voitures électriques. Battwoo s’en tient pour l’instant à des projets de moins de 500 kWh, le temps de s’assurer de la fiabilité et de la sécurité de sa solution, avant de passer à 1 MWh, puis à 2 ou 3 MWh.
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