Lunettes connectées et consentement : la justice française s’empare du phénomène des « lunettes de pervers »

 
En cette rentrée de septembre, plusieurs plaintes ont été déposées devant le parquet de Paris pour dénoncer l’usage des lunettes connectées qui permettent de capter et diffuser des images sans le consentement des personnes autour, majoritairement des femmes.
Les Ray-Ban Meta pour illustration
Les Ray-Ban Meta pour illustration // Source : Chloé Pertuis pour Frandroid

Ce n’était qu’une question de temps. Déjà qualifiées de « lunettes de pervers » outre-Atlantique, les lunettes connectées ont attiré l’attention de la justice dans l’Hexagone. Depuis début septembre, plusieurs enquêtes ont été ouvertes par le parquet de Paris pour des pratiques « portant sur des atteintes à l’intimité de la vie privée » liées à l’usage de ces gadgets, note France 24.

Le parquet fait état d’une « tendance montante sur les réseaux sociaux consistant à filmer des femmes dans la rue […] sans leur consentement et publier les vidéos en ligne ». Les associations spécialisées dans le harcèlement numérique montent aussi au créneau.

« L’humiliation devient un spectacle rentable »

D’après l’association e-Enfance, le scénario est plus ou moins toujours le même. Un homme aborde des femmes ou des jeunes filles dans la rue et cherche à « provoquer une réaction, la mettre mal à l’aise ou la placer dans une situation embarrassante » pour ensuite diffuser la vidéo sur les réseaux sociaux où les victimes se font ensuite insulter et moquer. « L’humiliation et les violences faites aux femmes deviennent un spectacle rentable, pour ceux qui fabriquent ces contenus comme pour les plateformes qui les diffusent », explique à l’AFP Laure Salmona, directrice de l’association Féministes contre le cyberharcèlement.

e-Enfance dit avoir reçu une trentaine de signalements sur sa ligne 3018, un chiffre qui ne représente selon l’association que « la partie émergée de l’iceberg ». La diffusion de ces contenus sans le consentement des personnes filmées est déjà passible de deux ans de prison et 45 000 euros d’amende. Dans certains cas, ces interactions s’accompagnent en plus d’actes d’agression sexuelle, pouvant faire gonfler les peines.

Les victimes de ces vidéos peuvent contacter le 3018, le numéro national gratuit contre les violences numériques géré par e-Enfance : l’association peut réclamer aux plateformes le retrait des contenus et orienter vers un dépôt de plainte. Elle a ainsi obtenu de TikTok la suppression de plusieurs séquences, même si certaines ont été remises en ligne et que les comptes concernés ont continué à publier.

Une histoire de responsabilité personnelle ?

« Il est important que le parquet se saisisse de ces violences. Dès qu’une nouvelle technologie apparaît, elle est immédiatement détournée par les hommes pour violenter les femmes », réagit auprès de l’AFP Laure Salmona. Si le sujet a déjà été soulevé par la Cnil, aucune sanction n’a encore été prononcée par le gendarme des données personnelles. Au Royaume-Uni, une pétition pour interdire la vente de ces appareils a déjà récolté 10 000 signatures.

Meta, dont les Ray-Ban connectées sont devenues l’emblème de ce nouveau marché, se défend en expliquant que « chaque paire est équipée d’une lumière LED qui clignote quand vous filmez ou prenez des photos, et qu’on ne peut pas éteindre ».

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Bon nombre d’internautes ont pourtant déjà trouvé des manières de faire taire cette petite lumière, forçant Meta à réagir. Mais surtout, « on ne peut pas répondre à une technologie de surveillance en demandant aux gens d’être plus vigilants », peste Laure Salmona. « Voir une LED s’allumer ne signifie pas que vous consentez à être filmé ou que ces images soient diffusées à des milliers de personnes. »


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