Pourquoi tout le monde passe aux écouteurs ouverts (et ce n’est pas pour le son)

 
Ils n’entrent pas dans l’oreille, et c’est justement ce qui séduit. Selon un livre blanc publié par Shokz avec NielsenIQ (NIQ), les écouteurs ouverts ont dépassé le milliard de dollars de ventes sur les cinq premiers mois de 2026, hors Amérique du Nord et Russie. Leurs acheteurs placent le confort avant la qualité audio. Explications.
Shokz OpenFit Air 2 // Source : Shokz

Pendant longtemps, l’écouteur ouvert est resté un produit de niche, réservé aux coureurs qui voulaient entendre les voitures arriver derrière eux. D’après les données de ventes compilées par NIQ, la catégorie a pesé 1,11 milliard de dollars entre janvier et mai 2026, soit une hausse de 45 % sur un an. Ce chiffre n’inclut ni l’Amérique du Nord ni la Russie. Le marché mondial réel est donc sensiblement plus gros.

Marché écouteurs ouverts 2026 hors USA // Source : NIQ

La progression est générale, mais pas uniforme. L’Europe de l’Ouest, dont la France fait partie, affiche +77 %. Les marchés émergents s’emballent encore davantage : +177 % en Europe de l’Est, +169 % en Amérique latine, +141 % au Moyen-Orient et en Afrique. La Chine, déjà bien équipée, croît plus sagement, à +38 %.

Pour aller plus loin
Meilleurs écouteurs ouverts en 2026 : le comparatif des open ear

Au premier trimestre 2026, les ventes ont progressé de 48 % en valeur, mais de seulement 8 % en volume. Autrement dit, on n’achète pas tellement plus d’écouteurs ouverts qu’avant, on les achète plus cher. La catégorie monte en gamme, portée par des modèles plus aboutis, plus jolis et mieux équipés.

Bose Ultra Open Earbuds 2nd Gen // Source : Bose

Le tournant date de 2023-2024, avec l’arrivée de modèles à clip comme le Huawei FreeClip et les Bose Ultra Open Earbuds, et de modèles à crochet qui utilisent un petit haut-parleur placé juste à l’entrée du conduit auditif plutôt que la conduction osseuse.

On les achète d’abord parce qu’on ne les sent pas

Shokz et NIQ ont interrogé un peu plus de 5 000 personnes dans six pays (États-Unis, Royaume-Uni, France, Allemagne, Japon et Corée du Sud), en juillet et août 2026. Pour les acheteurs de casques et d’intra-auriculaires, la qualité sonore reste le premier critère d’achat (respectivement 27 % et 26 %), suivie par le prix pour les intras. Chez les acheteurs d’open-ear, c’est le confort qui arrive en tête, avec 28 %. Le son n’est cité en premier que par 19 % d’entre eux.

Pour aller plus loin
Écouteurs à clip d’oreille : quand le confort prend le pas sur le son

Dans le détail, les attentes sont très concrètes. Les acheteurs veulent un écouteur qui ne pèse pas, à la bonne taille, et qui ne fait pas transpirer. Ils citent aussi la facilité d’utilisation et le fait de rester attentif à ce qui se passe autour de soi.

Besoins des consommateurs // Source : NIQ

C’est un argument de sécurité dans la rue ou à vélo, mais aussi un argument social : pouvoir répondre à un collègue ou à ses proches sans retirer quoi que ce soit.

Les raisons qui poussent à abandonner son ancien modèle vont dans le même sens. Ceux qui quittent les intras se plaignent d’écouteurs qui tiennent mal, de matériaux trop durs ou d’une sensation de chaleur dans l’oreille. Ceux qui délaissent le casque le trouvent trop lourd à la longue. Les Européens sont les plus sensibles à cet aspect. Ils sont 39 % à faire du confort leur priorité, et ils accordent aussi plus d’importance que les autres à la qualité des appels, signe d’un usage tourné vers le quotidien et le travail.

Des écouteurs qu’on garde toute la journée

Ce confort change la façon de les utiliser. 64 % des utilisateurs d’open-ear déclarent les porter plus de deux heures par jour, contre 57 % pour les casques et 54 % pour les intras. Le sport reste leur terrain de prédilection, mais ils se distinguent surtout dans les situations où l’on garde ses écouteurs longtemps hors de chez soi : au bureau, dans les lieux publics, en marchant.

Chaque format a son usage

La conduction osseuse reste l’outil des sportifs. Parmi les écouteurs ouverts, c’est la seule technologie qui permet d’écouter de la musique en nageant, et elle cohabite sans problème avec un casque de vélo.

Sony LinkBuds Clip // Source : Sony

Les modèles à crochet s’imposent dans un usage quotidien, même si certains utilisateurs regrettent leur ressemblance avec un appareil auditif.

Les modèles à clip couvrent le plus de situations. Leurs utilisateurs commencent logiquement à réclamer un meilleur son.

Le profil des acheteurs est un peu plus masculin (60 %) et plus jeune que la moyenne, avec 19 % de 18-24 ans. On y trouve davantage d’employés de bureau et de cadres, plus attirés que les autres par les nouveautés technologiques.

Surtout, la catégorie recrute. Plus des trois quarts des acheteurs d’open-ear possédaient auparavant un autre type d’écouteurs, mais 43 % utilisent déjà une seconde paire ouverte. Ceux qui essaient semblent rester. Le livre blanc étant publié par Shokz, pionnier du format, il consacre d’ailleurs un chapitre entier à la marque, ce qu’il faut garder à l’esprit en lisant ses conclusions.

Le son, le compromis à accepter

Un écouteur qui laisse l’oreille ouverte ne peut pas offrir l’isolation d’un bon intra. Les basses fuient, les bruits extérieurs se mêlent à la musique, et l’entourage profite parfois un peu trop de votre playlist dans un métro silencieux. Les utilisateurs interrogés le reconnaissent volontiers : l’immersion n’est pas au rendez-vous, et il faut savoir à quoi s’attendre.

Huawei FreeClip 2 S Les Néréides // Source : Huawei

Les fabricants travaillent sur ce point avec des technologies de diffusion directionnelle pour limiter les fuites sonores, des traitements pour renforcer le grave et même des formes de réduction de bruit adaptées aux modèles ouverts. Le progrès est réel d’une génération à l’autre, mais la physique impose ses limites. Pour l’instant, celui qui achète un open-ear accepte un compromis sur le son en échange d’un confort que les autres formats ne savent pas offrir.

Anker soundcore AeroClip 2 // Source : Anker

L’IA, la prochaine étape

Le livre blanc s’intéresse enfin aux fonctions d’intelligence artificielle attendues dans les écouteurs. Tous types d’écouteurs confondus, la fonction la plus attendue est une réduction de bruit pilotée par l’IA (30 %), devant la traduction en temps réel (26 %). Les utilisateurs d’open-ear, eux, regardent ailleurs. Ils sont plus nombreux que les autres à vouloir des fonctions d’enregistrement, de résumé d’appels et de réunions ou de rédaction à partir d’un enregistrement (22 %, contre 14 à 17 % pour les autres types). Ils sont aussi 22 % à attendre un coach sportif intégré, contre 12 à 14 % chez les autres.

L'intelligence artificielle sur les écouteurs // Source : NIQ

Un écouteur qu’on garde sur soi toute la journée, sans gêne et sans s’isoler du monde, devient un candidat naturel pour héberger un assistant toujours disponible. C’est en tout cas le pari des fabricants. Il faudra toutefois des micros capables de capter correctement la voix en pleine rue, une autonomie à la hauteur et des garanties sérieuses sur la confidentialité des conversations enregistrées.

D’autant que l’essentiel du travail reste aujourd’hui effectué par le smartphone ou le cloud, et non par l’écouteur lui-même.

Le marché français reste prudent

Le potentiel existe, mais le consommateur français reste prudent. D’après le livre blanc, 28 % des Français prévoyaient fin 2025 d’augmenter leurs dépenses dans les six mois. C’est mieux que les 3 % de l’année précédente, mais nettement en dessous de nos voisins allemands (39 %) et britanniques (59 %). Pour convaincre des acheteurs prudents, les marques d’écouteurs ouverts peuvent compter sur le confort, que 39 % des Européens interrogés placent en tête de leurs critères.


Si vous voulez recevoir les meilleures actus Frandroid sur WhatsApp, rejoignez cette discussion.

Pour nous soutenir gratuitement, dites simplement à Google d’ajouter Frandroid à vos sources préférées en cliquant ici.

Recherche IA boostée par
Perplexity