« Tout le monde est d’accord » : le patron de Larian (Baldur’s Gate 3) fait la promotion de l’IA et déclenche un bad buzz immense

 
Après l’annonce de Divinity, le prochain jeu de Larian Studio, Swen Vincke se livre à quelques interviews où il s’exprime sur l’utilisation de l’IA dans le jeu vidéo.

Si avec ChatGPT, l’IA a très vite conquis le très grand public pour de la recherche de connaissances, son usage fait toujours débat dans la création.

C’est notamment le cas dans le domaine du jeu vidéo, où les travailleurs de l’industrie s’opposent à l’usage de l’IA générative, mais où les décideurs y voient une façon de réduire les coûts de production.

Chaque utilisation de l’IA dans des jeux vidéo, comme récemment Arc Raiders, ou Anno 117, ou une version préliminaire de Clair Obscur Expedition 33, fait l’objet de polémiques.

Dans ce contexte, une interview de Swen Vincke publiée dans Bloomberg, où le patron de Larian Studio revient sur l’usage de l’IA générative, a très vite mis le feu aux poudres.

Comment Larian utilise l’IA

On lit dans les colonnes de Bloomberg que Larian pousse beaucoup l’utilisation de l’IA générative, mais Swen Vincke promet que le prochain AAA du studio, Divinity, sera dénué de toute image, voix, son ou autre généré par l’IA.

L’utilisation de l’IA générative a suscité une certaine opposition chez Larian, « mais je pense qu’à ce stade, tout le monde dans l’entreprise est plus ou moins d’accord avec la façon dont nous l’utilisons ».

Pour le patron, l’utilisation de l’IA ne se fait que pour explorer des idées. Il en détaille cet usage dans un post publié sur Twitter à la suite de la polémique créée par l’interview.

Nous utilisons des outils d’IA pour explorer des références, tout comme nous utilisons Google et des livres d’art. Au tout début du processus de conception, nous les utilisons comme ébauche pour la composition, que nous remplaçons ensuite par des illustrations conceptuelles originales. Il n’y a aucune comparaison possible.

Il rejette donc en bloc l’idée que Larian utiliserait l’IA pour générer même des « placeholders », ces concepts temporaires qui se retrouvent par erreur dans la version définitive du jeu.

Nous avons embauché des créatifs pour leur talent, pas pour leur capacité à faire ce que suggère une machine, mais ils peuvent expérimenter ces outils pour se faciliter la vie.

Pourquoi cela fait polémique ?

Les propos de Swen Vincke ont été accueillis avec beaucoup de colère par de nombreux développeurs de jeu vidéo.

Ces derniers ont encore en tête le discours poignant du patron de Larian lors de la victoire de Baldur’s Gate 3 aux Game Awards où il donnait la recette du développement du jeu parfait.

De plus, les responsables leur ont interdit d’encombrer le jeu avec tout ce qui avait pour seul but d’augmenter les revenus et ne servait pas la conception du jeu. Ils ne traitaient pas leurs développeurs comme des chiffres dans un tableur.

Ils n’ont pas traité leurs joueurs comme des utilisateurs à exploiter, et ils n’ont pas pris de décisions qu’ils savaient être à courte vue dans le but d’obtenir des bonus ou pour des raisons politiques. Ils savaient que si l’on donnait la priorité au jeu et à l’équipe, les revenus suivraient. Ils étaient animés par l’idéalisme et voulaient que les joueurs s’amusent. Ils ont compris que si les développeurs ne s’amusaient pas, personne ne s’amuserait.

Plusieurs éléments des réponses de Swen Vincke déplaisent. L’utilisation de l’IA générative, dont le moteur a été entraîné sur les données des artistes sans leur consentement, pose déjà un problème éthique.

Par ailleurs, il faut rappeler que l’IA générative ne peut pas créer quelque chose de nouveau, mais seulement réinterpréter ou mélanger le contenu avec lequel elle a été entraînée. L’utiliser même pour de l’inspiration pose le risque de limiter cette inspiration à quelque chose de déjà très connu, déjà-fait.

Il y a enfin le fait que le discours de Swen Vincke puisse pousser la fenêtre d’Overton vers un usage de l’IA générative dans le jeu vidéo : « si même un studio indépendant réputé comme Larian peut le faire, alors sans doute d’autres peuvent se le permettre ».

Car Larian Studio appartient en majorité à Swen Vincke et son épouse. Il n’a donc aucune obligation de répondre à des actionnaires comme un Microsoft, un EA ou un Take Two.


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