
Le Midea PortaSplit s’est arraché tout l’été, au point de rester introuvable dans une grande partie des magasins français. Pour suivre la demande, Midea a même réorganisé ses usines chinoises et expédié des unités en urgence vers l’Europe. Mais ce climatiseur vedette traîne une échéance que peu d’acheteurs connaissent : à partir du 1er janvier 2029, sa version actuelle ne pourra plus être vendue neuve sur le continent. Le problème vient du gaz qui circule à l’intérieur, un fluide que Bruxelles a déjà placé sur sa liste noire.
Rappelons ce qui rend le PortaSplit spécial. Un climatiseur monobloc classique rejette l’air chaud par un gros tuyau glissé dans la fenêtre. Le PortaSplit, lui, fonctionne comme une vraie climatisation fixe, en deux parties (un split) : une unité intérieure souffle le froid et capte la chaleur et l’humidité de la pièce, une petite unité extérieure posée dehors ou accrochée au rebord évacue le tout. Avec 3,5 kW de puissance (environ 12 000 BTU/h), ses performances de refroidissement collent à celles d’un split mural posé à demeure, très loin des climatiseurs mobiles à tuyau.
Cette performance a une conséquence : le PortaSplit est un vrai split, donc son raccordement flirte avec l’installation réservée aux professionnels. C’est aussi ce qui explique sa pénurie : beaucoup d’acheteurs ont dû ruser pour le décrocher au bon prix. On est en tout cas très loin des faux climatiseurs sans tuyau vendus 80 euros, qui ne rafraîchissent quasiment rien.
Le cœur du système, c’est le gaz R32. Chaque PortaSplit en embarque 0,62 kg, soit l’équivalent de 0,42 tonne de CO2. Ce fluide équipe aujourd’hui la très grande majorité des climatiseurs vendus en France. Son défaut tient à un indice : le potentiel de réchauffement global, ou PRG, qui compare l’effet de serre d’un gaz à celui du CO2. Le CO2 vaut 1 par définition. Le R32, lui, affiche 675 : un kilo relâché dans l’air réchauffe autant que 675 kilos de CO2. C’est déjà trois fois moins que le R410A (2 088) qu’il a remplacé, mais bien trop pour une Europe qui vise la neutralité carbone en 2050.
Pourquoi 2029, et pas 2027 ?
La règle qui condamne le R32 porte un nom : F-Gas III, le règlement européen 2024/573, entré en vigueur en mars 2024. Son but : éliminer les hydrofluorocarbures, la famille de gaz fluorés dont fait partie le R32, d’ici 2050. Pour y arriver, l’Europe interdit petit à petit la mise sur le marché des appareils, catégorie par catégorie. Le seuil écarte tout fluide dont le PRG atteint ou dépasse 150, sauf dérogation pour raisons de sécurité sur le site. Le R32, à 675, est très au-dessus.
Le calendrier avance par paliers. Les monoblocs et les pompes à chaleur air-eau de moins de 12 kW sont concernés dès le 1er janvier 2027. Les systèmes split air-air réversibles de 12 kW ou moins, eux, sont visés deux ans plus tard, au 1er janvier 2029. Avec ses 3,5 kW et son architecture en deux blocs, le PortaSplit tombe pile dans cette catégorie. Les systèmes de plus de 12 kW suivent en deux temps : les fluides au PRG de 750 ou plus sont interdits dès le 1er janvier 2029, ceux au PRG de 150 ou plus au 1er janvier 2033. Quant aux splits de 12 kW ou moins, ils ne pourront plus contenir le moindre gaz fluoré à partir de 2035.
Un détail de vocabulaire réglementaire a son importance. L’interdiction porte sur la « mise sur le marché », c’est-à-dire la première mise à disposition d’un appareil dans l’Union européenne. Les exemplaires importés et stockés avant l’échéance peuvent donc encore être vendus par les revendeurs après le 1er janvier 2029, jusqu’à épuisement des stocks.
Faut-il fuir le PortaSplit pour autant ? Non. La loi interdit uniquement la vente d’appareils neufs et ne concerne pas leur usage. Un PortaSplit acheté aujourd’hui restera parfaitement légal à utiliser, entretenir et réparer en 2030, en 2035 et jusqu’au bout de sa vie. Le texte vise les industriels et la chaîne de production, pas les particuliers déjà équipés.

Un seul point mérite de la vigilance : la recharge de gaz. Le PortaSplit est scellé en usine et conçu pour ne pas fuir, ce qui limite le besoin. Mais si une grosse panne oblige à ouvrir le circuit après 2030, la facture pourrait piquer. Chaque année, l’Europe rabote les quotas de gaz fluorés autorisés sur son marché, R32 compris : le volume passe de 42,9 millions de tonnes équivalent CO2 sur 2025-2026 à environ 21,7 millions sur 2027-2029, soit deux fois moins. Moins de gaz en circulation, un prix au kilo qui grimpe, et une réparation qui peut vite devenir déraisonnable sur une machine âgée.
L’après-R32 s’appelle propane
Interdire le R32 ne condamne pas les bons climatiseurs mobiles. L’industrie tient déjà son remplaçant : le R290, nom industriel du propane. Son PRG est de 3, soit 225 fois moins que le R32. Comme ce n’est pas un gaz fluoré, il échappe aux quotas et aux interdictions de F-Gas.
Le propane a une contrepartie sérieuse : il est très inflammable (classé A3, contre A2L, « légèrement » inflammable, pour le R32), ce qui plafonne la charge de fluide à quelques centaines de grammes, une limite calculée selon la surface de la pièce par la norme IEC 60335-2-40. Les fabricants ont donc dû revoir leurs compresseurs scellés et ajouter des capteurs de fuite. Midea a déjà commencé à décliner une partie de ses climatiseurs au propane. D’ici 2029, la version du PortaSplit vendue en magasin devra passer à un fluide sous la barre des 150 de PRG, le R290 en tête. Midea n’a pour l’instant communiqué aucun calendrier pour ce modèle.
Si vous avez besoin de rafraîchir votre logement cet été, achetez sans crainte : un PortaSplit au R32 consomme moins qu’un monobloc et garde un bon rendement même quand la canicule met les climatiseurs à genoux. Vous aurez le droit de l’utiliser pendant des années. Avant de payer, regardez le fluide inscrit sur l’étiquette technique : un modèle au R290 sera tranquille côté réglementation, un modèle au R32 restera légal à l’usage mais interdit à la vente en 2029. Dans tous les cas, visez la bonne puissance plutôt que la plus grosse : une climatisation surdimensionnée abîme son compresseur et rate son confort.
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