
Un projet de pipeline est en cours de développement en France, et il est soumis à l’avis du public depuis le 28 septembre. Mais ici, pas question de transporter du pétrole ou du gaz naturel. Ce pipeline, qui doit traverser le pays du sud au nord, est destiné à acheminer de l’hydrogène renouvelable et bas carbone depuis Fos-sur-Mer jusqu’en Moselle, à la frontière allemande.
Appelé Hy-fen, il doit mesurer environ 820 kilomètres et traverser cinq régions et 13 départements ; à ce stade, 512 communes se trouvent dans son fuseau d’étude. Pour le moment, le tracé exact n’a pas encore été défini et on ne connaît qu’un fuseau large de 4 à 5 kilomètres qui représente son emplacement approximatif. Le tracé définitif doit être affiné dans les mois à venir en fonction des contraintes propres à chaque territoire.
La concertation préalable, menée sous l’égide de la Commission nationale du débat public (CNDP), permet aux citoyens de donner leur avis jusqu’au 20 décembre prochain, en ligne sur le site concertation.projet-hyfen.com ou lors de réunions publiques et de webinaires organisés le long du tracé. NaTran (ex-GRTgaz), la société qui porte le projet, espère un début des travaux en 2030 pour une mise en service d’ici 2032.


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Le chantier a un prix : 3,6 milliards d’euros, selon l’estimation fournie par NaTran à la Commission nationale du débat public. Le projet a été retenu en janvier 2025 par l’appel à projets du Mécanisme pour l’interconnexion en Europe, ce qui lui ouvre un cofinancement de l’Union européenne.

Le potentiel chaînon manquant de la transition énergétique ?
Ce projet Hy-fen s’inscrit dans le vaste corridor stratégique européen H2Med. Dans les grandes lignes, ce réseau de pipelines doit permettre d’acheminer de l’hydrogène vert produit dans la péninsule ibérique vers les grandes zones industrielles du nord de l’Europe.
Dans le détail, Hy-fen prolonge BarMar, un pipeline sous-marin d’environ 400 à 450 kilomètres entre Barcelone et Marseille, lui aussi dimensionné pour 2 millions de tonnes par an et attendu en 2032. Tout ne sera pas construit de zéro : sur le tracé français, environ 280 kilomètres doivent reprendre d’anciennes canalisations de gaz naturel converties à l’hydrogène, notamment en Bourgogne-Franche-Comté et dans le Grand Est.
Le cadre juridique, lui, n’est pas encore en place : la France n’a pas transposé la directive européenne qui doit encadrer les réseaux de transport d’hydrogène, et la Commission européenne a ouvert fin septembre une procédure d’infraction contre elle sur ce point, trois jours avant le lancement de la concertation.
L’hydrogène peut aider à décarboner plusieurs industries très émettrices de CO2. Il est déjà utilisé dans la chimie, la production d’engrais et le raffinage. Mais pour le moment, il s’agit d’hydrogène gris, produit à partir d’énergies fossiles : en France, ces secteurs en consomment environ 430 000 tonnes par an, soit près de 5 millions de tonnes de CO2 émises chaque année.
À l’avenir, l’Europe souhaite pouvoir produire de l’hydrogène par la technique de l’électrolyse de l’eau, grâce à des énergies renouvelables. Cet hydrogène pourrait ensuite servir à produire de la chaleur industrielle décarbonée, des engrais, des carburants de synthèse et même de l’acier moins carboné. La France ne sert pas seulement de pays de transit : ses bassins industriels (Fos-sur-Mer, la vallée de la chimie près de Lyon, la Moselle) pourront puiser dans les 2 millions de tonnes d’hydrogène que le pipeline pourra transporter au maximum chaque année, soit plus de quatre fois l’hydrogène fossile consommé aujourd’hui par l’industrie française.
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