Ce composant qui vaut 40 % de la batterie de votre voiture électrique sera enfin “Made in France”

 
Un pas important pour la filière du stockage énergétique en France et en Europe. L’Hexagone a débuté la construction de sa première usine de matériaux actifs de cathode pour batteries de véhicules électriques. Un projet qui devrait permettre d’approvisionner jusqu’à 500 000 véhicules par an.
Vue 3D du projet industriel Orano – XTC New Energy // Source : Orano/XTC New Energy

Nichée au cœur du grand port de Dunkerque, la future usine Neomat CAM sera installée au sein de la « Vallée de la batterie » et fabriquera des matériaux actifs de cathode. Dans ce territoire des Hauts-de-France, elle intègrera un écosystème industriel en plein essor qui rassemble déjà plusieurs gigafactories et acteurs de la filière.

Annoncée en 2023, l’usine entre désormais en chantier. La première pierre a été posée, avec la présence de différentes personnalités politiques, dont le ministre l’Économie, Roland Lescure, qui a qualifié le projet de « maillon essentiel de l’électrification ». Neomat CAM est détenu à 49 % par le groupe français Orano, spécialiste du combustible nucléaire, et à 51 % par le groupe chinois XTC New Energy, filiale d’un grand industriel spécialisé dans les matériaux de cathodes.

Le projet représente un investissement d’environ 500 millions d’euros pour cette première phase, dont près d’un quart provient du crédit d’impôt français pour l’industrie verte (C3IV). Neomat CAM a par ailleurs été labellisé « projet stratégique » au titre du Net Zero Industry Act européen en 2025.

500 000 véhicules électriques par an et des centaines d’emplois générés

Concrètement, l’usine ne fabriquera pas les matériaux de A à Z : elle mélangera, en conditions contrôlées, du lithium avec un précurseur (le P-CAM) importé, à base de nickel, de cobalt et de manganèse. La technologie reste celle de XTC, exploitée sous licence exclusive pour l’Europe, sans transfert de brevets : Orano mise sur un centre de R&D local pour acquérir progressivement le savoir-faire. Autrement dit, la souveraineté visée est encore partielle au démarrage.

Les matériaux actifs de cathode (ou CAM pour Cathode Active Materials), pour information, sont des composants essentiels des batteries lithium-ion. Ils correspondent aux matériaux qui forment la cathode, et se composent de nickel, de cobalt et de manganèse.

Ces CAM représentent environ 40 % de la valeur de la batterie selon l’entreprise, et leur importance est telle qu’ils permettent de déterminer l’autonomie et la vitesse de recharge de la voiture. Avec une mise en service prévue fin 2028, cette nouvelle usine à Dunkerque envisage d’en produire 40 000 tonnes par an. Une production qui permettrait de former 64 GWh de batteries, de quoi alimenter près de 500 000 véhicules électriques chaque année.

À plus long terme, le projet prévoit de monter fortement en puissance si les conditions de marché sont favorables, auquel cas sa capacité pourrait s’élever à 80 000 tonnes par an, soit l’équivalent d’environ un million de véhicules électriques.

Le projet promet des retombées économiques importantes pour la région des Hauts-de-France. Le chantier créera environ 400 emplois, et une fois l’usine en exploitation, 400 emplois directs devraient être générés.

Sécuriser les approvisionnements européens

Portée par l’ambition de compléter la chaîne de valeur des batteries européennes, cette usine vise principalement des fabricants du continent. Le directeur général d’Orano affirme voir dans ce projet « une avancée décisive pour sécuriser les approvisionnements européens, accélérer la transition énergétique et faire émerger à Dunkerque un savoir-faire stratégique au service de la mobilité décarbonée ».

L’entreprise cible en particulier les gigafactories déjà implantées dans les Hauts-de-France, notamment dans la Vallée de la batterie, un gigantesque pôle industriel dédié aux voitures électriques et aux batteries en cours de constitution dans la région. Trois des usines présentes seront approvisionnées par Neomat CAM.

Source : Neomat

Si le projet est mis en œuvre sur le territoire européen, n’oublions pas que la Chine en dispose la part majoritaire. Selon JIANG Long, directeur général de XTC New Energy, Neomat CAM veut être perçu comme étant la preuve que cette coopération entre acteurs européens et chinois peut créer de la valeur pour les deux parties. L’une bénéficie de la technologie et l’expérience industrielle chinoises, et l’autre de l’implantation locale et l’accès au marché européen.  


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