« C’est une arnaque » : pourquoi la batterie solide européenne de Donut Lab ne tient pas la route

Gardez votre argent (pour l'instant)

 
« Cette batterie n’existe pas dans ce monde » ? La sentence vient de Yang Hongxin, patron de Svolt. L’Europe pensait avoir trouvé son champion de la batterie solide avec Donut Lab, mais le retour à la réalité est violent. Incohérences physiques, absence de preuves, calculs impossibles : voici pourquoi le château de cartes est peut-être en train de s’effondrer.
Batterie solide Donut Lab // Source : Donut Lab

La fête est finie.

Au CES, on vous parlait avec un mélange d’espoir de la batterie solide de Donut Lab : 400 Wh/kg, 100 000 cycles, charge en 5 minutes. Sur le papier, c’était le rêve européen. On vous parlait même de miracle notamment dans notre émission Survoltés. Mais depuis quelques jours, le rêve tourne au cauchemar médiatique et technique.

Pour aller plus loin
L’Europe tient-elle son miracle ? Voici la batterie solide qui promet 273 ans de durée de vie

La start-up finlandaise se fait attaquer de toutes parts. Et attention, on ne parle pas de jalousie mal placée (quoique), mais d’arguments techniques qui font mal. Très mal. Deux fronts se sont ouverts : la Chine, qui défend son hégémonie avec arrogance, et bien d’autres pays, qui sortent leur rigueur mathématique pour démonter le mythe.

L’attaque chinoise : « Si nous ne savons pas le faire, personne ne le peut »

La première salve vient de Svolt, l’un des géants chinois de la batterie (9e mondial). Son PDG, Yang Hongxin, n’a pas pris de gants lors d’une interview au Xuanyuan Business Review. Pour lui, c’est simple : « C’est une arnaque ».

Une Verge Motorcycles avec batterie solide // Source : Donut Lab

Son argumentaire repose sur deux points. D’abord, la contradiction physique. Promettre une densité de 400 Wh/kg tout en assurant une charge ultra-rapide (12C, soit 5 minutes) et une tenue parfaite à -30°C est, selon lui, physiquement impossible avec les chimies connues à ce jour. « Tous les paramètres sont contradictoires », assène-t-il.

Ensuite, l’arrogance géopolitique. Yang Hongxin déclare sans sourciller : « La technologie chinoise est la plus avancée au monde. Si la Chine ne peut pas le produire ou le perfectionner, les entreprises d’autres pays ne le peuvent certainement pas. » C’est arrogant, mais est-ce faux ? La Chine domine 90 % de la chaîne de valeur. Voir une petite boîte finlandaise réussir là où CATL et BYD injectent des milliards depuis 10 ans a de quoi étonner. Mais l’argument d’autorité ne suffit pas évidemment.

L’attaque reste argumentée

Si l’attaque chinoise peut passer pour de la défense de territoire, c’est évidemment bien embarrassant quand on se penche sur plusieurs informations. Donut Lab nous prendrait-il pour des « clowns » ?

Le problème, c’est le chiffre des 100 000 cycles. Faisons le calcul ensemble. Une année compte environ 525 000 minutes. Pour tester 100 000 cycles de charge/décharge, même en accéléré (disons 10 minutes par cycle complet, ce qui est déjà délirant thermiquement), il faudrait 1 million de minutes. Soit presque 2 ans de tests ininterrompus 24h/24.

Or, Donut Lab est une start-up récente. Où sont les données ? Comment ont-ils validé cette durée de vie sur une technologie qui n’existait pas il y a trois ans ? L’absence de réponse technique précise à ces questions basiques est un immense red flag.

Au-delà de cet aspect, plusieurs éléments factuels commencent à sentir le roussi :

  1. L’usine fantôme : Donut Lab parle de production de masse (« OEM ready »). Sauf qu’on ne voit aucune gigafactory sortir de terre. On ne produit pas des millions de cellules dans un garage à Helsinki.
  2. L’absence de validation tiers : aucune entité indépendante (TÜV, organismes de certification) n’a validé ces chiffres. Verge Motorcycles est le seul « client », mais Verge est propriétaire de Donut Lab (ou très lié). C’est un circuit fermé : on s’auto-valide.
  3. Le syndrome « Theranos » : la culture du « Fake it till you make it » (faire semblant jusqu’à ce qu’on réussisse) est un poison. Promettre l’impossible pour lever des fonds et espérer résoudre les problèmes physiques plus tard est une stratégie connue, mais dangereuse.
  4. Manque de financement : pour développer une technologie de batterie solide viable, il faut des milliards. QuantumScape a brûlé des montagnes de cash. Toyota est dessus depuis dix ans. ProLogium investit massivement en France… et face à eux ? Donut Lab et sa maison mère, Nordic Nano. On parle ici de financements publics et privés qui se comptent en quelques millions d’euros (environ 3 à 4 millions selon les sources publiques). Penser qu’une équipe de quelques dizaines de personnes avec ce budget réussit là où les autres n’ont pas encore réussi ? Cela semble fou.

Pourquoi c’est grave

Si Donut Lab est effectivement une « arnaque » ou une exagération marketing massive, les dégâts seront considérables. Pas seulement pour les investisseurs ou les clients de motos à 50 000 €. Mais pour toute la filière batterie européenne. Chaque euro investi dans une chimère est un euro qui ne va pas à la recherche sérieuse. Chaque fausse promesse décrédibilise l’effort industriel européen face au rouleau compresseur asiatique.

Jusqu’à preuve du contraire, la balance penche désormais du côté du scepticisme lourd. Quand la Chine dit « c’est impossible » et que plusieurs médias expliquent que « les maths sont fausses », il ne suffit plus d’un beau stand au CES pour convaincre. Donut Lab va devoir montrer ses cahiers de laboratoire, et vite.

Pour aller plus loin
L’Europe tient-elle son miracle ? Voici la batterie solide qui promet 273 ans de durée de vie


Retrouvez un résumé du meilleur de l’actu tech tous les matins sur WhatsApp, c’est notre nouveau canal de discussion Frandroid que vous pouvez rejoindre dès maintenant !

Recherche IA boostée par
Perplexity