
Ce qui devait être la plus grande usine de production de panneaux solaires de France ne verra finalement pas le jour. Annoncé mardi dernier, l’abandon du projet Carbon prévu à Fos-sur-Mer, près de Marseille, intervient avant même le début des travaux. Les promesses des 3 000 emplois créés, d’une usine tournant en continu 24 h/24 et 7 j/7, et d’une capacité de production de 5 GW de modules solaires par an se sont envolées.
Un cadre politique européen insuffisant
La start-up pointe en priorité les lacunes au niveau des politiques européennes de soutien. Le projet reposait en effet sur l’hypothèse d’un développement rapide d’un marché « souverain » en Europe. Or, à court terme, rien ne laisse espérer la mise en place d’un mécanisme de soutien aux producteurs locaux, ou de règles suffisamment engagées pour garantir un marché solide. « Il faudra encore attendre au moins une année, sans garantie que la législation permette in fine la mise en place d’un marché véritablement souverain », déplore l’entreprise dans son communiqué.
Sans commandes publiques privilégiant les produits européens, et sans protections commerciales adaptées, le pari était trop risqué pour Carbon. De plus, les pays européens peinent à adopter une stratégie commune pour se prémunir de la concurrence asiatique et structurer une filière locale viable.
À cela s’ajoutent des difficultés financières. Sur un projet estimé à 1,7 milliard d’euros, Carbon n’est parvenu à lever que 25 millions d’euros auprès de ses fondateurs, de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur et de quelques autres investisseurs. En outre, la volonté de maîtriser presque l’intégralité de la chaîne de production impliquait des investissements trop importants et une complexité industrielle difficile à surmonter.
L’abandon ne sort pas de nulle part : selon une décision de justice du 13 mai consultée par l’AFP, Carbon a été placée en liquidation judiciaire par le tribunal des activités économiques de Marseille, après avoir échoué à boucler une nouvelle levée de fonds visant 20 millions d’euros. Avant d’en arriver là, la start-up avait pourtant cherché à adapter son projet, en envisageant une usine plus modeste d’assemblage à partir de cellules importées, puis en négociant un partenariat avec le géant chinois Longi.
L’ombre de la Chine toujours présente sur l’industrie solaire européenne
Cet abandon illustre une fois de plus la domination de l’industrie chinoise sur le marché européen. Les panneaux solaires chinois continuent d’affluer en Europe, dernier grand marché encore ouvert à la Chine depuis la mise en place de barrières commerciales aux États-Unis. La situation alimente l’appréhension des investisseurs et les dissuade de s’engager dans des projets locaux, malgré la TVA réduite à 5,5 % instaurée en France à l’automne 2025 pour favoriser les panneaux à faible empreinte carbone.
Pour Carbon, des doutes sur sa viabilité ont plané dès le lancement. Parmi ceux qui n’y ont pas cru, le maire de Fos-sur-Mer, dont les propos ont été rapportés par l’AFP : « On ambitionnait de concurrencer la Chine dans un domaine industriel qu’elle domine depuis plus d’une décennie. Les Chinois détiennent 85 % du marché mondial et possèdent les dix premiers fournisseurs de panneaux ».

Carbon n’est d’ailleurs pas un cas isolé. Ces dernières années, le continent a vu ses usines solaires fermer les unes après les autres, écrasées par les vagues de panneaux made in China. En Allemagne, le géant Meyer Burger a dû cesser son activité nationale et se délocaliser aux États-Unis. En France, Systovi, près de Nantes, et Recom Sillia, dans les Côtes-d’Armor, ont également mis la clé sous la porte. Ce ne sont là que des exemples, car bien d’autres entreprises en Europe sont concernées.
Dans l’Hexagone, un autre projet de giga-usine, porté par le groupe HoloSolis, est encore en cours. Mais au vu du contexte, des doutes pèsent déjà sur son avenir.

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