
Tout part d’un ordre exécutif signé par Donald Trump le 27 août. Le texte demande au service géographique américain de rebaptiser le lac Ontario en « Lake America », sur fond de bras de fer commercial avec le Canada. Google Maps applique le changement, Apple Plans l’imite quelques jours plus tard. MapQuest, minuscule à côté des deux géants, annonce sur X qu’elle ne bougera pas.
D’après TechCrunch, l’appli pointait à la 128e place toutes catégories le 28 août. Elle grimpe 92e le lendemain, 3e le lundi 31 août, puis prend la première place le 2 septembre. Cinq jours pour passer de l’oubli au sommet.
Les téléchargements suivent la même pente. Toujours selon les estimations de Sensor Tower, MapQuest a été installée environ 632 000 fois aux États-Unis depuis l’ordre exécutif. Surtout, 56 % de ses téléchargements américains de toute l’année 2026 se sont concentrés entre le 27 août et le 1er septembre. Concrètement, une seule semaine a pesé plus lourd que les huit mois précédents.
MapQuest, de son côté, revendique dans un communiqué plus de 1,5 million d’installations en cumulant États-Unis et Canada. C’est un chiffre maison, supérieur à l’estimation Sensor Tower qui, elle, ne porte que sur le marché américain.
Google et Apple, cartographes aux ordres ?
Face à l’ordre exécutif, les deux géants n’ont opposé aucune résistance publique. Google a justifié le renommage en expliquant qu’il se cale sur les sources officielles du gouvernement américain, notamment le fichier géographique national (le GNIS, la base qui fait autorité sur les noms de lieux). Apple n’a pas commenté, mais suit visiblement la même logique. Sur le plan technique, rien à redire : ils appliquent la nomenclature officielle. Ça pose quand même une question de fond sur qui tient le crayon de la carte numérique.
Le lac Ontario n’est pas un cas isolé. L’administration Trump avait déjà rebaptisé le golfe du Mexique en « Gulf of America » et redonné au mont Denali son ancien nom de « Mount McKinley ». MapQuest continue, elle, d’afficher « Gulf of Mexico », et a même sorti un outil en ligne qui laisse chacun renommer le lac Ontario comme il veut avant de partager le résultat. La « résistance » a donc aussi son côté opération de communication.
Une revenante des années 90
MapQuest n’a rien d’une jeune pousse. Lancée en 1996, elle a été l’une des pionnières de la cartographie en ligne, du temps où l’on imprimait son itinéraire papier avant de prendre la route. Puis Google Maps est passé par là, et la marque a disparu des radars pour toute une génération. L’appli appartient aujourd’hui à System1, une société de publicité en ligne qui l’a rachetée à Verizon en 2019.
Personne ne sait encore si ce sursaut se transforme en trafic durable ou s’éteint aussi vite qu’il est venu. System1 n’a rien communiqué sur l’effet réel pour ses revenus. En attendant, MapQuest a gagné en une semaine, et pour le prix d’un refus, plus de visibilité que n’importe quelle campagne marketing de ces dernières années.
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