À l’occasion de la sortie en accès anticipé de Minecraft Earth sur iOS et Android, nous avons pu tester le jeu le temps d’un après-midi. Un nouveau jeu inspiré de Pokemon Go, mais cette fois très prometteur !

Le jeu phénomène Pokemon Go a généré la création de deux titres clairement inspirés : le raté Harry Potter Wizard Unite et le prometteur Minecraft Earth. Après plusieurs mois en béta privé, ce dernier est désormais disponible en accès anticipé sur Android. Nous avons pu tester cette version lors d’un événement presse à Londres où j’étais invité par Microsoft. À cette occasion j’ai également pu m’entretenir avec Torfi Olafsson, le Game Director de Minecraft Earth, et Jesse Merriam, Executive Producer.

Loin d’être une simple copie de Pokemon Go

J’ai mentionné Pokémon Go en introduction de ce papier, car l’inspiration est évidente : c’est un jeu basé en partie basé sur votre géolocalisation où vous pouvez interagir avec des éléments proches de vous par votre avatar affiché au centre d’une carte ressemblant aux environs.

La comparaison s’arrête toutefois là, et le reste du gameplay de Minecraft Earth est suffisamment original et intéressant pour oublier son concurrent passé les premières minutes de jeu. Cette comparaison faite, parlons justement du jeu et de son gameplay.

Exploration, Construction, Aventure

Minecraft Earth concentre en fait trois jeux différents et reprend évidemment de nombreux concepts du jeu culte qui occupe encore aujourd’hui plus de 100 millions de joueurs chaque mois. Le premier consiste à récupérer des matériaux ou des animaux en interagissant avec eux sur la carte du monde, c’est la couche la plus basique de gameplay.

Vient ensuite le mode « plateau » où vous pouvez placer une fabrication dans le « vrai » monde, et le modifier avec des amis. Le partage de la partie se fait très facilement avec un QR Code à scanner, Minecraft Earth jouant à fond la carte du multijoueur local. La construction se fait en ajoutant ou retirant des pièces ou des animaux. C’est à ce moment que l’on dépense les matériaux durement acquis. Il est possible à tout moment de fermer la partie, auquel cas la construction sera automatiquement sauvegardée pour reprendre la construction plus tard. Ce deuxième mode « plateau » cache en fait une version plus impressionnante : la possibilité de faire passer sa construction à échelle humaine ! Vous avez alors tout le loisir de réellement explorer la maison que vous vous êtes fait avec du cobblestone et de la terre.

Le mode plateau

Enfin, et c’est la grande nouveauté de cette version en accès anticipé, Minecraft Earth intègre désormais des aventures. Il s’agit d’éléments, comme des donjons, à visiter à plusieurs en général dans des lieux publics comme des parcs. Ici vous pourrez affronter des monstres et récolter des matériaux rares. L’aventure se fait à échelle humaine, et il faudra donc tourner sur soit même pour décocher des flèches dans la tête des squelettes, araignées et autre creepers, et ainsi éviter de « mourir » ce qui mettra fin à l’aventure. On l’a dit, cette expérience se vit à plusieurs, mais pas de panique ! Votre meilleur ami ne va pas vous trahir à la fin d’un donjon pour vous voler tout votre diamant durement acquis. Les développeurs veulent créer une expérience coopérative avec Minecraft Earth, et le butin sera donc le même pour tous les participants (les matériaux sont « multipliés » pour que chaque participant reparte avec la totalité du butin).

Le mode aventure

Des fondations techniques très solides

Pour fonctionner, Minecraft Earth fait appel à des technologies pas si évidentes à maîtriser. Le jeu fait appel à OpenStreetMap pour sa cartographie, à un système d’ancrage synchronisé avec Azure pour partager l’expérience au bonne coordonnées entre chaque joueur, et les technologies de réalité augmentée de Apple et Google, AR Kit et AR Core respectivement. C’est d’ailleurs ce qui explique l’exclusivité du jeu aux plateformes de Apple et Google, les développeurs voulaient faire appel à cette base technique solide. Enfin, le jeu fait appel au moteur Bedrock qui anime déjà toutes les récentes versions de Minecraft pour les consoles de jeu, ou le PC.

En jeu, la qualité technique se ressent par le nombre de petits détails venant améliorer l’expérience utilisateur. Par exemple en mode « plateau », la structure que l’on construit semble solidement attachée au sol et on ne retrouve pas les problèmes habituels de la réalité augmentée avec des modèles 3D qui tremblote ou qui se déplace dans l’espace par erreur. La synchronisation d’une partie avec d’autres joueurs se déroule assez bien également, même s’ils passent dans le champ de la caméra, le modèle continue d’être affiché en arrière-plan et on peut voir leur équipement s’afficher à côté d’eux, comme leur pioche par exemple.

L’utilisation de la bande-son de Minecraft et du moteur Bedrock rend également l’immersion très réussie, on a vraiment l’impression de voir Minecraft prendre vie dans notre univers bien réel. La transition entre le réel et le virtuel à l’entrée du donjon est à ce titre assez bluffante.

Jeu gratuit et contenu payant

Minecraft Earth est un jeu gratuit, mais intègre du contenu payant. Jesse Merriam nous l’a assuré, le jeu a d’abord été pensé comme une célébration de Minecraft (qui a fêté ses 10 ans), avant d’être pensé pour engranger de l’argent. Il est vrai que tous les aspects du jeu semblent gratuits, et sans pousser l’utilisateur à l’achat. Le contenu payant se trouve être des apparences optionnelles pour le joueur, ou des plateaux préconstruits.

Minecraft ne serait pas Minecraft sans un système de crafting. Toutes les recettes, et les circuits Redstone, qui fonctionnent dans le jeu classique sont également disponibles dans Minecraft Earth. En revanche, j’ai pu apercevoir qu’une fabrication prenait un peu de temps, une attente qu’il sera possible de réduire avec une monnaie interne au jeu. Cette monnaie sera disponible à travers les aventures, mais aussi directement dans une boutique contre des vrais euros. Difficile en l’état de savoir si le jeu est bien équilibré pour ne pas trop demander ces réductions de temps.

Un potentiel social qu’il reste à développer

La partie multijoueur de Minecraft Earth est pour le moment très local. Le jeu n’intègre pas de liste d’ami, et il est impossible de partager ses constructions sur le web. Pourtant, de l’aveu même du producteur, ce sera très probablement une demande forte des joueurs.

J’ai pu interroger le réalisateur sur la possibilité de partager publiquement des constructions, par exemple en les plaçant devant chez soi. C’est quelque chose qui est assurément sur la feuille de route des développeurs, mais qui pose beaucoup d’embuches, notamment sur la modération. On n’aimerait en effet pas voir afficher des constructions malveillantes ou au gout douteux et les développeurs veulent prendre toutes les précautions nécessaires. Il serait vraiment par exemple très intéressant d’imaginer une salle de classe pouvoir construire ensemble un projet semaine après semaine, qui serait statiquement placée au fond de la salle. Plus simplement, pouvoir placer de petites constructions chez soi, que d’autres joueurs pourraient découvrir en réalité augmentée.

Conclusion

Avant de lancer Minecraft Earth, je m’étais préparé à ne pas aimer le jeu par cynisme. Je ne suis pas spécialement fan de Pokémon Go et je n’aime pas spécialement les jeux mobiles, surtout free to play. Pourtant force est de constater que la recette Minecraft Earth semble fonctionner. Ceux qui ont joué à Minecraft retrouveront un univers très familier, quand les autres pourront le découvrir grâce à un jeu très accueillant et simple à prendre en main.

Les concepteurs veulent que Minecraft Earth soit une nouvelle porte d’entrée pour l’univers Minecraft pour les centaines de millions de joueurs sur smartphone. Impossible de prédire si le jeu rencontrera le succès, mais le potentiel est là. Avec l’accès anticipé, les développeurs promettent de refaire ce qui a fonctionné une fois avec Minecraft sur PC : développer le jeu avec la communauté en écoutant leurs retours. Le jeu n’est donc pas près de sortir de son accès anticipé, mais la version que l’on a testée est déjà bien assez stable pour une expérience agréable du jeu.