
Sur la table de bar de ma cuisine, une liseuse de 8 pouces affiche l’heure en gros, 30,2 °C dehors, 24,6 °C dans le séjour, huit lumières allumées et la liste de courses.
Aucun rétroéclairage, aucune animation, une mise à jour toutes les 60 secondes. C’est exactement l’objet que je voulais depuis que j’ai des capteurs à la maison, et je ne l’ai pas acheté : il dormait dans un placard.
L’idée n’est pas de moi. En juin, Ulrich a raconté ici comment il avait transformé une liseuse Boox en tableau de bord pour Home Assistant, sans écrire une ligne de code. Deux mois plus tard, un mardi matin à 10h40, j’ai posé la question à l’agent installé sur mon mini-PC (Claude Code, celui de l’écran AliExpress à 15 €) : est-ce que je peux faire pareil avec ma Kobo ?
La réponse courte a été non.
Ma liseuse n’était pas celle du tuto
La Boox d’Ulrich tourne sous Android. Sa solution, une petite application maison qui affiche une page web en plein écran, n’a donc aucun sens sur une Kobo. Chez Kobo, il n’y a pas d’Android : un Linux embarqué, et une interface maison baptisée Nickel, avec un navigateur d’un autre âge, incapable d’afficher l’interface de Home Assistant et qui s’endort au bout de quelques minutes.
La seule voie qui marche s’appelle FBInk, un outil développé par la communauté qui écrit une image directement dans la mémoire de l’écran, sans passer par aucune interface. En pratique, la liseuse ne « sait » plus rien : elle affiche ce qu’on lui envoie, comme un cadre photo numérique.

Et puis il y a le piège matériel. La quasi-totalité des Kobo utilise un processeur NXP. Pas la Kobo Sage, ni les Elipsa : elles embarquent une puce Allwinner, d’une famille dite « sunxi », et FBInk lui-même prévient que certaines fonctions y sont indisponibles. Impossible, par exemple, de rafraîchir une portion d’écran qu’on n’a pas dessinée soi-même, ou de lire les boutons physiques.
Conséquence très concrète : les projets existants qui affichent Home Assistant sur une Kobo, et il y en a plusieurs, visent tous les modèles NXP. L’agent a vérifié le plus actif d’entre eux, hadisplay : pas une seule mention de « sunxi » dans tout le code. Si j’avais suivi son tutoriel avec une Sage, je perdais clairement une soirée pour rien.
Et si la liseuse ne faisait rien du tout ?
Plutôt que d’adapter du code à cette puce capricieuse, l’agent a proposé d’inverser les rôles. Mon mini-PC (sous Linux) fait tout : il interroge Home Assistant (plusieurs dizaines de capteurs au total dans la maison), compose une page, la « photographie » en une image noir et blanc de 1440 par 1920 pixels, la résolution exacte de la Sage, et la met à disposition sur le réseau local. La liseuse, elle, se contente de télécharger cette image toutes les 60 secondes et de l’afficher. Point final.


Protégez votre vie numérique et vos appareils contre les virus, arnaques, ransomwares et menaces en ligne avec Bitdefender, primé pour sa protection et compatible avec Windows, Mac, Android et iOS.
L’image pèse 62 Ko. Une version en noir et blanc pur descendait à 14 Ko, mais le texte y perdait en netteté, on a gardé les niveaux de gris. Toutes les 30 minutes, un flash complet de l’écran efface les traces laissées par les images précédentes, la fameuse rémanence de l’e-ink. Je ne l’ai jamais remarqué.
Cette inversion a un avantage caché : on règle la mise en page sur l’écran de l’ordinateur, sans la liseuse dans la boucle. Et la discipline apprise par Ulrich sur sa Boox s’applique ici en plus dur, puisque la Sage affiche 300 points par pouce contre 227 : pas de gris, pas d’ombre, des traits fins plutôt que des aplats, et des blocs de hauteur fixe pour que rien ne bouge quand la liste de courses se vide.

Restait un risque qui pouvait tuer le projet avant de commencer. Une Kobo branchée en USB bascule en mode stockage, ce qui interdirait de la laisser alimentée en permanence. L’agent en a discuté sur plusieurs échanges. J’ai pris un câble et un chargeur mural : elle charge, sans rien proposer. Ce n’est que branchée à un ordinateur qu’elle demande à passer en mode données. C’est la partie du travail qu’une IA ne peut pas faire à ma place.
Entre la question et le tableau de bord affiché sur la dalle, il s’est écoulé une heure, et neuf blocages. Quatre venaient de l’agent.
Où l’IA s’est trompée
Je n’ai pas lu une ligne du code. J’ai lu les explications, posé des questions, et passé en tout une petite heure au goutte-à-goutte à challenger ce qu’on me proposait. C’est ce qui a fait sortir les erreurs.
La première ressemble à une faute de débutant. Le petit serveur qui distribue l’image lisait un réglage nommé « PORT », un nom si générique qu’il était déjà utilisé par un autre service de la machine. Le script a donc tenté de squatter l’adresse d’une interface web existante. Un garde-fou l’a arrêté net, et la variable a été renommée.
La deuxième était plus sérieuse. Ce même serveur exposait tout son dossier de travail, dont un fichier de 96 Ko décrivant l’état complet de la maison, capteurs et présence compris, à n’importe quel appareil connecté au Wi-Fi. Personne ne l’aurait remarqué. Il a suffi de demander « qu’est-ce qui est visible depuis le réseau ? » pour que l’agent le trouve, le corrige et ne serve plus qu’un dossier contenant la seule image.
La troisième est presque comique. Sur la liseuse, le lancement passe par un menu ajouté à l’interface Kobo, NickelMenu, dont les commandes acceptent un délai maximal de 10 secondes. L’agent avait écrit 15. Message d’erreur cryptique sur la dalle, puis aveu : la limite était écrite noir sur blanc à la ligne 79 de la documentation, qu’il n’avait pas lue avant de choisir la valeur. Une IA cite volontiers ses sources. Ça ne veut pas dire qu’elle les a lues.
Le blocage le plus long, lui, n’était pas de son fait et n’était pas dans le code. Tous les tests réussissaient depuis le mini-PC, mais la liseuse ne joignait pas le serveur. Cause : le pare-feu du mini-PC bloquait le réseau local, un problème invisible depuis la machine qui le subit.
Le diagnostic s’est fait en interrogeant le serveur depuis une troisième machine, qui a échoué elle aussi. Une règle de pare-feu plus tard, la dalle affichait la résolution détectée par FBInk, 1440 par 1920, identique à celle générée. Pas un pixel à ajuster.
Quatre jours plus tard, l’écran mentait
Le tableau de bord a tourné tout le week-end. Le dimanche, je m’en suis aperçu par hasard en allumant la tablette : les chiffres de la liseuse ne collaient plus. Nickel, l’interface de Kobo, coupe le Wi-Fi au bout de deux minutes sans activité, et l’affichage s’était figé sans rien dire. Un tableau de bord figé ressemble exactement à un tableau de bord à jour, et c’est bien plus dangereux qu’un écran noir.
Deux correctifs : un réglage caché du fichier de configuration de la Kobo, documenté sur le wiki de MobileRead, qui force le Wi-Fi à rester allumé, et un bandeau « hors ligne depuis 14h32 » qui apparaît en bas de l’écran après trois échecs consécutifs. Toujours sans une ligne de code de ma main, et sans terminal sur la liseuse : tout, depuis le début, s’installe en copiant un dossier de 609 Ko à la racine de la Kobo par USB.

Reste que la liseuse était restée éteinte plusieurs jours au moment où j’écris ces lignes. Non pas qu’elle ait lâché : le mini-PC, lui, continue de fabriquer son image toutes les minutes, plus de 5 800 depuis ce mardi d’août. Mais le rêve a grossi en route.
Maintenant que l’écran affiche la maison, je voudrais qu’il agisse dessus, baisser la clim d’un doigt par exemple, et la dalle tactile de la Sage n’attend que ça. Ce sera l’affaire d’une autre session, et sans doute de quelques nouvelles erreurs à débusquer. En attendant, un objet qui ne m’avait rien coûté a retrouvé une raison d’être branché.
Ce qu’il faut pour le refaire (et comment tenir l’IA)
Le matériel : une liseuse Kobo, en vérifiant d’abord son modèle : les Sage, Elipsa et Elipsa 2E demandent une méthode différente du reste de la gamme. Home Assistant déjà en place. Une machine qui tourne à la maison pour fabriquer l’image, un Raspberry Pi suffit. Un agent IA avec accès à cette machine, ici Claude Code avec un abonnement Pro. Un câble USB et une heure.
Reste la question du budget, la seule vraie dépense de l’affaire. L’abonnement Claude Pro qui fait tourner l’agent coûte 15 euros par mois avec l’engagement annuel. De quoi relativiser le « ça ne m’a rien coûté » : le matériel dormait dans un placard, mais l’assistant, lui, se paie au mois, mais pas simplement pour cet usage.
Un point pour le bidouilleur qui partirait de zéro : la Sage ne se trouve quasiment plus en neuf. Lancée en 2021, elle est en rupture sur la plupart des marchés depuis le milieu de 2025, sans successeur annoncé. Il reste l’occasion, ou un autre modèle Kobo encore vendu comme la Kobo Libra Colour, en gardant en tête ce que montre tout ce papier : le modèle choisi, et surtout sa puce, changent complètement la marche à suivre.
Il existe également des écrans tout prêts, plus facilement connectables à Home Assistant, comme les Shelly.
Les étapes, dans les grandes lignes : l’agent identifie le modèle exact et ce que sa puce autorise. Il écrit le programme qui compose l’image depuis Home Assistant et la sert sur le réseau local. On copie sur la liseuse, par USB, deux outils de la communauté (FBInk et NickelMenu), puis on désactive la veille automatique et on force le Wi-Fi à rester actif. Une entrée de menu lance l’affichage, une autre l’arrête et rend la liseuse à ses livres.
Six règles apprises en chemin
- Demander un plan avant qu’elle touche à quoi que ce soit.
- Faire soi-même le test physique qui peut tuer le projet.
- Poser la question « qu’est-ce qui est visible depuis le réseau ? ».
- Ne pas croire « ça marche » avant un test depuis un autre appareil que celui qui héberge le service.
- Exiger qu’elle dise quelle documentation elle a lue, et à quelle ligne.
- Lui faire tenir un journal de ses erreurs : c’est celui de l’agent qui m’a servi à retracer cet article.
Retrouvez tous les articles de Frandroid directement sur Google. Abonnez-vous à notre profil Google pour ne rien manquer !





Ce contenu est bloqué car vous n'avez pas accepté les cookies et autres traceurs. Ce contenu est fourni par Disqus.
Pour pouvoir le visualiser, vous devez accepter l'usage étant opéré par Disqus avec vos données qui pourront être utilisées pour les finalités suivantes : vous permettre de visualiser et de partager des contenus avec des médias sociaux, favoriser le développement et l'amélioration des produits d'Humanoid et de ses partenaires, vous afficher des publicités personnalisées par rapport à votre profil et activité, vous définir un profil publicitaire personnalisé, mesurer la performance des publicités et du contenu de ce site et mesurer l'audience de ce site (en savoir plus)
En cliquant sur « J’accepte tout », vous consentez aux finalités susmentionnées pour l’ensemble des cookies et autres traceurs déposés par Humanoid et .
Vous gardez la possibilité de retirer votre consentement à tout moment. Pour plus d’informations, nous vous invitons à prendre connaissance de notre Politique cookies.