« Nous n’avons accès à rien » : le piratage de l’Éducation nationale paralyse la rentrée des enseignants

Rentrée en panne

 
À une semaine de la rentrée, des milliers d’enseignants n’ont toujours pas accès à leurs outils de travail, conséquence directe du piratage de l’Éducation nationale cet été. Et sur les réseaux, la colère prend le dessus sur l’inquiétude.

Sur X, une enseignante qui signe Ju_Beresford raconte l’absurde de sa rentrée. À une semaine de la reprise, Eduline et I-Prof, le portail académique des professeurs, est en maintenance. Ces professeurs TZR, les titulaires sur zone de remplacement, ignorent donc encore dans quel établissement ils devront travailler lundi. « Au bout de 8 ans, je suis habituée, mais merde », lâche-t-elle.

Les systèmes semblent avoir pris un coup depuis le piratage de l’Éducation nationale repéré dans la nuit du 25 juillet, après l’usurpation d’un compte professionnel. Mi-août, le groupe ZeroBytes a revendiqué l’attaque, et affirmé avoir siphonné 43 Go de données, soit 346 millions de lignes couvrant vingt ans d’archives.

Quelques jours plus tôt, le même groupe s’était vanté d’un vol de données à la DGFiP, une nouvelle intrusion après la fuite d’1,2 million d’IBAN, pour laquelle des centaines de victimes attaquent déjà l’État. Pour vérifier que les pirates ont bien quitté ses réseaux, le ministère de l’Éducation nationale, épaulé par l’ANSSI, a coupé une bonne partie de ses services. D’où la maintenance qui s’éternise.

Le ministère promet un rétablissement progressif des applications au début de la semaine, en donnant la priorité à celles indispensables à la rentrée. Rien ne garantit toutefois que tout soit prêt à temps, certaines académies parmi les plus touchées, comme celle de Nantes, pourraient rester privées de leurs outils plus longtemps. Dans cette académie et celles de Toulouse, Mediapart rapporte des inquiétudes : la paye des personnels qui pourrait ne pas être versée en septembre.

« Nous n’avons accès à rien »

Les serveurs de mails professionnels ont planté plusieurs jours d’affilée, comme le raconte un autre enseignant sous le pseudo j’dis ça j’dis rien, des boîtes hors service depuis quatre jours à une semaine de la rentrée. Elles fonctionnent désormais par intermittence, ce qui rend toute communication fiable compliquée au moment de la reprise.

Côté directions, c’est pire. Interrogés par Le Parisien, des chefs d’établissement résument leur quotidien d’une phrase : « Nous n’avons accès à rien ». Sur franceinfo, Gérard Heinz, proviseur et responsable au SNPDEN-Unsa, prévient que la rentrée « aura lieu » mais que « ça risque d’être un peu la pagaille ». Les enseignants font leur prérentrée lundi, les élèves arrivent le 1er septembre.

Le piratage a bon dos. La colère de Ju_Beresford traduit un sentiment d’abandon plus ancien que ZeroBytes, nourri par des outils vieillissants, pour ne pas dire vétustes. On pense en particulier à I-Prof et son interface qui sent bon la fin des années 90.

L’interface en 2026 (oui) du service I-Prof de l’Éducation nationale

C’est d’ailleurs la troisième fuite de données connue à l’Éducation nationale cette année. La fin de la maintenance permettra de rétablir les serveurs, mais le sentiment d’abandon des enseignants reste, après une fin d’année déjà compliquée avec une canicule record dans des établissements sans climatisation.

Pour les personnels concernés, le risque ne s’arrête pas à la rentrée. Le ministère appelle à la vigilance face aux tentatives d’hameçonnage et d’usurpation d’identité qui suivent ce genre de fuite, et rappelle qu’il ne demande jamais par courriel, téléphone ou message les identifiants, mots de passe ou coordonnées bancaires de ses agents.


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