La Chine dépasse la France dans le nucléaire : pourquoi ce chiffre est trompeur

 
Il aura suffi d’un réacteur mis en service le 1er août pour faire basculer un classement que la France tenait depuis des décennies : la Chine devient le 2e parc nucléaire mondial, et nous voilà troisièmes.
Centrale nucléaire pour illustration // Source : Mick Truyts pour Unsplash

Le réacteur en question, c’est Changjiang 3, sur l’île de Hainan : 1 100 mégawatts, technologie chinoise Hualong One (un réacteur de 3e génération conçu localement), raccordé au réseau le 1er août. C’était le 4e réacteur chinois branché depuis janvier 2026, soit à peu près un toutes les huit semaines sur l’année.

Avec lui, selon Connaissance des Énergies, le parc chinois passe à 62 réacteurs pour 63 985 mégawatts de puissance nette (près de 64 gigawatts), juste devant la France et ses 57 réacteurs cumulant 63 gigawatts. Les deux pays restent loin derrière les États-Unis, qui gardent la tête avec 94 réacteurs et près de 97 gigawatts.

Ce dépassement n’a franchement rien d’une surprise. La Chine compte aujourd’hui 37 réacteurs en chantier, soit 38,6 gigawatts supplémentaires, et vise 110 gigawatts installés d’ici 2030 dans son plan quinquennal.

Source : Connaissances des énergies

En dix ans, elle a mis en service davantage de puissance nucléaire que le reste du monde réuni : un rythme qu’on n’avait plus vu depuis le grand programme électronucléaire français des années 1970, comme le souligne Transitions & Energies.

Côté production, l’écart est déjà creusé depuis un moment : la Chine génère plus d’électricité nucléaire que la France depuis 2021, et en 2025 elle a produit 481 térawattheures contre 373 pour l’Hexagone, environ 29 % de plus.

Deuxième ou troisième : sur quel critère au juste ?

Avant de crier au déclassement, il faut regarder ce que veut dire « 2e puissance nucléaire mondiale ». Le terme recouvre trois réalités bien différentes : la puissance installée en mégawatts, la production annuelle en térawattheures, ou la dépendance au nucléaire dans le mix électrique national.

Sur les deux premières, la France recule effectivement d’un cran. Mais sur la troisième, elle reste championne du monde : 68,1 % de son électricité venait du nucléaire en 2025, d’après RTE, contre à peine 5 % en Chine, où le charbon fournit encore l’essentiel du courant.

De fait, la Chine s’impose comme la locomotive du nucléaire mondial, portant à elle seule presque toute la croissance de la filière sur la planète, comme le détaillent Les Echos, sans pour autant en dépendre chez elle.

De son côté, la France ne compte pas rester spectatrice, même si son calendrier a de quoi refroidir. L’État a lancé un programme de six réacteurs EPR2, prévus sur les sites de Penly, Gravelines et Bugey, avec un chantier censé démarrer autour de 2027. Sauf que l’Élysée ne vise plus une première mise en service avant 2038, soit trois ans de plus que l’objectif initial de 2035. En clair, le temps que la France rebranche une nouvelle unité, la Chine en aura raccordé des dizaines.

Et le nucléaire n’est même pas le plus spectaculaire

Réduire la Chine à son parc nucléaire serait d’ailleurs une erreur d’appréciation. Début 2025, sa puissance solaire et éolienne combinée a atteint 1 482 gigawatts et dépassé pour la première fois celle du thermique.

Rien qu’en 2024, le pays a raccordé environ 356 gigawatts de solaire et d’éolien, plusieurs fois ce qu’ajoute l’Union européenne sur la même période. Pékin enchaîne les records, que ce soit sur ses exportations de panneaux ou sur le rendement de ses cellules, et lance des chantiers démesurés comme cette « Grande Muraille » solaire de 400 km censée repousser le désert.

Pour autant, le charbon n’a pas dit son dernier mot, loin de là. Il reste la première source d’électricité du pays, et un rapport du Centre de recherche sur l’énergie et l’air pur (CREA) et du Global Energy Monitor chiffre à 94,5 gigawatts les nouvelles centrales à charbon dont la construction a démarré en 2024, soit environ 93 % du total mondial. Autrement dit, Pékin empile le nucléaire, le solaire, l’éolien et le charbon en même temps, sans vraiment arbitrer entre eux.

La France perd surtout une position symbolique, pas sa singularité. Elle reste le pays le plus nucléarisé au monde en part de son mix, là où la Chine construit à un rythme sans équivalent tout en misant sur à peu près toutes les énergies à la fois.


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