Le paradoxe chinois : champion du renouvelable… et toujours accro au charbon

 
Et si le charbon n’était finalement pas l’ennemi de la transition énergétique ? C’est en tout cas ce que semble croire la Chine, qui s’est engagée dans une course effrénée aux renouvelables sans pour autant renoncer à ses centrales les plus polluantes.
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La Chine prévoit d’atteindre la neutralité carbone d’ici 2060. Elle mise pour cela sur le nucléaire, mais aussi et surtout sur les renouvelables. Les nouvelles centrales vertes se multiplient, avec des projets parfois hors normes par leur taille.

Devenue le leader mondial des énergies renouvelables, la Chine pourrait presque apparaître comme un modèle de transition énergétique. Mais sa démarche contient un gros bémol : le charbon, toujours fortement ancré dans son mix électrique. Le pays semble pourtant confiant, et assume complètement sa stratégie. L’Empire du Milieu considère cette source comme nécessaire à la transition énergétique.

Le paradoxe est réel : en 2025, le charbon fournissait encore environ 51 % de l’électricité chinoise, malgré des ajouts records de solaire et d’éolien. Début 2025, la puissance installée cumulée du solaire et de l’éolien a d’ailleurs dépassé celle du charbon pour la première fois, même si ce dernier reste le premier producteur réel d’électricité.

Un allié (temporaire) des renouvelables ?

La Chine défend une certaine complémentarité entre le charbon et les énergies renouvelables. Car le solaire et l’éolien, par nature intermittents, ne permettent pas d’assurer une production constante d’électricité. Les centrales à charbon serviraient ainsi à compenser cette variabilité en assurant la continuité de l’approvisionnement.

Les batteries peuvent bien contribuer à lisser la production, mais elles ont leurs limites, dont notamment leur difficulté à assurer un stockage de longue durée. De plus, malgré les progrès rapides des technologies de stockage, leur déploiement reste fortement dépendant de la disponibilité des ressources.

Le charbon apparaît donc pour la Chine comme l’une des « meilleures » solutions pour prendre le relais quand la production des centrales renouvelables baisse.

Dans la région autonome de la Mongolie intérieure, plus précisément dans le désert de Kubuqi, un immense parc de production de l’entreprise Three Gorges illustre parfaitement cette coexistence entre sources fossiles et décarbonées.

La société chinoise y prévoit un complexe de 16 gigawatts (GW). Celui-ci associera 8 GW de solaire, 4 GW d’éolien et 4 GW de charbon. La partie photovoltaïque du projet contribuera d’ailleurs à la fameuse « Muraille photovoltaïque » de 400 km, dont nous vous parlions il y a quelques jours.

Une installation de l’entreprise Three Gorges dans le désert de Kubuqi, dans la région de Mongolie intérieure. // Source : Three Gorges

Dans cette même région, la cohabitation va au-delà de la production électrique selon les autorités locales. Les eaux issues des mines de charbon voisines sont, après traitement, utilisées pour irriguer la végétation installée sous les panneaux photovoltaïques et nettoyer ces derniers, ce qui contribue à la lutte contre la désertification.

Le charbon continue à progresser

Vu l’importance accordée au charbon, il n’est pas étonnant que la Chine poursuive le déploiement de nouvelles centrales. Selon Bloomberg, rien que dans la région de Mongolie intérieure, un portefeuille de 20 GW de nouvelles centrales a été validé en 2025.

Et en 2024, d’après un rapport du Centre de recherche sur l’énergie et l’air pur (CREA), des chantiers totalisant près de 100 GW ont démarré dans l’ensemble du pays, et 30 autres gigawatts sont entrés en service la même année.

À noter tout de même que la tendance sur les autorisations ralentit : les approbations de nouvelles centrales à charbon ont reculé à 62,24 GW en 2024, une première baisse annuelle depuis 2021, et les mises à l’arrêt de vieilles centrales, elles, restent faibles.

Pour le pays, le charbon ne devrait pas entraver sa démarche climatique, puisqu’il s’agirait d’une énergie transitoire. « Construire d’abord, démanteler ensuite » : telle est la devise. Reste à savoir jusqu’à quand la Chine continuera de déployer de nouvelles centrales.

L’analyse du CREA dénonce d’ailleurs une pratique douteuse de l’industrie minière chinoise. En 2024, certaines entreprises minières finançaient elles-mêmes la construction de nouvelles centrales pour prolonger leur propre exploitation, alors même que la demande du marché ne justifiait pas ces projets et qu’on connaît l’impact des centrales à charbon sur le réchauffement climatique.


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