On a suivi le débat IA de la présidentielle : beaucoup de positions de principe, peu de concret

 
La rédaction de Frandroid a regardé le débat autour de l’IA avec les candidats à la présidentielle ou leurs représentants sur BFMTV et Brut. Pendant deux heures, ils ont détaillé leurs projets sur l’IA, sa place dans la société, mais aussi l’implantation des data centers en France.
Image issue du débat en direct retransmis sur YouTube // Source : Brut, BFMTV, La Provence

Ce vendredi 25 septembre au Stade Vélodrome de Marseille, BFMTV, BFM Business, Brut, La Tribune Dimanche et La Provence organisaient le premier grand débat de la présidentielle consacré à l’IA, dans le cadre du salon Artificial Intelligence Marseille (AIM). De 12h à 14h, deux débats ont réuni des candidats à la présidentielle et des représentants de partis autour de l’IA. Huit forces politiques se sont succédé sur scène pour présenter leurs plans sur l’intelligence artificielle et ses enjeux de société.

La première partie réunissait Xavier Bertrand (LR), Olivier Faure, premier secrétaire du PS, Sarah Knafo (Reconquête), Manuel Bompard, coordinateur de La France insoumise, et Alexandre Loubet, conseiller de Jordan Bardella (RN).

La seconde partie réunissait David Cormand (Les Écologistes), Laurent Marcangeli (Horizons) et Paul Midy (Renaissance).

Image issue du débat en direct retransmis sur la chaîne YouTube de Brut // Source : Brut, BFMTV, La Provence

Face à l’IA, un consensus presque général

La première question des deux débats portait sur la position de chaque parti vis-à-vis de l’IA. Sans surprise, presque toutes les forces en présence se sont montrées favorables à son usage.

David Cormand est le plus critique : il questionne la place même de l’IA dans la société. « Est-ce un progrès ou une innovation ? La bombe atomique, c’est une innovation, mais pas un progrès humain. »

Image issue du débat en direct retransmis sur la chaîne YouTube de Brut // Source : Brut, BFMTV, La Provence

Manuel Bompard cherche, lui, l’équilibre : « Il faut se prémunir du catastrophisme comme de l’enthousiasme aveugle. L’IA présente des risques et des contraintes, notamment pour les limites planétaires. »

Sarah Knafo voit dans l’IA une technologie qui, « comme toute révolution technologique, […] porte en elle à la fois des menaces et des opportunités qui sont immenses ». Pour elle, « l’avenir sera ce que nous allons en faire ».

Alexandre Loubet est plus tranché : « Soit nous la maîtrisons, soit nous la subirons. »

Lors du premier débat, Olivier Faure s’est lui aussi montré prudent vis-à-vis de l’IA. Il a d’abord rappelé l’importance de la création humaine et de la protection des droits pour les auteurs.

L’intelligence artificielle face au travail : le vrai clivage droite-gauche

La gauche s’inquiète pour l’emploi

« Dans quelle mesure l’IA va percuter notre rapport au travail ? » Cette question de David Cormand résume cet aspect du débat. L’écologiste veut « réserver le rôle de l’IA dans des tâches qui peuvent être maîtrisées et garder le savoir-faire à l’humain ».

Image issue du débat en direct retransmis sur la chaîne YouTube de Brut

Olivier Faure s’inquiète, lui, des suppressions d’emplois : « Admettons une entreprise qui a 10 comptables, elle en licencie 9 et garde 1 aidé par des IA. Alors c’est peut-être bien pour l’entreprise qui fait des économies, mais c’est le contribuable qui va payer les cotisations pour les 9 qui sont au chômage. » En sus, le Premier Secrétaire du PS, pense à un dividende IA pour permettre de couvrir les personnes qui perdront leur emploi à cause de l’IA.

Le centre et la droite misent sur la formation à l’IA

Paul Midy s’est montré plus enthousiaste : « Il n’y a jamais eu de chômage créé par l’innovation. Ça n’est jamais arrivé. Donc je ne pense pas que ça arrivera sur l’IA. » Oubliant que l’imprimerie a, par exemple, fait disparaître le métier de copiste. Le député Renaissance mise d’abord sur la formation des actifs à l’IA, qui doit selon lui leur permettre de travailler moins à l’avenir. Il défend pourtant, dans le même temps, un recul de l’âge de départ à la retraite.

Image issue du débat en direct retransmis sur la chaîne YouTube de Brut // Source : Brut, BFMTV, La Provence

Laurent Marcangeli propose un compte formation dédié à l’IA. Même son de cloche pour Xavier Bertrand qui insiste aussi sur la formation à l’IA dès le plus jeune âge. Il veut aussi former les enseignants à l’IA.

À l’inverse, Sarah Knafo ne veut pas « apprendre aux enfants à prompter » et préfère miser sur les savoirs fondamentaux pour garder du discernement face à la machine.

Une IA souveraine ? Des data centers pour une IA française

Les data centers destinés aux acteurs de l’IA ont suscité les échanges les plus vifs. Le chiffre de 90 % de projets de data centers financés par des fonds étrangers, notamment américains, a été avancé pendant le débat, ce qui inquiète la plupart des invités. L’extraterritorialité du droit américain pose problème, notamment avec le Cloud Act : cette loi permet aux autorités des États-Unis d’exiger d’une entreprise américaine les données qu’elle héberge, y compris dans un data center situé en France.

Face à une hostilité presque générale, Xavier Bertrand, président de la région Hauts-de-France, qui accueille de nombreux projets de data centers, a défendu son ambition d’en faire la « vallée européenne des data centers ».

Image issue du débat en direct retransmis sur la chaîne YouTube de Brut

Manuel Bompard veut, lui, développer des data centers souverains, contrôlés par la France, et propose un moratoire sur les data centers non souverains.

La problématique écologique des datas centers avancée par Olivier Faure

Une position de principe vivement attaquée par Xavier Bertrand et Alexandre Loubet. Les deux critiquent notamment cette prudence au nom d’une écologie excessive.

Or c’est surtout Olivier Faure qui a joué le jeu de l’écologie prenant en exemple le projet de data center à Fouju en Seine et Marne avec une accumulation de chiffres. « 50 milliards d’investissements, 90 hectares, une consommation électrique équivalente à l’EPR de Flamanville et 250 000 m³ d’eau consommés pendant 12 ans pour la construction du projet. Et 15 tonnes de polluants éternels par an rejetés dans les sols et l’eau. »

Une IA française ou Claude ?

Si les deux journalistes ont posé la question de la position de Claude vis à vis des autres géants de l’IA, aucune personnalité ne s’est risquée à prononcer un avis sur l’IA de Mistral.

La régulation de l’IA, du développement aux usages

Pour Sarah Knafo, le droit français suffit à encadrer l’IA : « La bonne échelle, c’est le code pénal français qui définit ce qui est légal et illégal dans l’espace public. » La numéro 2 de Reconquête se moque de l’idée d’une charte mondiale, estimant que ni Pékin ni Washington ne prendront le temps de la lire.

Image issue du débat en direct retransmis sur la chaîne YouTube de Brut // Source : Brut, BFMTV, La Provence

À gauche, Olivier Faure et Manuel Bompard défendent une régulation de l’IA. À l’échelle mondiale, le premier secrétaire du PS propose un équivalent du GIEC pour l’IA. Le coordinateur de La France insoumise approuve ce modèle, mais refuse d’opposer régulation et développement.

David Cormand estime que les règles européennes existent déjà, mais qu’elles ne sont pas respectées : « Il faut fermer le robinet et interdire l’accès au marché européen. »

Laurent Marcangeli, à l’origine de la loi de 2023 sur la majorité numérique, estime que la régulation ne suffit pas. Pour lui, la meilleure protection est « d’avoir des réseaux sociaux et des IA français et européens ».

Le financement impôt ou pas impôt ?

Comme évoqué plus haut, Olivier Faure défend l’idée d’un dividende IA mais qui s’adresserait plutôt au marché de l’emploi.

Manuel Bompard avance l’idée d’un investissement public massif avec plusieurs mécanismes : « Il faut réutiliser les outils d’accès au crédit, il y a une banque publique d’investissement (…) donc je suis pour réunifier tout ça dans son qu’on pourrait appeler un pôle public bancaire.» Avant d’enchaîner : «on a besoin de capitaux privés aussi, et donc il faut flécher l’épargne qui existe aujourd’hui en France pour favoriser les investissements, qui sont les investissements nationaux.»

Image issue du débat en direct retransmis sur la chaîne YouTube de Brut // Source : Brut, BFMTV, La Provence

Au RN, c’est l’idée d’un financement souverain germe avec la volonté de rapatrier des capitaux. « nous voulons créer un fonds souverain français qui permettra aux Français qui le veulent, sur la base du volontariat, je le précise, de flécher leur épargne vers… l’économie réelle et l’innovation. »

Le lexique politique

Moratoire : suspension temporaire, décidée par les pouvoirs publics, d’une activité ou d’un type de projet. Dans le débat, Manuel Bompard l’applique à l’implantation de nouveaux data centers non souverains.

Cloud Act : loi américaine adoptée en 2018 qui permet aux autorités des États-Unis d’exiger d’une entreprise américaine les données qu’elle héberge, y compris sur des serveurs situés hors des États-Unis.

GIEC : Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat, créé en 1988 sous l’égide de l’ONU, qui fait la synthèse des connaissances scientifiques sur le climat. Olivier Faure veut un équivalent pour l’IA.


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