Pourquoi l’IA est-elle devenue si importante de nos jours sur nos smartphones ? Pour le comprendre, nous avons posé la question à Huawei et Qualcomm, deux constructeurs s’attachant à la développer.

Nous entendons parler d’intelligence artificielle et de machine learning absolument partout. Qu’il s’agisse de contrôler nos drones ou assister nos futures voitures autonomes, le mot est apparu sur le secteur de la Tech comme une infection virale. Même les smartphones sont atteints. Mais pourquoi ? Il semble après tout que l’IA soit plus importante pour les appareils cherchant à être autonomes, ce qui est loin d’être leur cas.

Nous avons donc posé la question à Ryan Lui, directeur des produits IA chez Huawei accompagné du responsable marketing mobile de la firme, ainsi qu’à Gary Brotman, directeur produit spécialisé dans l’IA chez Qualcomm, pour le déterminer.

L’IA est invisible par nature

Pour cela, revenons à l’état actuel des choses. Qu’il s’agisse de Qualcomm avec la présentation du Snapdragon 855, ou Huawei avec celle du Kirin 980, le terme « IA » se retrouve désormais partout.

Pourtant, les utilisateurs sont bien en peine de la voir à l’action, puisqu’elle est invisible. Une situation normale selon Huawei, qui indique « qu’il est vrai que certains utilisateurs ne savent pas que l’IA est derrière certaines améliorations, mais ce n’est pas un problème, puisque l’utilisateur final veut seulement un meilleur smartphone ».

« Les utilisateurs ne devraient pas s’en soucier »

Une pensée qui est partagée par Gary Brotman chez Qualcomm, qui indique que « [les consommateurs] ne devraient pas s’intéresser à ce qu’il se passe [en arrière-plan]. Ce qui leur importe est comment ces outils leur permettent d’avoir un meilleur contrôle, comme en photographie par exemple ». Pour lui, « le réseau neuronal peut étendre les capacités du matériel. Les utilisateurs ne devraient pas se soucier de ça, mais de l’utilité finale ».

L’impact de l’IA se fait par touches

Pour autant, la plupart des marques (et particulièrement Huawei) mettent en avant les capacités IA de leur téléphone auprès du grand public, un terrain sur lequel Qualcomm n’a tout simplement pas d’intérêt à se placer : « Qualcomm n’est pas une marque portée vers les consommateurs. Nous passons la plupart de notre temps et de nos efforts à s’assurer que nos produits aident les produits de nos partenaires à sortir du lot. C’est une forme indirecte de marketing ».

Ce qui ne veut pas dire que l’IA n’est pas amenée à prendre sa place sous les projecteurs, même si Gary Brotman reconnaît qu’elle a « le stigmate » de la science-fiction rattachée à elle, n’aidant pas à son acceptation auprès du grand public. « Il existe des résultats tangibles, et ils aident à rendre visible l’IA et prendre conscience de comment certaines fonctionnalités fonctionnent ».

Sur ce point, Qualcomm rejoint Huawei : ce sont les enceintes intelligentes, type Google Home ou encore Amazon Echo, qui sont les meilleurs exemples de l’utilité de l’IA en termes de visibilité. « Vous oubliez qu’il est présent, mais il vous aide à faire énormément de choses. C’est visible » indique Ryan Lui de Huawei, en argumentant « c’est pour ça que cette année [sur le Huawei P30 Pro], nous avons amélioré la visibilité : vous pouvez appeler l’assistant en appuyant sur un simple bouton [ndlr : celui de verrouillage] ».

La Master AI des P20, Mate 20 et P30 est également soulignée comme une manière visible de voir l’impact de l’intelligence artificielle : « elle peut identifier un ciel bleu, améliorer la vivacité des couleurs et plein d’autres choses ». Pour autant, Huawei souligne bien qu’il s’agit d’un choix de l’utilisateur : « certains utilisateurs n’en veulent pas. Vous pouvez juste cliquer pour l’enlever ».

Rendre l’interaction plus naturelle

Qu’en est-il de l’avenir du smartphone dans ce cadre ? Pour Huawei, la mission première est avant tout de rendre l’interaction avec notre smartphone plus naturelle. Ryan Lui argumente que « lorsque l’on touche un écran, cela veut dire que l’on doit soit écrire quelque chose soit appuyer sur un bouton. Nous faisons déjà des efforts pour réduire ces interactions, avec la reconnaissance d’objets [ndlr : type Google Lens] par exemple ».

« Nous ne pensons pas que taper au clavier soit une interaction naturelle. Lorsque vous parlez avec vos amis naturellement, vous n’avez pas à écrire ». C’est pourquoi selon lui, le rôle d’une intelligence artificielle est « d’offrir une interaction naturelle avec le téléphone ». Tout n’est pas pour autant fait : « Nous investissons sur cela et dans le futur, vous verrez de plus en plus de smartphones avec ces capacités ».

« Nous ne pensons pas que taper au clavier soit une interaction naturelle. »

Une vision sur laquelle Qualcomm semble être d’accord, puisque Gary Brotman indique que « discuter n’était pas un comportement commun [dans la Tech], mais l’intelligence artificielle le fait exister ». La vision du constructeur américain est cependant naturellement plus large, puisque ses produits équipent de nombreuses catégories d’appareils. Sur certains domaines, l’intelligence artificielle est dite « impérative » comme pour la réalité virtuelle ou augmentée : « au fil des années, ces [technologies] sont toujours plus basées sur les réseaux neuronaux ».

La base d’un écosystème

Gary Brotman va cependant plus loin pour décrire l’intelligence artificielle. Si son impact ne se retrouve pas nécessairement sur des terrains visibles par le consommateur, c’est tout simplement parce qu’il est plus global :

« Au plus haut niveau, les futurs appareils Tech se doivent d’être optimisés pour ces nouveaux algorithmes. Qu’importe ce que l’avenir nous réserve, il s’agit d’une nouvelle façon de calculer et une nouvelle lignée de logiciels. [L’IA] impactera comment plus de choses sont faites sur un mobile ou même l’expérience utilisateur, même les optimisations systèmes ou la manière dont le modem fonctionne. Il s’agira de la manière dont les smartphones fonctionneront à l’avenir. Ce n’est donc pas un « avec ou sans », mais une évolution ».

L’intelligence artificielle est donc surtout une nouvelle base de conception pour nos smartphones. Mais dans quel but ? Pour Huawei, il s’agit avant tout de synergie entre les appareils : « nos appareils ont des CPU et NPU très performants, et les autres produits comme les TV, voitures ou drones par exemple, ont leur propre système. Comment les connecter et créer une synergie entre eux, c’est ce à quoi nous réfléchissons ».

Qu’une telle base commune s’intègre à de nombreux types d’appareils différents leur permettrait naturellement de mieux communiquer. Une vision que Qualcomm, qui « regarde ses partenaires comme étant primordiaux [sur ce terrain] », partage pleinement :

« L’innovation se produit dans l’écosystème. Tant que nous fournissons une plateforme accessible, facile à utiliser et performante, nous faisons notre travail ».

Vous l’avez compris : l’intelligence artificielle n’a pas nécessairement pour but d’être visible. Elle est aujourd’hui une nouvelle base sur laquelle les acteurs Tech construisent de nouveaux usages, et qui servira à la création d’un écosystème intelligent entre les appareils avec lequel nous interagirons naturellement.