
Avril 2012. Sergey Brin, cofondateur de Google, monte sur scène à San Francisco. Sur son nez, un prototype d’une drôle de paire de lunettes. Quelques minutes plus tard, une équipe en parachute filme sa chute libre depuis un dirigeable, en direct, à travers les lunettes en question. La salle applaudit. C’est l’acte de naissance des Google Glass.

À l’époque, on parle de révolution, on parle de l’objet qui va remplacer le smartphone. Treize ans plus tard, Google remonte sur scène, présente Project Aura et les lunettes développées avec Samsung, et utilise à peu près le même vocabulaire. Sauf qu’entre les deux, il y a eu un échec retentissant. Et un mot qui en dit long : « glasshole ».
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Reprenons rapidement la séquence. En 2013, les Google Glass Explorer Edition sortent à 1 500 dollars, réservées aux développeurs et aux quelques chanceux. Ouverture au grand public en mai 2014. Critiques en cascade dès le démarrage : prix prohibitif, design ridicule, autonomie famélique, caméra qui filme tout le monde sans prévenir, scandales à répétition dans les bars qui interdisent leur port. Le surnom « glasshole » s’installe dans le langage courant pour désigner les utilisateurs. En janvier 2015, Google arrête la production grand public.
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Le projet bascule vers le monde de l’entreprise sous le nom Glass Enterprise, vendu aux usines et aux entrepôts. Là encore, le résultat n’est pas glorieux. En mars 2023, Google débranche définitivement la prise. Fin de l’histoire. Du moins, on le croyait.
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Le coup de 2026 est manifestement préparé autrement. Plutôt qu’un produit unique, Google sort trois pièces sur l’échiquier en même temps, toutes sous bannière Android XR. Le casque Galaxy XR de Samsung pour les usages immersifs lourds. Des lunettes connectées légères co-développées avec Samsung, pensées pour défier directement les Ray-Ban Meta dans l’usage quotidien.
Et Project Aura, fruit du partenariat avec XREAL, plus orienté écran géant portable avec son champ de vision de 70 degrés. Trois produits, trois cibles, une même plateforme. C’est presque l’inverse de la stratégie 2013, où les Google Glass devaient à elles seules ouvrir un marché tout neuf.

Pour autant, regardons les fiches techniques côte à côte. Google Glass 2013 : 1 500 dollars, écran proche de l’œil, caméra intégrée, contrôle vocal, applications dédiées via un store, présentation en grande pompe au Google I/O. Project Aura 2026 : prix estimé entre 700 et 1 000 dollars, écran proche de l’œil avec 70° de champ de vision, caméras pour le suivi des mains, contrôle vocal et gestuel, accès au Play Store, présentation en grande pompe au Google I/O.

Les lunettes Samsung x Google, elles, vont plus loin dans la discrétion façon Ray-Ban Meta, mais embarquent la même logique : caméras, micros, IA Gemini intégrée. Les différences avec 2013 ? Un assistant IA capable de décrire le monde, traduire et prendre des notes. Et un partenariat industriel sérieux. Pour le reste, c’est à peu près la même promesse, la même cible, et probablement la même catégorie d’utilisateur dans la rue.
Le mur de 2015 est toujours là
Évidemment, Google n’a pas refait exactement les Google Glass. Le contexte a changé. L’IA générative permet aujourd’hui des usages qui n’existaient pas en 2013. L’optique a progressé, les composants ont rétréci, et les utilisateurs sont mieux préparés à porter des objets connectés sur le visage, ne serait-ce que parce que Meta a normalisé les Ray-Ban-caméra. Mais deux problèmes structurels n’ont pas bougé d’un millimètre. Une lunette équipée d’une caméra reste une lunette équipée d’une caméra. Et personne, en 2026, n’a vraiment envie qu’un inconnu en bistrot le filme pendant qu’il déjeune. Le mot « glasshole » n’a pas disparu, il dort. La présence d’une LED de tournage, comme sur les Ray-Ban Meta, atténue un peu le problème mais ne le règle pas.
L’autre angle mort, c’est l’usage. À quoi servent Project Aura ou les lunettes Samsung x Google, exactement ? Pour l’instant, à peu près à ce que servaient les Google Glass : regarder une vidéo, afficher une notification, demander à Gemini ce que vous regardez. C’est intéressant. Ce n’est pas le produit qui remplace votre smartphone, comme on nous l’avait vendu en 2012. Ce n’est pas non plus, et c’est là que ça devient gênant, un produit dont on saisit immédiatement la nécessité.

Les Apple Vision Pro, lancées en grande pompe il y a deux ans, en ont fait la dure expérience. Apple a vendu beaucoup moins de casques que prévu, et a dû revoir sa feuille de route. Si la firme de Cupertino n’arrive pas à imposer la XR à 3 500 dollars avec son écosystème massif, on peut légitimement se demander comment des lunettes Google s’y prendront.
Reste l’argument du « cette fois, c’est différent », qu’on entend dans chaque Google I/O depuis dix ans. Et il faut reconnaître à Google quelques différences crédibles en 2026. Les partenariats avec XREAL côté lunettes et avec Samsung côté plateforme apportent un sérieux industriel qui manquait aux Glass d’origine. Android XR comme système d’exploitation commun donne enfin un écosystème logique au type d’appareil. Et le programme Catalyst pour développeurs est ouvert dès maintenant, signe que Google a appris au moins une chose : pas de lunettes sans applis. Reste que tout ça ne suffira pas si le grand public n’a pas envie. Et c’est exactement le mur sur lequel les Glass se sont éclatées en 2013.

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