Les rumeurs selon lesquelles Apple construirait une voiture autonome ont été nombreuses. Souvent confirmées, également démenties, elles prouveraient de toute évidence l’existence d’un projet lié aux véhicules sans conducteur, plus communément nommé « Project Titan ». Des premiers tests secrets aux recrutements discrets en passant par les déclarations plus ou moins subtiles de Tim Cook, retour sur un projet qui a déjà fait couler beaucoup d’encre. Et qui risque d’en faire couler encore.

Par où débuter ? C’est un peu la question que l’on se pose à l’heure d’écrire les premières lignes de ce dossier. Les tenants et aboutissants du « Project Titan », en premier lieu. Un bon moyen de commencer à comprendre les contours de ce projet au départ énigmatique, mais dont les rumeurs et informations dévoilées au cours des années ont progressivement retiré le voile de mystère qui l’entourait. Et de comprendre que ce fameux « Project Titan » n’en était peut-être pas qu’un, mais sûrement plusieurs aux évolutions multiples.

Des tests révélés dès 2015

C’est en 2015, après que de sérieuses rumeurs aient surgi sur la Toile, que les premiers doutes concernant le développement d’une voiture autonome signée Apple ont été émis. De quoi s’agit-il vraiment ? À quel point le projet a-t-il avancé ? The Guardian éclairait le monde entier en affirmant à l’époque que la marque à la pomme s’apprêtait à réaliser des tests au GoMentum Station, une ancienne base navale militaire convertie en centre d’essai pour les voitures.

GoMentum Station n’a rien d’anecdotique. Au contraire. C’est ici même que Mercedes-Benz et Honda avaient effectué des tests… pour leur projet de voiture autonome : 32 kilomètres de routes diverses et variées (autoroutes, routes, croisements de voies de chemin de fer) parfaitement propices à des essais grandeur nature. Quelques jours plus tard, et toujours d’après le quotidien anglais visiblement bien informé, l’entreprise californienne aurait rencontré le Department of Motor Vehicles (DMV).

Le DMV n’est autre que l’organisme public chargé de l’enregistrement des véhicules et des permis de conduire. Les deux parties se seraient ainsi entretenues durant une heure, aux côtés notamment de spécialistes de voitures autonomes tout droit venus de la marque à la pomme. Autant d’informations qui viennent corroborer la petite bombe lâchée quelques mois plus tôt par des employés d’Apple…

Recrutement : Apple se sert chez Tesla

En février, Business Insider recevait en effet un mail révélateur, expliquant que « le dernier projet d’Apple était bien trop excitant pour le décliner ». Et d’ajouter : « Cela va donner du sacré fil à retordre à Tesla ». Tout en précisant qu’une cinquantaine de salariés Tesla avait été recrutée par la firme de Cupertino. Difficile d’être aussi explicite. Et sans le savoir peut-être, les émetteurs de ce message faisaient probablement référence au « Project Titan ».

Bref, tous les indices recueillis mènent à la même et unique conclusion : le groupe californien planche bel et bien sur un projet de voiture autonome qui pourrait venir concurrencer la firme du fantasque Elon Musk. Et pour continuer à titiller l’un de ses futurs principaux concurrents, Tim Cook n’hésite pas à piocher comme bon lui semble dans les rangs de Tesla : en témoigne le discret, mais ô combien inestimable recrutement de Chris Porritt, vice-président de l’ingénierie automobile de l’entreprise, en 2015 (mais mis au jour en 2016).

Septembre 2016 : le « Project Titan » subit un coup dur. Et est contraint de se stopper momentanément suite au départ volontaire du précieux Steve Zadesky (pour des raisons personnelles, a-t-il expliqué à l’époque), celui-là même qui chapeautait les grands travaux d’Apple sur les voitures autonomes. The New York Times ne manque pas de souligner le limogeage d’une dizaine d’employés et la fermeture de la division automobile du groupe.

Nouvelle stratégie : en route vers le software

Ce coup d’arrêt ne démotive pas pour autant les équipes d’Apple, qui réfléchissent alors à une nouvelle vision stratégique plus axée sur le software, au détriment du hardware. Info ou intox, Tim Cook est en tout cas venu confirmer cette information en mentionnant le développement d’un « système de conduite autonome » dans les colonnes de Bloomberg, en juin 2017. La flamme est ravivée.

Les plans d’Apple semblent alors plus clairs : terminé le rêve d’une voiture autonome fabriquée en interne, place au déploiement d’un système vendu sous forme de licence et distribué aux autres constructeurs de véhicules sans conducteur. Un business model qui repose donc uniquement sur le software en lui-même, mais qui pourrait rapporter en cas de succès, mais surtout en cas d’une réelle démocratisation des self-driving cars, comme dirait nos amis anglophones.

Mais l’ombre d’une Apple Car plane toujours, malgré les déclarations de M. Cook. Car de nouveaux indices pour le moins intrigants viendraient contredire le PDG d’Apple : en mars 2018, Business Insider lève le voile sur une conséquente flotte d’automobiles autonomes Apple basée en Californie, au nombre de 55. Ce serait plus que Waymo (51) Tesla (39), BMW (12), Toyota (11) et Mercedes Benz (5). Mais moins que Cruise (104), une filiale de General Motors.

Le marché des voitures autonomes, des chiffres plus qu’encourageants

Relancé, le « Project Titan » le sera encore plus avec l’arrivée du vice-président de Tesla Motors (depuis 2013) en la personne de Doug Field. Ce dernier, anciennement employé par Apple pour gérer l’ingénierie de la partie matérielle des Mac, signe un retour étonnant confirmé par la marque à la pomme. Sans que cette dernière ne précise quel poste M. Field occupera.

Plus globalement, Apple a tout intérêt à se positionner sérieusement sur ce créneau. Et ce n’est pas Tim Cook qui dira le contraire. Car le développement rapide du marché des voitures autonomes devrait décupler l’intérêt du grand public à l’égard de cette technologie. Au vu des nombreux rapports et prédictions établis à ce sujet, il y a fort à parier que la conduite manuelle pourrait progressivement disparaître au profit de la conduite autonome.

Une étude de Strategy publiée en décembre 2017 et baptisée « Digital Auto Report 2017 » prévoit un total de 80 millions de voitures autonomes sur nos routes d’ici 2025, « grâce notamment au lancement des robots taxis ». L’étude va même plus loin en estimant que « 42 % de l’ensemble des kilomètres parcourus en Europe se feront à bord d’un véhicule autonome en 2030 ».

Le cabinet de conseil Juniper Research livre un pronostic plus tempéré, mais tout de même conséquent : 50 millions de voitures autonomes circuleront d’ici la fin de l’année 2026. Quand IHS Markit présage des ventes tutoyant les 21 millions en 2035, tandis que 76 millions d’autos embarqueront des fonctionnalités autonomes la même année. Ce ne sont certes que des chiffres et des estimations, mais force est de constater que ce segment est voué à exploser. À Apple maintenant de ne pas rater le coche.