En interview pour Les Échos, le patron d’Apple Tim Cook est revenu sur les dernières tendances du marché. L’occasion d’admettre une certaine arrogance chez les GAFAM, et de commenter la création de monnaie de Facebook.

Le marché Tech est aujourd’hui bousculé par énormément de mouvements politiques. Qu’il s’agisse de la lutte du gouvernement Trump et de la Chine, qui impacte lourdement Huawei, de l’avènement des monnaies virtuelles ou des accusations de position dominante de la Commission européenne, tout n’est pas de tout repos pour les constructeurs.

Profitant de sa présence sur Paris, le journal Les Échos a pu interviewer longuement Tim Cook, le PDG d’Apple. L’occasion de connaître ses positions sur ces différents sujets.

« Certains GAFA ont sans doute été arrogants »

L’un des sujets de cette interview est l’arrogance perçue par le public des GAFAM (Google, Amazon, Facebook, Apple, Microsoft), qui peuvent sembler au-dessus des lois. Tim Cook admet alors que « certains ont sans doute été arrogants, c’est vrai », mais protège Apple de cette accusation en pointant du doigt les parts de marché relativement faibles de son entreprise. Alors qu’il déclare qu’il est « difficile de dire » qu’Apple tend vers un monopole, on comprend que cette ligne référence les soucis entre Google et la Commission européenne.

Mais quelle arrogance, précisément ? Interrogé sur l’idée de créer une monnaie, Tim Cook déclare ne pas être « à l’aise avec l’idée qu’un groupe privé crée une monnaie concurrente. Une entreprise privée n’a pas à chercher à gagner du pouvoir par ce biais » avant de préciser qu’une monnaie « doit rester dans les mains des États ». Là encore, cela sonne comme une réaction directe à la Libra, monnaie virtuelle créée par Facebook qui fait débat actuellement.

Malgré tout, Apple n’est pas le chevalier blanc des GAFAM. Depuis maintes années, le sujet des impôts est sensible pour ce dernier, particulièrement en Irlande où il a relativement récemment « rendu l’argent ». Pressé sur le sujet, Tim Cook met en avant qu’Apple est, selon ses mots, « le premier contribuable mondial » avant de recentrer le débat : « la question qui nous est posée, à nous les multinationales, est de savoir si nous payons nos impôts au bon endroit. Nous pensons que oui ». Le problème n’est donc pas l’optimisation fiscale, mais l’organisation mondiale des impôts. « Je souhaite que cette question soit tranchée au niveau de l’OCDE [NDLR : Organisation de coopération et de développement économiques, qui gère au niveau mondial les questions économiques]. Que les pays se mettent d’accord entre eux pour éviter les litiges. Ce qu’il faut, c’est un régime global décidé au niveau des pays de l’OCDE ».

Quant à Donald Trump et sa lutte contre le gouvernement chinois pour un nouvel accord commercial ? Concernant le président lui-même, « c’est quelqu’un avec qui on peut discuter, qui répond au téléphone et qui accepte le fait que l’on ne soit pas toujours d’accord. Il écoute ». Langue de bois. Et concernant la Chine, « il faut reconnaître qu’il soulève de vraies questions sur l’accès au marché, les déséquilibres commerciaux, la concurrence et la protection de la propriété intellectuelle. Je pense qu’il va y avoir un accord commercial avec la Chine. J’espère qu’à terme, chaque pays renoncera à la hausse des droits de douane. Il faut que nos deux pays y gagnent, sans quoi le monde y perdra ».

Entre politesse politique et défense levée, Tim Cook continue de manier le tact pour naviguer tranquillement Apple dans ce climat propice à la contestation.