Xiaomi-Leica, Vivo-Zeiss, Oppo-Hasselblad : pourquoi Honor refuse de s’acheter un logo

 
Xiaomi a Leica, Oppo a Hasselblad, Vivo a Zeiss. Honor, lui, n’a personne au dos de ses smartphones, et c’est revendiqué. On a demandé pourquoi à ses responsables imagerie.
Honor 600 // Source : Chloé Pertuis pour Frandroid

Il y a une scène qui revient à chaque lancement de smartphone haut de gamme. Le CEO monte sur scène, sort le smartphone, le retourne, et pointe le petit logo gravé à côté du module photo. Leica, Hasselblad, Zeiss. La salle applaudit, comme si une étiquette suffisait à transformer un capteur de 1 cm de large en boîtier moyen format.

Honor a décidé de ne pas jouer à ce jeu. On a rencontré Xiaodong Han, designer produit imagerie, et Guangxu Wang, chef de produit imagerie, à l’occasion du lancement du Honor 600. La question évidente, on l’a posée d’entrée.

Le Honor 600 et son grand frère le 600 Pro ont été lancés le 22 avril 2026, autour de 400 euros pour la version de base et 630 euros pour le Pro. Au menu, capteur principal de 200 Mpx sur 1/1,4 pouce (le plus grand du segment, selon la marque), téléobjectif périscope 50 Mpx réservé au Pro pour aller chercher jusqu’à 120x en numérique, et une stabilisation maison certifiée CIPA 6.5 sur ce même téléobjectif. Le tout pilote MagicOS 10 sur Android 16.

Pas de logo allemand, mais un studio parisien et un labo français

Honor assume sa solitude apparente. Xiaodong Han défend une logique de synergie interne plutôt que d’étiquette : « Plutôt qu’un nom de marque figé, nous cherchons une synergie artistique et technique. C’est pour cela que Honor a choisi de s’associer au légendaire Studio Harcourt : nous avons privilégié un style iconique et intemporel à un simple co-branding technique. C’est une stratégie délibérée, fondée sur la force de notre R&D interne. Nous pensons qu’en maîtrisant nous-mêmes la synergie logiciel-matériel-puce, nous pouvons offrir une expérience plus stable et plus professionnelle ».

En vidéo, c’est ARRI, le fabricant allemand de caméras de cinéma, qui apporte la caution professionnelle. Honor n’est donc pas tout seul, mais il choisit ses alliés ailleurs que dans l’optique grand public.

L’autre argument inattendu, c’est la géographie. Xiaodong Han insiste : « Le fait que notre seul centre de R&D imagerie hors d’Asie soit situé en France est un message fort. Les utilisateurs français et européens ne veulent pas de photos sur-traitées ou de visages artificiels. Nos ingénieurs travaillent spécifiquement pour adapter nos algorithmes à cette exigence de naturel ».

Autrement dit, la marque mise sur une équipe européenne pour éviter le rendu sur-lissé typique du marché chinois, ces visages polis au point de ressembler à des avatars. La « French touch » dans la bouche d’un cadre de Shenzhen, ça surprend.

Là où l’histoire devient franchement amusante, c’est avec la fonction MagicColor. En un clic, le Honor 600 promet d’appliquer un rendu « inspiré » de Hasselblad, Leica ou Fujifilm. Sans licence, sans accord, sans logo. Xiaodong Han l’explique sans détour : « MagicColor est une fonction d’émulation couleur en un clic, qui permet d’appliquer les styles visuels signature de marques iconiques comme Hasselblad, Leica et Fujifilm. Grâce à une technologie de migration colorimétrique collaborative entre l’appareil et le cloud, elle assure à la fois un rendu de haute qualité et une prévisualisation fluide en temps réel ».

Autrement dit, Honor propose les couleurs des trois marques que ses concurrents paient cher pour avoir, gratuitement, en émulation. C’est peut-être malin. Mais émuler une signature couleur, c’est un peu comme reprendre un morceau de jazz au synthé. Ça peut sonner juste, ou très faux.

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L’IA pour combler les trous, pas pour inventer la scène

L’autre sujet sensible, c’est la frontière entre photo et image générée.

Samsung qui fabrique ses lunes, Google qui efface les passants, Xiaomi qui lisse les peaux : où s’arrête la photo, où commence l’invention ? Xiaodong Han défend une position : « Pour le grand public, l’image n’est plus seulement un enregistrement, c’est aussi une expression et un partage d’émotions. Tout en continuant à renforcer les capacités matérielles, nous misons sur l’IA. Le consommateur n’a plus besoin d’apprendre à régler des paramètres complexes pour prendre de bonnes photos. Notre fonction AI Color Tracking permet aux jeunes utilisateurs de choisir librement le style d’image qu’ils préfèrent et de l’appliquer à leurs propres clichés ».

La phrase est belle. Elle évite soigneusement de dire ce que fait réellement le mode Supermoon 2.0 quand on pointe le téléobjectif vers la pleine lune. Honor n’est pas Samsung, mais la promesse de « fidélité à l’émotion » reste une zone grise très confortable.

Sur le zoom, justement, Honor revendique une approche orientée usage. Xiaodong Han détaille : « Nous concevons toujours nos capacités d’imagerie autour des scènes de prise de vue typiques des jeunes utilisateurs. Sur la gamme Honor 600, nous avons intégré un téléobjectif périscope 50 Mpx, l’AI Super Zoom 2.0 et l’algorithme AI Super Night Scene, qui améliorent nettement les photos de paysages urbains nocturnes et de bâtiments emblématiques. Super Moon 2.0 aide à capturer la lune au-dessus de la ville ».

Précision utile : ce téléobjectif 50 Mpx est en réalité réservé au Honor 600 Pro. Sur le 600 standard, on se contente du capteur principal et de l’ultra grand-angle 12 Mpx.

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