
Microsoft a mis quatre mois à passer de la vitrine au bon de commande. Le Surface Laptop Ultra avait été montré une première fois début juin, sans prix ni date. Ce mercredi 7 octobre, il a été détaillé pendant la keynote Windows et Surface organisée avec Nvidia à San Francisco, et il est désormais en précommande aux États-Unis à partir de 2 599 dollars, soit environ 2 300 euros hors taxes.
Pour la première fois, une Surface est pensée autant pour le jeu que pour l’IA locale, c’est-à-dire des modèles qui tournent sur la machine plutôt que sur des serveurs distants.
Microsoft a déjà associé Surface et Nvidia. Le Surface Laptop Studio 2, lancé en 2023, embarquait une GeForce RTX 4050 ou 4060 à côté d’un processeur Intel, et se vendait entre 2 000 et 4 500 dollars aux États-Unis. Retiré du catalogue en mai 2025, il trouve son successeur avec le Laptop Ultra, qui passe cette fois à une puce unique réunissant processeur et partie graphique.

Le Laptop Ultra se place tout en haut d’une gamme qui coûte déjà de plus en plus cher. Les Surface Pro et Surface Laptop compacts, renouvelés fin septembre, démarrent au-dessus de 1 200 euros. Microsoft a aussi confirmé qu’il refusait de lancer une Surface à bas prix face au MacBook Neo d’Apple. Avec le Laptop Ultra, Microsoft vise donc le haut du marché, face aux MacBook Pro.
Chez Apple, le MacBook Pro M5 16 pouces démarre à 2 999 dollars aux États-Unis, et il faut compter 4 000 dollars pour le doter de 64 Go de mémoire. Le Laptop Ultra d’entrée de gamme s’affiche donc 400 dollars moins cher, mais la comparaison se jouera surtout sur les versions dotées de 64 ou 128 Go de mémoire.

On trouve à l’intérieur du Laptop Ultra la RTX Spark, la première puce de Nvidia pour PC Windows depuis les Tegra des tablettes Surface RT (2012) et Surface 2 (2013). C’est un SoC (System on Chip), une puce qui réunit le processeur et la partie graphique. Elle compte jusqu’à 20 cœurs processeur Arm, la même architecture que les puces Snapdragon X2 du Surface Laptop 13,8 pouces, et jusqu’à 6 144 cœurs graphiques CUDA de génération Blackwell, autant qu’une GeForce RTX 5070 de bureau.
Le processeur et la partie graphique se partagent la même réserve de mémoire, dite unifiée, qui monte jusqu’à 128 Go. Sur un PC portable de jeu classique, la carte graphique a sa propre mémoire, 8 Go sur une RTX 5070 pour portable, ce qui limite la taille des modèles d’IA qu’on peut y charger.


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Microsoft annonce aussi jusqu’à un pétaflop de calcul IA, soit un million de milliards d’opérations par seconde. Ce chiffre est mesuré en FP4, un format de calcul sur 4 bits très compressé, qui donne des valeurs plus flatteuses que les formats habituels.

Ces 128 Go ne seront pas dans la version à 2 599 dollars. Microsoft a confirmé que ce prix d’appel correspond à la version la plus modeste de la puce, avec 18 cœurs processeur, 5 120 cœurs graphiques et 24 Go de mémoire. Les 6 144 cœurs graphiques sont donc réservés à la version à 20 cœurs. D’après Windows Central, qui avait publié les configurations avant l’événement, la première existerait aussi en 32 Go, et la seconde serait proposée avec 32, 48, 64 ou 128 Go.
L’écran mini-LED PixelSense Ultra de 15 pouces est tactile, au format 3:2, avec une densité de 262 pixels par pouce et un pic de 2 000 nits en HDR. Microsoft le présente comme l’écran de PC portable le plus lumineux en HDR, une affirmation qu’il faudra vérifier par des mesures. Le châssis fait moins de 18 millimètres d’épaisseur pour environ 2 kilos, un poids normal pour un 15 pouces taillé pour le jeu, mais près de 340 grammes de plus que le Surface Laptop 15 pouces de 2024.

La connectique est la plus fournie de l’histoire des Surface Laptop : HDMI, trois USB-C, USB-A, lecteur de cartes SD et prise casque. Le SSD est remplaçable par l’utilisateur. Microsoft abandonne son vieux connecteur Surface Connect au profit de Magnetic Connect, présenté comme le premier chargeur USB-C magnétique intégré : le câble se fixe par aimant, et le port reste utilisable comme un USB-C classique.
60 images par seconde dans Gears of War, mais avec quels réglages ?
Pour montrer ce que la machine encaisse, Microsoft a lancé trois tâches lourdes en même temps sur scène. Il y avait du développement avec l’assistant GitHub Copilot, un montage vidéo dans DaVinci Resolve et Gears of War: E-Day, sorti la veille, qui tournait à 60 images par seconde pendant que le reste continuait.
Ces 60 images par seconde paraissent d’ailleurs modestes au regard des promesses de Nvidia. Lors de l’annonce de la RTX Spark, en juin, le fabricant affirmait que ces PC font tourner des jeux AAA en 1440p à plus de 100 images par seconde, avec ray tracing, DLSS et Reflex activés. Sur scène, le jeu partageait la puce avec deux autres tâches lourdes : seuls des tests indépendants diront ce qu’elle donne en jeu seule.

Le choix d’une puce Arm pose une autre question. La plupart des jeux PC sont écrits pour les processeurs x86 d’Intel et d’AMD, et doivent passer par Prism, la couche de traduction de Windows, pour tourner sur une puce Arm.
Microsoft et Nvidia promettent des centaines de jeux AAA et indépendants compatibles dès le lancement. Pourtant, Call of Duty, la plus grosse licence de Microsoft, n’arrivera sur RTX Spark qu’en 2027. Bref, ce délai montre bien l’ampleur du travail d’adaptation.
Le MacBook Pro M5 Pro en ligne de mire
Microsoft compare les PC RTX Spark aux MacBook Pro équipés de la puce M5 Pro. Il annonce jusqu’à 2,1 fois moins d’attente avant le premier jeton, jusqu’à 4,3 fois plus de vitesse en génération d’images et jusqu’à 6,2 fois en génération de vidéo. Le premier jeton est le premier bout de mot qu’affiche un modèle de langage, et le délai avant son apparition correspond au temps d’attente avant que l’IA commence à répondre.
Ces chiffres viennent de tests internes, sans précision sur les modèles utilisés, leur niveau de compression ni la configuration exacte des Mac. Microsoft a retenu le délai avant le premier jeton, qui dépend surtout de la puissance de calcul, le point fort de la RTX Spark. En revanche, la vitesse à laquelle le texte s’affiche ensuite dépend davantage du débit de la mémoire, et Microsoft n’en a rien dit.

Nvidia avait pourtant annoncé jusqu’à 300 Go/s de bande passante mémoire pour la RTX Spark dès la présentation de la puce, début juin. Sur les gros modèles, c’est ce débit qui fixera la vitesse d’affichage des réponses, et c’est sur ce point que les premiers tests face aux Mac seront les plus parlants.
La démonstration créative suit la même logique. Un designer senior de Microsoft a modélisé un vaisseau spatial à la main dans Blender. Il a ensuite enchaîné des modèles d’IA en local via ComfyUI, une application qui sert à télécharger et faire tourner ces modèles sur sa machine : Gemma 4 pour décrire un univers à partir des rendus, Flux.2 dev pour dessiner chaque élément, Hunyuan 3D 2.1 pour les transformer en objets 3D. Seule la construction finale d’une scène Unreal Engine a été confiée à un modèle dans le cloud, GPT-6 Astra.
Selon lui, il est passé de plusieurs jours de travail à quelques heures. Ce gain de temps est avancé par Microsoft, sur un flux de travail préparé pour la scène, sans mesure indépendante à ce stade. L’entreprise y voit la preuve de son idée du « bon modèle au bon moment » : les gros modèles restent dans le cloud, les plus petits tournent en local pour répondre plus vite.

Côté refroidissement, Microsoft annonce une capacité thermique jusqu’à 2,5 fois supérieure à celle du Surface Laptop 15 pouces de 7e génération, sorti en 2024. Il promet aussi que le Laptop Ultra garde plus de 99 % de ses performances sur batterie. Les PC portables de jeu perdent normalement beaucoup de puissance une fois débranchés : si la promesse tient, c’est l’argument le plus concret pour qui travaille en déplacement. Microsoft n’a en revanche donné aucun chiffre d’autonomie ni de bruit sous cette charge.
Microsoft n’est pas le seul à lancer un PC RTX Spark. Les Lenovo Yoga 9N, Asus ProArt P14, Dell XPS 16, MSI Prestige N16 et HP OmniBook Ultra 16 sont eux aussi en précommande.
Microsoft vend en plus une Surface RTX Spark Dev Box, un ordinateur de bureau pour développeurs, à 5 999 dollars (environ 5 300 euros hors taxes). Sur le papier, la fiche du Laptop Ultra tient, mais la promesse d’IA locale à 128 Go se paiera bien au-delà du prix d’appel. Les premières livraisons sont annoncées pour le vendredi 16 octobre aux États-Unis, et Microsoft n’a pour l’instant communiqué que des prix en dollars.
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