
Elon Musk avait une idée dans la tête en fusionnant xAI et SpaceX : ajouter 100 gigawatts de capacité de calcul IA chaque année dans l’espace.
Installer un centre de données en orbite basse, ce n’est pas qu’une question de fusée. Sur Terre, on ne se pose pas de questions : on brasse de l’air ou on fait circuler de l’eau. Dans l’espace, le vide est l’isolant parfait. C’est là que le défi de Nvidia avec son module Space-1 Vera Rubin devient fascinant, et franchement complexe. Et c’est une des annonces de la GDC, aux côtés du DLSS 5.
Poser un supercalculateur de 336 milliards de transistors dans l’espace ne se résume pas à l’attacher à une fusée. Avec le module Space-1 Vera Rubin, Nvidia s’attaque à un mur physique : comment faire tourner une puce de 2,3 kW là où l’air n’existe pas pour la refroidir ?
Le premier mur, c’est la gestion de la température. Le GPU Rubin est un monstre de puissance qui consomme environ 2,3 kW. Sur Terre, c’est gérable avec de gros radiateurs et des turbines. En orbite, il n’y a pas d’air pour emmener les calories loin de la puce. On oublie la convection. La seule solution ? Le rayonnement thermique.

Concrètement, la puce doit transformer sa chaleur en lumière infrarouge pour l’expulser vers le vide. Pour y arriver, Nvidia utilise des matériaux à haute émissivité et des surfaces radiatives immenses. Si le système n’est pas parfaitement calibré, le GPU atteint des températures critiques en quelques secondes et se transforme en une brique de silicium fondue à 40 000 euros.
D’ailleurs, petit interlude Vera Rubin. Il s’agit d’une plateforme complète, avec 4 GPU Rubin (50 PFLOPS NVFP4, 288 Go HBM4, 336 milliards transistors), un CPU Vera (88 cœurs Arm, co-désigné avec Rubin) ainsi qu’une interconnexion NVLink de 3,6 TB/s par GPU, le tout dans le module Space-1.
Survivre aux douches de particules
Deuxième point : l’espace est une zone de guerre pour l’électronique fine. Le module Space-1 baigne dans un flux constant de radiations ionisantes et de protons solaires. Pour une puce gravée en 3 nm, un simple impact de particule peut inverser un bit et faire planter tout le système de bord du satellite.
Nvidia affirme avoir « endurci » son architecture Rubin. Contrairement aux puces grand public, Space-1 utilise des techniques de redondance et des composants spécifiques capables de tolérer ces fautes sans s’arrêter. Les tests préliminaires en accélérateurs de particules montrent que la puce tient le choc, mais la durée de vie réelle en mission prolongée reste la grande inconnue de l’équation.
La gestion de l’énergie n’est pas en reste. Un satellite dépend de ses panneaux solaires. Fournir 2,3 kW en continu à un seul composant, c’est une paille. Cela demande des batteries massives et une efficacité électrique parfaite. Nvidia mise sur son architecture CPU-GPU intégrée pour limiter les pertes d’énergie lors des transferts de données.
Le pari de l’autonomie totale
Mais pourquoi s’infliger tout ça ? Le vrai défi, c’est l’indépendance vis-à-vis du sol. Aujourd’hui, un satellite prend des photos et attend de passer au-dessus d’une antenne terrestre pour les envoyer. Avec 50 pétaflops en orbite, le module Space-1 peut trier, analyser et compresser les données en temps réel. C’est l’IA de bord qui décide de ce qui est important.
Cela permet de réduire drastiquement la bande passante nécessaire entre l’espace et la Terre. On ne transmet plus des gigaoctets d’images brutes, mais seulement le résultat de l’analyse. C’est un changement total pour la surveillance météo, la détection de catastrophes ou les télécommunications.
Nvidia joue gros. Si Space-1 réussit, l’entreprise verrouille un nouveau marché où la concurrence est quasi inexistante. Mais le moindre défaut dans le système de refroidissement radiatif ou dans le blindage contre les radiations pourrait transformer ces puces en un déchet spatial très coûteux.
Actuellement, Nvidia collabore avec Starcloud (prototype Starcloud-1 H100 testé en nov. 2025 pour concevoir une constellation IA), Planet Labs (de l’accélération d’imagerie via Blackwell/IGX Thor), Axiom Space, Aetherflux (un nœud data center pour 2027), Kepler Communications (40 Jetson Orin sur 10 satellites) et Sophia Space.
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