Nvidia bride-t-il ses GeForce RTX 40 ? Un hack fait sauter le verrou

 
Un post viral promet de doubler la puissance de toutes les RTX 40 sans flasher le BIOS. Le projet existe bien, mais il ne vise que deux cartes, ne tourne que sous Linux et ne double qu’un type de calcul très précis.
Source : Anthony Wonner – Frandroid

Un post viral, partagé ce week-end, promet de doubler la puissance de toutes les RTX 40 sans flasher le BIOS. Le projet derrière existe bien, et ses premiers résultats sur une RTX 4090 datent de ce vendredi 23 octobre. Il fait pourtant beaucoup moins que ce qu’annonce le post.

Ne vous attendez pas à de meilleures performances dans vos jeux vidéo. Le hack ne touche qu’aux performances en intelligence artificielle.

Le projet s’appelle gpu-unlock-ada et il est publié sur GitHub sous le pseudonyme JustAResearcher. Il s’agit d’un module pour le noyau Linux qui change un réglage de la carte au démarrage, juste avant que le pilote Nvidia officiel prenne la main.

Ce réglage concerne les Tensor Cores, les unités dédiées aux calculs d’IA. Pour faire simple, elles multiplient des nombres « courts » (FP16 ou BF16) puis additionnent les résultats dans un format plus précis, le FP32, pour que les erreurs d’arrondi ne s’empilent pas.

Sur les GeForce, Nvidia fait tourner ce mode à mi-régime depuis des années : 165 TFLOPS au lieu de 330 sur une RTX 4090, soit la moitié de ce que la puce sait faire. Le module, qui reprend le travail de Zagitta/gpu-unlock sur les RTX 30 et une charge utile publiée par TOTORONG sur Hugging Face, remet ce mode à plein régime.

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Un x2 bien réel, mais très ciblé

La promesse « de la 4090 à la 4060 Ti » ne tient pas. Le module n’accepte que la RTX 4090 et, en mode expérimental, la RTX 4070 Ti Super, chacune validée sur un seul exemplaire. La version Windows publiée par TOTORONG sur Hugging Face vise, elle, une unique RTX 4080 modifiée à 32 Go. Sur ces cartes, les mesures confirment bien le doublement : de 165,6 à 331,6 TFLOPS sur la RTX 4090 selon le rapport technique, de 95 à 189,9 TFLOPS sur la RTX 4070 Ti Super.

Ces chiffres mesurent une boucle qui tourne en vase clos, sans toucher à la mémoire. Sur la RTX 4070 Ti Super, un second rapport montre qu’un vrai calcul matriciel en FP8 ne gagne que 0,3 %. L’INT8, lui, ne bouge ni sur cette carte ni sur la RTX 4090.

Sur un vrai calcul matriciel en FP16 ou BF16, les formats que débloque le module, le gain existe bien, mais il s’érode. Sur la RTX 4080 modifiée de TOTORONG, il atteint 100 % sur des matrices de taille 4096, puis retombe entre 60 et 71 % en taille 8192.

Sur les RTX 30, les retours d’utilisateurs sont plus parlants : +14 à 36 % quand un LLM lit le prompt, quasiment rien pendant la génération de texte, limitée par la bande passante mémoire, et aucun gain revendiqué en jeu. Ceux qui ont comparé les résultats avant et après les ont trouvés identiques au bit près.

Le tuto, pour ceux qui veulent tenter

Le post a raison sur un point : pas de BIOS à flasher ni de pilote modifié, rien n’est écrit de façon permanente dans la carte. Il faut en revanche Linux, une RTX 4090 ou 4070 Ti Super et un peu de sang-froid.

La procédure du guide de démarrage officiel tient en cinq étapes :

  • Repérer la carte avec lspci -Dnn | grep -i nvidia. L’identifiant doit être 10de:2684 (RTX 4090) ou 10de:2705 (RTX 4070 Ti Super). On note l’adresse du type 0000:01:00.0.
  • Installer Git, Python 3, zstd, les en-têtes du noyau, DKMS et les outils de compilation, puis lancer git clone https://github.com/JustAResearcher/gpu-unlock-ada.git, cd gpu-unlock-ada et make install. Le firmware Nvidia est téléchargé et généré sur la machine.
  • Lancer python3 tools/print_boot_option.py, qui affiche l’option de démarrage à utiliser, puis l’ajouter dans la ligne GRUB_CMDLINE_LINUX_DEFAULT du fichier /etc/default/grub avant un sudo update-grub (sur Ubuntu ou Debian, le guide détaille aussi Arch, Fedora et systemd-boot). On garde une entrée de démarrage normale sous le coude.
  • Éteindre, débrancher la prise trente secondes, rallumer. Le module a besoin d’une carte « à froid ».
  • Vérifier avec journalctl -k -b | grep gpu_unlock : la ligne gpu_unlock: unlocked doit apparaître pour la carte visée, puis on contrôle que nvidia-smi répond normalement et on lance un calcul de test. Pour revenir en arrière, on retire l’option et on redémarre sur l’entrée normale.

La manipulation n’est pas sans risque. TOTORONG prévient lui-même d’un possible échec de démarrage, d’une perte d’affichage, d’une corruption de données, voire de dégâts matériels. Le module détourne une chaîne de démarrage signée par Nvidia, ce que le constructeur n’a évidemment jamais validé. Sur la RTX 4090, le développeur reconnaît que la justesse des calculs n’a pas encore été vérifiée sur une vraie charge de travail. Sur la 4070 Ti Super, elle n’a été contrôlée que sur quelques calculs de test. Pour un joueur, l’intérêt est nul.

Pour quelqu’un qui entraîne ou affine des modèles en BF16 sur une RTX 4090 sous Linux, le jeu peut valoir la chandelle, à condition de mesurer soi-même avant et après.

Mieux vaut enfin ignorer les sites miroirs qui fleurissent déjà autour du projet et s’en tenir aux dépôts d’origine, sur GitHub et Hugging Face.


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