
Le port USB-C obligatoire et le RGPD ne sont pas les seules choses pour lesquelles nous pouvons remercier l’Union européenne. Si tous nos opérateurs mobiles incluent des appels, des SMS et de la data à utiliser partout en Europe, ce n’est pas par générosité mais bien parce qu’un réglement européen les y oblige.
Depuis le 1er janvier 2026 et l’arrivée de la Moldavie et de l’Ukraine, 32 États font partie du dispositif « Roam Like At Home » : les 30 États de l’Espace économique européen (EEE), c’est-à-dire les 27 pays de l’Union européenne plus l’Islande, le Liechtenstein et la Norvège, ainsi que la Moldavie et l’Ukraine.
Six pays des Balkans pourraient également les rejoindre, portant à 38 le nombre de pays où l’itinérance est gratuite dans une certaine limite : l’Albanie, la Bosnie-Herzégovine, le Monténégro, la Macédoine du Nord, le Kosovo et la Serbie. Il n’y a pas encore de date pour ces six pays. Le Conseil de l’Union européenne a seulement autorisé, le 4 juin 2026, l’ouverture de négociations avec chacun d’eux. Ils devront ensuite reprendre les règles européennes sur l’itinérance avant de rejoindre le dispositif.
Une eSIM de voyage reste pourtant utile en Europe dans quatre cas : un petit forfait dont l’enveloppe Europe est trop juste, un séjour de plus de quatre mois, une destination hors du Roam Like At Home et les zones frontalières où le smartphone risque de capter un réseau non couvert. Sur place, elle peut aussi offrir une meilleure couverture que le forfait français.
Les inconvénients de l’itinérance européenne
Le Roam Like At Home s’applique depuis le 15 juin 2017. Ce règlement permet d’utiliser les appels, SMS et data de son forfait français au même prix dans les 32 pays couverts. Il a pourtant trois limites qui peuvent justifier une eSIM de voyage en Europe.
Pour commencer, l’itinérance européenne est incluse dans les forfaits mobiles dans une certaine limite. Les opérateurs mobiles français ont un seuil minimal de data à allouer en fonction du prix du forfait mobile, plus le prix est bas, plus le seuil l’est aussi. Cette règle explique pourquoi les MVNO, souvent moins chers, ont longtemps proposé des enveloppes de roaming plus réduites que les opérateurs traditionnels. De plus, l’enveloppe pour l’itinérance ne doit jamais être plus large que celle pour le pays d’origine. Un forfait de 10 Go ne peut proposer plus de 10 Go à utiliser en itinérance.
L’Union européenne encadre aussi la consommation de data. Nos forfaits mobiles sont soumis à une politique d’utilisation raisonnable (fair use policy, ou FUP) prévue par le règlement européen. Les eSIM de voyage ont aussi la leur, mais c’est chaque fournisseur qui la fixe, et c’est elle qui impose des limites aux forfaits soi-disant illimités. Même un forfait « illimité » comme Free Max, sans plafond de volume en Europe selon Free, reste limité dans la durée par la règle des quatre mois et peut voir son débit bridé.

Le règlement européen autorise un opérateur à surveiller l’usage de ses abonnés sur quatre mois. Si, sur cette période, un abonné a passé plus de temps à l’étranger qu’en France et y a aussi consommé davantage, l’opérateur doit d’abord le prévenir. Au bout de 14 jours, il peut appliquer une surtaxe plafonnée par le règlement (1,30 euro HT par Go en 2025, puis 1 euro à partir de 2027). Une eSIM de voyage échappe à ce contrôle, puisqu’elle est conçue pour fonctionner à l’étranger, quelle que soit la durée du séjour.
Enfin, il y a un risque de hors-forfait involontaire, un phénomène d’« itinérance fantôme » durant lequel le smartphone s’accroche sans crier gare à une antenne qui ne rentre pas dans le forfait. Un problème technique que dénonçait déjà le magazine 60 Millions de consommateurs en octobre 2024. Selon les accords d’itinérance en place, un forfait privilégie les antennes de tel ou tel opérateur local, mais le signal ne s’arrête pas à la frontière : près d’un pays voisin, le smartphone peut capter une antenne située de l’autre côté. Même problème en zone maritime où le smartphone risque de s’accrocher au réseau satellitaire du navire.
Quels sont les avantages d’une eSIM de voyage en Europe ?
Une eSIM de voyage pour l’Europe a trois avantages sur un forfait mobile classique ou sur un forfait mobile conçu pour les déplacements internationaux : elle ajoute de la data, elle peut capter plusieurs réseaux locaux, et elle offre parfois de meilleurs débits.
Premièrement, une eSIM de voyage en Europe peut servir de complément en data au forfait mobile de base. Pratique si ce dernier a peu de données mobiles disponibles pour le roaming en Europe. C’est notamment le cas des petits forfaits mobiles. Il faut donc connaître ses besoins en data avant de partir en voyage, et prendre en compte le fait que notre consommation peut être nettement supérieure à l’étranger (pas de hotspot Wi-Fi domestique et réseaux Wi-Fi publics à éviter, usages datavores plus fréquents…).
Une eSIM de voyage en Europe permet également de compléter sa couverture réseau. Il se peut que dans une destination, votre forfait mobile capte seulement un réseau local, occasionnant des trous dans la couverture, là où une eSIM de voyage peut capter plusieurs réseaux mobiles. Il faut donc veiller à jeter un œil aux accords d’itinérance de son opérateur mobile ainsi qu’à la couverture réseau de la destination. Le comparateur nPerf publie des baromètres de couverture dans plusieurs pays pour savoir quels sont les meilleurs réseaux à l’étranger.
Les accords d’itinérance expliquent aussi pourquoi une eSIM de voyage peut être plus rapide qu’un forfait mobile, contrairement à une idée reçue. Lors de notre test à Genève, en Suisse (hors du Roam Like At Home), en octobre 2026, nous avons comparé un forfait mobile Orange et une eSIM Roamance en 5G NSA, en extérieur. L’eSIM Roamance a fait mieux sur tous les relevés : 372 Mb/s contre 134 Mb/s en débit descendant moyen, 107 Mb/s contre 70,3 Mb/s en débit montant moyen et 39 ms contre 54 ms de latence moyenne.
À l’étranger, un forfait mobile ou une eSIM de voyage ne s’accroche pas automatiquement au réseau le plus performant, mais au réseau « préféré » de l’opérateur ou du fournisseur défini par les accords d’itinérance. Dans notre exemple, le forfait Orange s’est appuyé sur le réseau Sunrise tandis que l’eSIM Roamance a préféré le réseau Salt, et Salt a offert les meilleurs débits lors de nos relevés.
Enfin, il y a Europe et Europe. Le dispositif Roam Like At Home ne couvre pas l’intégralité du continent européen mais les 30 pays de l’EEE ainsi que l’Ukraine et la Moldavie. Certaines destinations européennes ne sont pas incluses par défaut dans les forfaits mobiles :
- Le Royaume-Uni
- La Suisse
- La Turquie
- Les Balkans (Albanie, Bosnie-Herzégovine, Kosovo, Macédoine du Nord, Monténégro, Serbie)
- Andorre
- Monaco
- Saint-Marin
- Le Vatican
Ces destinations peuvent tout aussi bien être incluses par votre opérateur, alors pensez à vérifier.
À qui s’adressent les eSIM pour voyager en Europe ?
Hormis les voyageurs extra-européens, certains usagers européens peuvent trouver un ou plusieurs intérêts dans une eSIM de voyage pour l’Europe :
- Les voyageurs avec un petit forfait : Les voyageurs avec un forfait de 1 Go, 5 Go, voire 10 Go, et qui n’ont pas plus pour l’itinérance, peuvent prendre une eSIM pour l’Europe pour augmenter leur volume de données mobiles à disposition. Cette solution peut coûter moins cher que de souscrire à un forfait mobile voyage.
- Les voyageurs longue durée : Étudiants en Erasmus, saisonniers et nomades numériques qui séjournent plus de quatre mois à l’étranger ont intérêt à prendre une eSIM de voyage au lieu de s’appuyer sur leur forfait mobile habituel. Ce dernier peut en effet être surtaxé par l’opérateur si l’abonné passe plus de temps et consomme plus de data à l’étranger qu’en France sur quatre mois.
- Les professionnels datavores : Le télétravail, le téléchargement, les visioconférences et le partage de connexion sont des usages extrêmement datavores sur la durée. Les professionnels qui télétravaillent à l’étranger pourraient donc avoir besoin d’une eSIM de voyage pour avoir assez de data et contourner certains bridages, notamment sur le partage de connexion (mais attention à ne pas prendre d’eSIM illimitée dans ce cas). Attention toutefois à la latence qui peut augmenter et rendre certains usages instables.
- Les baroudeurs qui craignent le hors-forfait involontaire : Quel est le point commun entre Chypre, l’île de Corfou, les bords du lac Léman ou un chemin de randonnée de l’Ariège ou des Pyrénées-Orientales ? Ce sont toutes des zones à haut risque de hors-forfait involontaire car un smartphone peut se connecter respectivement au réseau mobile turc, albanais, suisse ou andorran. Avec une eSIM régionale Europe, le hors-forfait n’est pas possible puisqu’elle est prépayée. On peut aussi cloisonner sa SIM principale pour éviter le hors-forfait à l’étranger en se rendant dans les paramètres de son smartphone.
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