J’ai conduit l’ONVO L80 en Chine : ce SUV électrique géant se transforme en véritable chambre d’hôtel

 
La guerre des prix fait rage en Chine, et Tesla a du souci à se faire. Pour environ 30 000 € batterie incluse, ONVO (le label familial de NIO) propose un SUV électrique beaucoup plus spacieux et mieux équipé qu’une Model Y. Le pari est-il réussi ? Voici nos impressions au volant de l’ONVO L80 après notre premier essai sur routes ouvertes.

Avec le L80, ONVO (marque de Nio) affine sa vision du SUV familial électrique. Si je n’avais pas compris pleinement le positionnement par rapport à son grand frère le L90, j’ai compris la cible de ce nouveau véhicule lors de sa présentation officielle à Hefei, dans le nord de la Chine. Je vous en dis plus sur ma première prise en main sur routes ouvertes à Shenzhen.

Présentée le 28 avril 2026 au Salon de Pékin (Auto China) et lancée commercialement le 15 mai 2026, l’ONVO L80 vient compléter la gamme du label familial de NIO, entre la L60 compacte et la L90 sept places.

Le pari de la marque est limpide : dupliquer la plateforme NT 3.0 et l’architecture 900 volts de la grande sœur pour proposer un cinq places gigantesque à un tarif radicalement plus accessible. Je me suis rendu en concession à Shenzhen quelques jours après son lancement pour tester ce véhicule qui est mis en avant pour les personnes qui ont envie de vivre en extérieur.

L’ONVO L80 transformée en chambre d’hôtel. // Source : Nicolas Declunder pour Frandroïd

Le contexte commercial est délicat : ONVO sort d’un mois de janvier 2026 difficile, avec seulement 3 481 livraisons à l’échelle de la marque, et la L90 elle-même a vu ses volumes corrigés après un démarrage canon. La L80 est donc autant une voiture qu’un produit stratégique destiné à relancer la machine, en visant frontalement le segment le plus disputé de Chine, celui de la Tesla Model Y.

Pour rappel, la marque ONVO est un raccourci de l’expression anglaise « ON VOyage » qui marque l’aspect aventurier de la gamme et se traduirait en Français par « en voyage ».

Design extérieur : la continuité assumée avec la L90

Au premier regard, difficile de distinguer la L80 de la L90 sans s’attarder sur la silhouette. La première chose que vous remarquez, c’est la ressemblance de la L80 à sa grande sœur, la L90 que j’ai testée il y a quelques mois. C’est essentiellement la même voiture, avec un gabarit similaire mais un agencement de cabine différent qui la place en face d’une cible commerciale bien à part.

La face avant reprend cette signature lumineuse fine et horizontale avec des vaguelettes animées sur chaque projecteur, surmontant un bouclier avant lisse et une calandre pleine. Les prises d’air factices latérales viennent canaliser les flux pour soigner le coefficient de pénétration dans l’air, sans pour autant sacrifier le regard acéré de la voiture.

La ligne de caisse est tendue, la ligne d’épaule remonte légèrement vers l’arrière pour accentuer un empattement visuellement allongé, et les porte-à-faux réduits trahissent l’origine 100 % électrique de la plateforme.

L’angle de chute du pare-brise et le pavillon fuyant, prolongé par une ligne de toit flottante grâce aux montants noircis, donnent cette impression de masse en mouvement même à l’arrêt. À la poupe, on retrouve un bandeau lumineux LED encadrant le logo ONVO, un diffuseur arrière sobre et un discret spoiler de hayon qui contribue, lui aussi, au Cx travaillé que partage la L80 avec la L90. Le rendu est plus subtil qu’en photo, avec des surfaces tendues qui jouent finement avec la lumière naturelle.

Côté gabarit, l’ONVO L80 affiche 514,5 cm de long, 199,8 cm de large et 178,6 cm de haut, pour un empattement de 311 cm. Des chiffres rigoureusement identiques à ceux de la L90, ce qui place clairement la voiture dans le segment E (full-size), à des années-lumière des dimensions d’une Tesla Model Y qui plafonne autour de 475 cm de long.

Intérieur

Là où la L90 m’avait déjà séduit par la qualité de son habitacle, la L80 va clairement plus loin sur le toucher des matériaux. Les sièges sont habillés de cuir Nappa, optionnels, mais cette fois ponctués d’inserts en bois véritable, et les contre-portes ainsi que l’encadrement des coussins sont recouverts d’un cuir protéiné particulièrement doux.

Le ciel de pavillon, lui, est entièrement gainé de daim. Pour une voiture qui démarre autour de 30 000 € batterie incluse, le niveau de finition surprend franchement. L’espace aux places arrières est gigantesque, même à la place centrale, qui permettra à cinq adultes de prendre place et de voyager confortablement.

La grande différence avec la L90 tient à la configuration cinq places. En supprimant la troisième rangée, ONVO libère un volume de chargement absolument hors normes. Le coffre offre 1 200 litres en configuration standard et grimpe jusqu’à 2 600 litres une fois la banquette arrière rabattue. C’est en additionnant le frunk de 240 litres et les rangements sous plancher que l’on atteint les 2 840 litres au total, un chiffre que la marque revendique comme un record sur le segment des SUV cinq places en Chine.

Deux trappes additionnelles s’ouvrent dans le plancher du coffre, libérant respectivement 63 et 106 litres supplémentaires de rangement caché (soit 169 litres de rangement sous plancher). Le frunk, lui, conserve les 240 litres impressionnants déjà vus sur la L90, soit l’un des plus grands coffres avant du marché. Et le bonus de l’ONVO L80 se révèle en ouvrant le coffre avant qui peut se transformer en une banquette, très appréciable pour les séjours à la pêche!

ONVO assume pleinement le positionnement camping-car de la L80. Une édition spécifique propose un toit aménageable transformable en chambre additionnelle, un auvent ancré à la carrosserie, des coussins de canapé optionnels, un matelas auto-gonflant pour la zone de coffre et un réfrigérateur supplémentaire intégré.

L’espace réservé aux passagers arrière est probablement le plus généreux que j’aie expérimenté sur un cinq places : longueur aux jambes considérable, garde au toit royale et largeur aux épaules.

L’infodivertissement reprend la copie déjà connue de la L90 avec un écran central de 43,7 cm (17,2 pouces), un HUD de 88,9 cm (35 pouces) en réalité augmentée pour le conducteur, un écran arrière de 43,9 cm (17,3 pouces) et un petit écran de 20,3 cm (8 pouces) pour piloter le réfrigérateur depuis la place centrale arrière.

Cet écran arrière intègre une fonction de sécurité particulièrement bien pensée : à l’ouverture des portes, il affiche le flux des caméras orientées vers l’arrière pour prévenir tout choc avec un véhicule survenant. L’audio est signé ONVO Sound avec un système Dolby Atmos 7.1.4 de 23 haut-parleurs et 2 000 watts, et les sièges sont chauffants, ventilés et massants de série, à l’avant comme à l’arrière. Les portes à fermeture assistée (suction doors) sont également de série.

Technologies

L’ONVO L80 est exclusivement disponible en 100 % électrique (BEV), fidèle à la philosophie 100 % électrique de la maison-mère NIO. Deux configurations sont au catalogue. La version propulsion développe 340 kW (462 ch) sur le train arrière et expédie le 0 à 100 km/h en 5,9 secondes selon les chiffres officiels. La version transmission intégrale ajoute un moteur avant de 100 kW pour un cumul de 440 kW (598 ch) et un 0 à 100 km/h abattu en 4,7 secondes.

La consommation homologuée est de 14,3 kWh aux 100 km en propulsion et 15,4 kWh aux 100 km en transmission intégrale. Des chiffres remarquables pour un SUV de plus de 2,2 tonnes, rendus possibles par l’architecture haute tension (900 V) qui réduit nettement les pertes et accélère la charge — jusqu’à 600 kW en pic, soit environ 250 km récupérés en 5 minutes en cycle CLTC.

Côté batteries, la L80 reprend l’écosystème NIO avec deux capacités proposées : un pack LFP standard de 85 kWh et un pack NMC de 90 kWh sur le haut de gamme. Le pack 85 kWh permet à la L90 d’atteindre 605 km d’autonomie en cycle CLTC, soit environ 510 km en cycle WLTP. Le pack de 90kWh permet lui d’atteindre environ 560km en cycle WLTP.

Le coup de génie commercial réside dans le découplage du véhicule et de la batterie. Le tarif d’entrée annoncé à 160 000 RMB (environ 19 700 €) est en effet hors batterie, le client devant alors souscrire au service de location BaaS (Battery as a Service) à 850 RMB par mois (environ 105 €), ou acheter le pack pour 85 000 RMB supplémentaires (environ 10 500 €). Tarif batterie incluse, la L80 démarre donc à 245 800 RMB (environ 30 300 €), un positionnement qui la place 17 700 RMB sous la Tesla Model Y vendue 263 500 RMB en Chine.

Comme toute la famille NIO, la L80 reste compatible avec le réseau de stations de battery swap de la marque, qui permet une « recharge » en 3 minutes, un argument majeur pour certains, même si je ne l’utiliserais pas fréquemment.

Une mention particulière pour le rétroviseur intérieur dont j’avais deja apprécié la clarté sur mon test de la NIO ET5t, ONVO récidive ici et a mis en avant leurs performances lors de la présentation.

À gauche la vue arrière avec un rétroviseur classique, à droite l’image améliorée par le rétroviseur caméra de la L80.

Essai routier

C’est probablement le chapitre le plus excitant de cette L80. ONVO décline sa voiture en deux philosophies de conduite assistée. La version « pure vision » s’appuie sur une puce Nvidia Orin X et reste limitée à la NOA en ville.

La version supérieure, équipée du lidar et des caméras HD avant et arrière haute définition, intègre la puce maison de NIO, la Shenji NX9031, première puce ADAS de l’industrie automobile gravée en 5 nanomètres. Elle embarque plus de 50 milliards de transistors et offre une bande passante mémoire de 546 Go/s, taillée pour faire tourner les grands modèles d’inférence du système NWM (NIO World Model), le premier modèle orienté conduite autonome en Chine.

C’est cette version équipée du lidar et des caméras HD que j’ai pu essayer dans la circulation matinale dense de Shenzhen. Le résultat est tout simplement bluffant : aucune hésitation aux intersections complexes, gestion fluide des deux-roues qui slaloment entre les voitures, anticipation des feux et des piétons sans à-coups.

La nouveauté la plus marquante de la L80 est la fonction « hybrid autodrive » : si le conducteur reprend brièvement le volant pour effectuer un dépassement ou un évitement, le système ne se désengage plus comme avant mais accompagne la manœuvre puis reprend la main immédiatement. Une approche bien plus naturelle que les coupures brutales que l’on connaît sur la majorité des systèmes concurrents.

Sur la route, la L80 chausse de série des Michelin Pilot EV en 53,3 cm (21 pouces), un équipement premium qui contribue à un comportement étonnamment posé pour une voiture de cette masse. La voiture propose cinq modes de conduite et le ressenti, dans la jungle urbaine de Shenzhen, est celui d’un SUV à la fois rapide et rassurant, fidèle à la philosophie ONVO d’une dynamique routière privilégiant le confort plutôt que la sportivité et cela à du sens dans la selection des marques du constructeur puisque les véhicules promettant de meilleures performances sont badgés NIO, et non ONVO.

Concurrence en Chine et en Europe

En Chine, la L80 est positionnée frontalement contre la Tesla Model Y, qui reste le best-seller absolu du marché électrique avec 39 827 unités écoulées sur le seul mois de mars 2026.

Mais sur le papier, la confrontation tourne à l’avantage d’ONVO : 514,5 cm contre environ 475 cm de long, architecture 900 V contre 400 V chez Tesla, lidar et conduite autonome NWM contre vision pure, battery swap en 3 minutes, le tout pour 2 300 euros de moins. Le seul vrai talon d’Achille de la L80 face à Tesla reste le réseau de Superchargeurs et la valeur résiduelle de la marque américaine, deux atouts qui s’érodent néanmoins rapidement en Chine.

Toujours sur le marché chinois, la L80 devra aussi composer avec des concurrentes redoutables comme la Xiaomi YU7, le Li Auto i8 ou encore la Luxeed R7, autant de SUV cinq places premium 800 V qui se livrent une guerre des prix féroce sur la tranche des 250 000 à 300 000 RMB. Sur le papier, l’argument différenciant de la L80 reste son volume de chargement record et son écosystème de battery swap, la L80 mise tout sur son volume arrière gigantesque.

En Europe, la donne est plus complexe. Si la L80 venait à arriver sur notre continent ,ce qui n’est pas confirmé à ce jour, ONVO restant pour l’instant une marque exclusivement chinoise, elle viendrait défier les Volvo EX90, Kia EV9 et Mercedes EQE SUV sur le segment E, mais surtout la Tesla Model Y et la Hyundai Ioniq 5 sur celui du SUV cinq places premium. L’absence de réseau de battery swap européen demeure le point d’interrogation majeur, un sujet que j’avais déjà soulevé pour la L90.

Verdict

Un habitacle pensé pour le camping, une puce maison Shenji NX9031, une conduite autonome NWM bluffante et un tarif d’entrée qui pourrait faire vaciller bien des concurrentes. L’ONVO L80 est, à mes yeux, la voiture la plus aboutie de la gamme à ce jour. Elle hérite de tout ce qui fait le succès de la L90 ,la plateforme 900 V, le battery swap, la puce Shenji, le NWM, les écrans surdimensionnés, l’audio Dolby Atmos ,tout en gagnant sur les matériaux intérieurs, l’espace de chargement et le tarif.

La combinaison cinq places XXL et la configuration pour le camping sont franchement convaincantes pour un usage familial intensif. La formule BaaS à 850 RMB par mois rend l’addition initiale abordable. À 245 800 RMB batterie incluse (environ 30 300 €), il devient difficile de citer un SUV électrique cinq places plus complet.

Il reste que l’ONVO L80 n’est pas non plus destinée à tout le monde, c’est un véhicule qui m’aurait séduit à 20 ans pour des virées entre amis en dehors des villes, mais en tant que père de deux enfants, je me tournerai plutôt vers la L90 ou un modèle équivalent.

Recherche IA boostée par
Perplexity