Espionnage chez OpenAI : le « dispositif sophistiqué » était un micro chinois à 14 dollars

 
Le « dispositif d’enregistrement sophistiqué » caché dans une salle de réunion de la direction d’OpenAI est une carte électronique Seeed Studio vendue 13,99 dollars, d’après la plainte pénale rendue publique ce mardi 13 octobre.
Le dispositif « sophistiqué » qui a été utilisé pour espionner des réunions d'OpenAI. // Source : District Court, N.D. California (montage Frandroid)

Le ministère américain de la Justice a annoncé ce mardi 13 octobre les poursuites contre Abdulrahman Alfozan. Cet ingénieur saoudien de 35 ans, salarié d’OpenAI depuis juillet 2025, a été arrêté par le FBI le 9 octobre. Il a comparu pour la première fois devant un tribunal fédéral ce mardi. Il est accusé d’avoir caché un enregistreur dans une salle de réunion de la direction, dans les bureaux de San Francisco. De son côté, OpenAI affirme avoir utilisé ses propres modèles d’IA pour le démasquer.

D’après la plainte, la salle où était caché l’appareil accueille des réunions sur les produits à venir, les partenariats et les avancées techniques d’OpenAI. Ces informations sont aussi au cœur du procès pour vol de secrets industriels qu’Apple a intenté à OpenAI.

OpenAI avait parlé d’un « dispositif d’enregistrement sophistiqué ». La plainte pénale donne le modèle exact : une Seeed Studio XIAO ESP32-S3 Sense. Elle la décrit comme une carte de développement de la taille d’un pouce, avec un capteur photo détachable, un micro numérique et un emplacement pour carte microSD. Gizmodo a relevé son prix : 13,99 dollars, soit environ 12,50 euros hors taxes.

XIAO ESP32-S3 Sense // Source : Seeed Studio

Un jouet de bricoleur à 13,99 dollars

Seeed Studio est un fabricant chinois qui vend depuis 2008 des composants aux bricoleurs qui aiment assembler eux-mêmes leurs objets électroniques. Sa XIAO ESP32-S3 Sense est une carte de développement : un circuit nu, sans boîtier, qu’on programme soi-même pour lui faire faire ce qu’on veut.

Le dispositif « sophistiqué » qui a été utilisé pour espionner des réunions d'OpenAI. // Source : District Court, N.D. California

Elle fonctionne avec une puce ESP32-S3 d’Espressif, très courante dans les objets connectés faits maison. Sur la fiche produit, on trouve un processeur double cœur, du Wi-Fi et du Bluetooth, 8 Mo de mémoire vive, 8 Mo de stockage et la gestion d’une batterie. Seeed la vend pour de petits projets d’IA embarquée, comme la commande vocale ou la reconnaissance d’image. Le fabricant propose même une vidéo pour la transformer en broche à IA, façon Humane Ai Pin.

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La caméra se limite à 2 mégapixels, la définition du premier iPhone sorti en 2007. Un module photo équivalent (capteur OV2640) se vend 6,99 dollars chez Arducam, soit environ 6,25 euros hors taxes.

Un dispositif « sophistiqué », vraiment ?

Avec une caméra de 2 mégapixels et un prix de 13,99 dollars, OpenAI force un peu le trait en parlant de dispositif sophistiqué. L’installation a toutefois été réfléchie : la carte était branchée sur le port USB à l’arrière d’un téléviseur de la salle de réunion, qui l’alimentait en continu sans batterie. D’après OpenAI, elle a été installée vers le 28 septembre. Ses équipes l’ont découverte vers le 30 septembre, dissimulée dans du papier toilette, avec un contenu chiffré.

L'appareil d'espionnage était branché au téléviseur de la salle de réunion. // Source : District Court, N.D. California

Il fallait aussi programmer la carte. Entre le 24 et le 30 septembre, un compte de chatbot lié à l’épouse d’Alfozan a posé des questions pour « construire un enregistreur audio continu ». D’après la plainte, ce compte partageait plusieurs identifiants avec celui de l’ingénieur. Les questions portaient aussi sur le réglage du Wi-Fi, l’écoute en direct et le chiffrement de la carte SD. Selon Gizmodo, la carte aurait utilisé son Wi-Fi 2,4 GHz pour envoyer les données vers un second appareil, qui n’a pas été identifié.

Branchée derrière l’écran, la caméra n’avait vue que sur le dos du téléviseur. Le 5 octobre, Alfozan serait entré dans la salle pour regarder derrière l’écran. La justice américaine a publié une image de lui à ce moment-là. Pour Gizmodo, c’est la caméra de la carte qui l’a prise.

Abdulrahman Alfozan regardant derrière le téléviseur de la salle de réunion d'OpenAI. // Source : District Court, N.D. California

Le même jour, la sécurité d’OpenAI a trouvé un second enregistreur du même genre dans un sac qu’il avait laissé dans une autre pièce.

La plainte décrit aussi un repérage en amont. Avant le 28 septembre, Alfozan aurait interrogé un outil de productivité sur les adresses des bâtiments d’OpenAI, les salles de réunion, leurs agendas et l’emplacement de la direction. Les caméras de surveillance l’ont filmé plusieurs fois près de la salle visée, alors qu’il n’avait aucune raison d’y accéder ni d’assister aux réunions qui s’y tenaient.

Kash Patel, directeur du FBI, accuse l’ingénieur d’avoir voulu capter des échanges sur la « technologie de super intelligence » de l’entreprise.

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Poursuivi pour interception de communications orales, Abdulrahman Alfozan risque jusqu’à cinq ans de prison et 250 000 dollars d’amende (environ 223 000 euros), suivis de trois ans de liberté surveillée. La carte est toujours en stock sur le site de Seeed Studio, à 13,99 dollars.


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