Peu après l’officialisation du Samsung Galaxy Note 9, nous avons voulu savoir ce que valait son mode DeX permettant de transformer le smartphone en ordinateur par le biais d’un simple câble HDMI (et d’un adaptateur). J’ai donc écrit l’intégralité de cet article en utilisant cette fonctionnalité. Seules la mise en page et la partie conclusion ont été réalisées depuis mon ordinateur de travail.

Chez FrAndroid, nous rédigeons des articles. Eh oui, on commence avec une grosse évidence. Vous conviendrez ainsi que nous avons un rapport tout particulier aux claviers de nos ordinateurs. Nous les tapotons, tripotons et chérissons à longueur de journée. Un lien intime se crée entre le bout de nos doigts et le toucher nacré et désinvolte de la mosaïque alphanumérique couchée devant nous.

Or voilà que je me retrouve avec un Samsung Galaxy Note 9 entre les mains. À l’instar des précédents porte-étendards de la marque, il peut être utilisé en mode DeX (Desktop Experience). Le smartphone se transforme alors en ordinateur. Il suffit de le relier à un écran via un adaptateur HDMI pour que le terminal adopte une interface légèrement inspirée de Windows avec une barre de tâches en bas de l’écran. Vous pouvez aussi opter pour du simple mirroring, mais ce n’est pas pertinent dans la grande majorité des cas.

Mon ordinateur vs Samsung DeX

Un départ compliqué

J’ai donc tenté de rédiger ce papier en n’utilisant que l’écran du Galaxy Note 9 à la fois comme un pavé tactile pour déplacer le curseur de la souris et comme un clavier pour dactylographier mes propos brisant ainsi le lien charnel avec mon ordinateur exposé plus haut. Sur le premier point, je n’ai rencontré aucun souci. Il faut simplement penser à bien régler la surface sensitive pour qu’elle soit bien à l’endroit et que votre souris n’aille pas à gauche quand vous glissez vers la droite.

Néanmoins, il est difficile de s’en sortir avec Gboard, le clavier que j’ai préféré à celui nativement proposé par Samsung. Malgré ce choix du cœur, j’ai éprouvé les plus grandes difficultés à être aussi productif qu’avec un bon clavier classique, car la petitesse des touches est un frein à la rapidité de la rédaction. Malgré la correction automatique, il faut par ailleurs très régulièrement revenir en arrière pour corriger un terme mal écrit à cause d’un appui sur deux lettres en même temps ou alors ralentir la cadence et perdre du temps. On n’en tiendra pas vraiment rigueur à la solution DeX pour ce petit détail, mais je voulais simplement préciser qu’à partir de la phrase suivante, j’ai commencé à écrire au clavier classique relié en USB via un dock dédié.

Gboard ne suffit pas pour une bonne productivité.

Voilà, à partir de là je retrouve enfin le plaisir d’un vrai clavier pour travailler. Gboard est excellent pour un smartphone, mais dans une telle configuration celui-ci fait plus office de solution d’appoint utile dans quelques rares cas et est loin d’être l’option la plus efficace. Nous arrivons donc à notre première conclusion : si votre occupation professionnelle consiste à devoir rédiger plusieurs lignes de texte au fil de la journée, vous serez limité si vous n’utilisez que le smartphone. Par curiosité, j’ai testé la même chose avec la tablette Galaxy Tab S4 : ce souci s’atténue significativement, mais il est toujours bien présent. Précisons toutefois qu’il existe un accessoire — Keyboard Cover — que vous pouvez acheter pour ajouter un clavier physique à l’ardoise tout en profitant de DeX.

Mais revenons-en à nos moutons. Je profite donc désormais d’une expérience beaucoup plus proche de celle d’un PC classique. Le Galaxy Note 9 sert désormais uniquement d’unité centrale, car, oui, je me suis fait plaisir en ajoutant une souris pour me passer du pavé tactile.

Ma configuration finale

Encore quelques soucis

La première chose qui me frappe, c’est que l’interface ne s’adapte vraiment pas bien à mon écran 16:10. En résultent des bandes noires très larges au-dessus tout autour de la zone utile d’affichage. De quoi gâcher un peu l’expérience. À titre de comparaison, sur un moniteur 16:9, il n’y a absolument aucune zone de vide et c’est pourquoi c’est celui que l’on a choisi pour illustrer cet article. Il est donc bien dommage que Samsung n’ait pas prévu une interface plus adaptative.

Samsung DeX n’aime pas les écrans 16:10

Malgré moi, je passe outre cet agaçant détail et je m’attelle à ma tâche. Là, un autre inconvénient vient m’embêter. Contrairement à ses prédécesseurs, le Galaxy Note 9 n’a pas besoin d’une station spéciale pour passer en mode DeX. Comme mentionné plus haut, un simple adaptateur HDMI suffit amplement. L’installation est donc beaucoup plus pratique. Subsiste toutefois un souci : le smartphone ne peut pas être chargé pendant qu’il est utilisé comme un ordinateur puisque le port USB-C est occupé. Et l’impact sur la batterie s’en fait grandement ressentir. En effet, il suffit d’une vingtaine de minutes pour perdre environ le même nombre de pourcentages dans le logo en forme de pile.

Ce souci peut être remédié par un hub offrant du Power Delivery. Personnellement, j’en utilise un au travail quotidiennement, mais pour la plupart des utilisateurs cela signifie donc qu’il faudra sans doute réaliser une dépense supplémentaire. Quand le téléphone coûte déjà plus de 1000 euros, dépenser environ 15 euros de plus peut toutefois paraître dérisoire.

Interface : quelques avantages, beaucoup de frustrations

Pfiou ! Je peux enfin me lancer dans de bonnes conditions sur Samsung DeX (excepté cette histoire des bandes noires). L’interface est assez facile à prendre en main et il faut l’appréhender de la même manière qu’on le ferait sur Android à la différence près que les fenêtres sont plus facilement redimensionnables et que la barre d’état en bas se révèle bien pratique pour passer très rapidement d’une application à l’autre en un seul clic.

Afficher plusieurs fenêtres les unes à côté des autres représente aussi un sérieux avantage par rapport au smartphone. Je peux ainsi écrire mon article, chatter avec mes collègues sur Slack et surveiller mon fil Twitter. Tout cela en même temps. Au passage, je peux envoyer un SMS écrit au clavier physique ou passer un appel (avec le haut-parleur activé) sans avoir à regarder le smartphone, mes yeux étant rivés sur le moniteur. Le multitâches, même intensif, ne met jamais à mal le Galaxy Note 9 qui fait honneur à la puissance que l’on attend de lui.

Concrètement, on retrouve des sensations très proches de celles d’un ordinateur particulièrement sur les applications de Samsung, mais je ne les utilise pas beaucoup. Le navigateur Chrome — que je laisse toujours ouvert — se comporte presque exactement comme sur Windows 10 avec des interactions et des raccourcis quasi identiques (comme le Ctrl+T bien utile). Pour travailler sur WordPress, c’est parfait. Mais, hélas, sur la plupart des applications, la logique de navigation reste encore trop proche de celle de leurs clients Android.

Deux exemples me viennent en tête. Le premier concerne des applications comme Slack ou Twitter où il existe un panneau latéral à tirer depuis la gauche de l’écran. Sur DeX, lorsque ces clients ne sont pas en plein écran, il faut faire apparaître ledit panneau en cliquant sur la gauche de la fenêtre, maintenir appuyé et faire glisser le curseur vers la droite. Comme on le ferait avec le doigt sur un écran tactile. Or, dans cette situation, ce n’est pas vraiment pratique.

L’autre exemple que je voudrais vous donner touche YouTube. Ici aussi, DeX n’est pas correctement exploité puisque, lorsqu’une vidéo est en cours de visionnage et que l’on revient à l’écran d’accueil, il faut faire glisser la miniature en dehors de la fenêtre pour interrompre la lecture. Un système qui marche très bien sur Android, mais peu idoine pour le Desktop Experience.

Quant aux jeux, je n’ai jamais réussi à les afficher en plein écran — même en activant l’option LAB qui promet pourtant de forcer l’extension de la fenêtre et qui fonctionne pour Netflix. Cela n’est toutefois pas si grave, puisque DeX n’est clairement pas conçu pour ce genre d’utilisation. Certaines applications ne peuvent tout simplement pas fonctionner sur cette interface à l’instar d’Asphalt 9. Pour le fun, j’ai tenté une partie de Real Racing 3 avec une manette entre les mains. C’est tout à fait possible, mais le système manque un peu d’intelligence puisqu’il ne répond plus au mouvement du joystick dès que le smartphone entre en veille.

Ainsi, lorsque j’oubliais de tapoter l’écran du Galaxy Note 9 pendant ma course, celui-ci devenait tout noir (mais pas le moniteur faut-il le préciser) et ma voiture finissait dans le mur tant que je n’appuyais pas sur le bouton de déverrouillage.

Et c’est sur cette note amère de frustration que mon expérience DeX s’est achevée. Et on observera, à regret, que cette fonctionnalité ne s’est pas encore assez améliorée depuis ses débuts sur le Galaxy S8.

Note finale du test 4/10
Le Samsung Galaxy Note 9 est sans doute le meilleur appareil Android du marché à l'heure où nous publions ce papier. Mais alors qu'il est vendu à plus de 1000 euros, nous sommes en droit de nourrir des exigences très élevées sur chaque option qu'il propose. Et s'il ne déçoit pas du tout sur toute la partie smartphone, sa fonctionnalité DeX, quant à elle, est bien plus frustrante.

Obtenir une configuration viable pose quelques soucis dès le début de l'utilisation. Beaucoup de batterie est consommée sans outil adéquat, l'interface ne s'adapte pas à tous les moniteurs et plusieurs interactions ne sont tout simplement pas adaptées à une utilisation d'ordinateur.

La note est sévère, certes, mais il ne faut pas y voir un désaveu de cette solution, loin de là. On croise plutôt les doigts pour que Samsung continue d'améliorer DeX. Sur le plan matériel, les smartphones haut de gamme du constructeur sont parfaitement au point, maintenant il faut travailler sur l'amélioration de l'interface et le confort d'utilisation.
  • Points positifs
    • L'idée est toujours aussi géniale
    • Multitâche très facile
    • Les performances du Note 9
  • Points négatifs
    • Trop énergivore
    • Ne s'adapte pas à tous les écrans
    • Beaucoup d'interactions mal pensées