
En 1996, les joueurs connus sous les pseudonymes de Shlonglor et Warp écrasent tout le monde sur le jeu de stratégie en temps réel Warcraft II. À tel point que plus personne ne veut les affronter. Alors ils créent chacun un nouveau compte, « Papa Smurf » et « Smurfette » (les noms anglais du Grand Schtroumpf et de la Schtroumpfette), afin de trouver des adversaires incognito. Le « smurfing » est né.
Cette pratique où des joueurs de haut niveau créent un compte secondaire pour se retrouver face à des débutants est encore d’actualité en 2026. Dans certains cas, la démarche est légitime. Par exemple afin de jouer avec ses amis moins bien classés, ou s’entraîner à une nouvelle stratégie sans risquer de faire baisser son classement. Cela dit, le but est le plus souvent de gagner facilement, quitte à dégoûter les autres.
Certains éditeurs luttent déjà contre le « smurfing ». Depuis septembre 2025, Riot Games utilise par exemple sur League of Legends un système de détection, Vanguard Anti-Boost, qui repère les comptes secondaires et bannit ceux qui ont été achetés. De son côté, Sony imagine un système qui permettrait d’identifier automatiquement celles et ceux qui y ont recours. Avec sanction à la clé. L’entreprise japonaise décrit le fonctionnement de son idée dans une demande de brevet déposée le 30 avril 2025 et publiée ce jeudi 5 novembre par l’office américain des brevets (USPTO), intitulée « Caractéristiques de gameplay permettant l’identification du joueur ».


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Un brevet de Sony contre le « smurfing » dans les jeux en ligne compétitifs
Sur le papier, le principe est simple. Le but est de définir un profil de caractéristiques en enregistrant divers paramètres, surtout relatifs à l’utilisation de la manette. La rapidité avec laquelle vous appuyez sur les boutons, combien de temps vous les maintenez enfoncés, comment vous naviguez dans les menus, les options que vous activez/désactivez systématiquement… L’heure à laquelle vous avez l’habitude de jouer peut aussi être prise en compte.
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Ces informations sont récoltées sur quelques jours, semaines ou mois, selon le temps nécessaire pour établir le profil. Une fois que c’est fait, un modèle d’IA va le comparer à d’autres associés à des comptes plus anciens. Chaque fois, un score de similarité est attribué. Quand il dépasse un certain seuil, le système marque les profils concernés comme appartenant à la même personne et envoie une alerte au fabricant de la console ou à l’éditeur du jeu.
Si l’entité contactée estime qu’il s’agit bien de « smurfing », elle peut décider de sanctions comme restreindre l’accès aux parties classées ou bannir les comptes concernés. Pour éviter les faux positifs, Sony prévoit que son système analyse le niveau de jeu d’une personne en observant ses parties en ligne.
L’IA pourrait définir votre niveau de jeu en analysant quelques parties en ligne
Avec au maximum une dizaine de parties, indique le brevet, l’IA définirait vos compétences dans le jeu observé, là aussi à partir de votre profil de caractéristiques. Ce profil est comparé à celui de joueurs dont le niveau est déjà connu.
Si ce niveau estimé ne correspond pas au classement de votre compte, le système met à jour ce classement et transmet au jeu un niveau recommandé. Lors du lancement du prochain match, le jeu le prend en compte et vous vous retrouvez face à des gens aux compétences équivalentes. Les parties perdues volontairement pour faire baisser son classement seraient identifiées et écartées des calculs.
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Et comme l’analyse se base sur vos habitudes, elle saurait aussi distinguer un compte partagé entre plusieurs personnes ou dont quelqu’un aurait pris le contrôle suite à un piratage par exemple.
Reste la question du respect de la vie privée, au vu des données collectées. Sony explique que les bases chargées de les stocker seraient propres à chaque région afin de respecter les différentes législations sur le sujet. En revanche, le brevet ne dit presque rien du consentement du joueur ni de la possibilité de refuser la collecte. Logique, diront certains, puisque sans informations, le système ne fonctionne pas.
Le 9 septembre, lors d’un premier examen, l’examinateur de l’USPTO a rejeté les revendications de Sony telles qu’elles avaient été déposées. Ce refus est courant à ce stade, et Sony peut amender sa demande pour obtenir son brevet. Impossible de dire si l’idée imaginée par le fabricant sera au point pour la sortie de la PlayStation 6.
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