SpaceX entre en bourse le 12 juin : faut-il acheter l’action la plus chère de l’histoire ?

Trop cher pour SPCX ?

 
Le 12 juin 2026, SpaceX devient l’introduction en bourse la plus chère de l’histoire. Mais à 1 770 milliards de dollars pour une entreprise qui perd de l’argent, vaut-il le coup de mettre la main au portefeuille ?
Crédits : SpaceX

SpaceX, l’entreprise spatiale d’Elon Musk, fait son entrée au Nasdaq le 12 juin 2026 sous le symbole SPCX. Le prix d’émission est fixé à 135 dollars (environ 124 €) par action, pour une valorisation visée d’environ 1 770 milliards de dollars. C’est de loin la plus grosse introduction en bourse jamais réalisée : l’entreprise compte lever environ 75 milliards de dollars, soit plus du double du record précédent, détenu par le pétrolier saoudien Saudi Aramco en 2019.

Le problème, c’est que le prix de l’action ne raconte qu’une partie de l’histoire. Le document officiel déposé auprès du gendarme boursier américain, la SEC, révèle une entreprise à trois visages, dont un seul gagne réellement de l’argent. Pour 2025, SpaceX affiche une perte nette de 4,9 milliards de dollars, malgré un chiffre d’affaires en hausse de 33 % à 18,7 milliards. Voilà le grand écart qu’il faut comprendre avant d’investir.

Trois activités, une seule qui gagne de l’argent

Depuis sa fusion avec xAI début 2026, SpaceX regroupe trois divisions. La première, c’est Starlink, l’internet par satellite. La deuxième, le spatial : les fusées et le programme Starship. La troisième, l’IA, avec le modèle Grok, les centres de données et le réseau social X (ex-Twitter).

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Starlink est le moteur. Le service a généré 11,4 milliards de dollars en 2025, soit 61 % des revenus du groupe, avec plus de 10 millions d’abonnés.

Une des missions Starlink // Crédits : SpaceX

C’est la seule activité clairement rentable, et son potentiel est encore loin d’être épuisé : avec le service direct-to-cell qui veut faire pleuvoir la 5G depuis l’espace, SpaceX vise les utilisateurs mobiles hors couverture des réseaux terrestres.

Côté fusées, SpaceX revendique plus de 90 % du marché mondial des lancements commerciaux avec ses lanceurs réutilisables, une domination qu’aucun concurrent privé n’approche.

Terafab // Crédits : SpaceX

Le trou noir, c’est l’IA. Le segment a englouti 12,7 milliards de dollars d’investissements en 2025 et perd plus d’argent que les fusées et Starlink n’en gagnent. SpaceX y croit dur comme fer : l’entreprise vient de présenter AI1, son premier datacenter conçu pour flotter en orbite, l’idée étant de faire tourner Grok directement depuis l’espace.

SpaceX a dévoilé AI1 // Crédits : SpaceX

Cette IA gourmande en calcul a déjà trouvé des clients de poids : Google paie près de 920 millions de dollars par mois pour louer cette puissance de calcul, et Anthropic, qu’Elon Musk traitait pourtant de « démon », a signé un accord pouvant atteindre 1,25 milliard de dollars par an.

Une valorisation qui suppose que tout se passe bien

C’est là que ça coince. À 1 770 milliards de dollars pour 18,7 milliards de revenus, on paie environ 94 fois le chiffre d’affaires annuel. Pour comparer, une entreprise aérospatiale classique comme Lockheed Martin se valorise autour de 1,5 à 3 fois ses ventes. Autrement dit, le marché ne achète pas SpaceX pour ce qu’elle gagne aujourd’hui, mais pour ce qu’elle pourrait gagner en 2030.

Tous les analystes ne sont pas d’accord, loin de là. Le cabinet d’études Morningstar a calculé une juste valeur d’environ 780 milliards de dollars, soit plus de moitié en dessous du prix demandé, son analyste Nicolas Owens estime que les investisseurs « auront l’occasion d’acheter l’action à des niveaux plus intéressants après l’introduction ». Aswath Damodaran, professeur à l’université de New York surnommé le « doyen de la valorisation », l’estime de son côté à 1 300 milliards. À l’inverse, ARK Invest, le fonds de Cathie Wood, juge l’objectif crédible et voit 2 500 milliards d’ici 2030. Cet écart d’opinion en dit long sur l’incertitude réelle.

Starship

À ce prix, trois paris doivent tous se réaliser : Starlink doit continuer sa croissance, Starship doit démarrer ses vols commerciaux au second semestre 2026, et l’IA doit réduire ses pertes. Le moindre raté et la valorisation dégringole. Le document officiel pointe d’ailleurs Starship comme le principal risque : en cas d’échec, c’est toute la stratégie de croissance qui vacille.

Le piège de la gouvernance et du flottant

Deux détails que tout acheteur d’action SPCX devrait avoir en tête. D’abord, la gouvernance : SpaceX utilise deux catégories d’actions, et après l’introduction, Elon Musk conserve plus de 82 % des droits de vote alors que sa part économique est bien plus faible.

Concrètement, en achetant l’action, on devient propriétaire d’un bout de l’entreprise sans aucun pouvoir sur sa gestion. Et Elon Musk dirige plusieurs sociétés en parallèle (Tesla, xAI, X), ce qui ouvre la porte aux conflits d’intérêts.

Sur le site du Terafab

Ensuite, le flottant. Seuls 3 à 4 % du capital sont mis en vente. Il y aura peu d’actions disponibles, donc les prix peuvent s’envoler comme s’effondrer brutalement. SpaceX bénéficie en plus des nouvelles règles du Nasdaq, qui pourraient l’inclure dans l’indice Nasdaq-100 dès 15 jours après l’introduction, déclenchant des achats automatiques de la part des fonds indexés. De quoi soutenir le cours… pour un temps.

SpaceX a de vrais atouts : le leadership sur les lancements, une activité Starlink rentable, et un Elon Musk qui, sur l’énergie comme sur l’IA, a montré qu’il savait changer d’avis quand ça l’arrange. Mais à 135 dollars, on paie déjà un futur radieux comme s’il était acquis. Pour nous, c’est sans doute un placement ultra-volatil et spéculatif : ce n’est pas une base de portefeuille, et certainement pas un endroit où mettre un argent dont on a besoin demain.


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