
SpaceX a publié lundi soir une vidéo de 30 minutes sur X pour présenter AI1, le premier satellite d’une future constellation de datacenters orbitaux. Le timing n’a rien d’innocent : la société de Elon Musk prépare son introduction en Bourse, attendue ce vendredi. L’opération vise une levée de 75 milliards de dollars (environ 69 milliards d’euros) pour une valorisation autour de 1 770 milliards de dollars, soit la plus grosse IPO de l’histoire.
AI1, ce n’est pas un satellite de communication. C’est une sorte de serveur volant : une grande surface de cellules solaires qui alimente des puces de calcul, le tout placé en orbite basse, à environ 600 kilomètres d’altitude. L’argument d’Elon Musk tient en deux points.
Dans l’espace, le soleil tape en continu, sans nuit ni météo. Et la chaleur produite par les puces se dissipe directement dans le vide, sans avoir besoin des systèmes de refroidissement gourmands des centres de données au sol.
Un datacenter de 70 mètres d’envergure
Le satellite est énorme. DataCenterDynamics rapporte une envergure d’environ 70 mètres déployée, soit plus large qu’un Boeing 747. Sa puissance de calcul atteint 150 kW en pic et 120 kW en moyenne. Pour situer, ça correspond à peu près à la consommation d’un seul rack de cartes Nvidia GB300 dans un datacenter classique. L’array solaire produit 250 watts par mètre carré, et le refroidissement passe par de grands radiateurs liquides déployables, avec un blindage contre les micro-météorites.

Détail malin : le fournisseur de puces est interchangeable. SpaceX ne s’enferme pas avec un seul fabricant, ce qui lui laisse de la marge selon ce qu’elle arrive à se procurer. Et c’est justement le point faible.
Selon les documents d’introduction en Bourse résumés par Let’s Data Science, SpaceX reconnaît avoir besoin de puces nettement plus avancées que celles dont elle dispose aujourd’hui, et admet que son projet d’usine de semi-conducteurs pourrait ne pas aboutir. De quoi tempérer l’enthousiasme du discours.
Elon Musk lui-même a joué la carte de la prudence. Il a présenté AI1 comme une « version brouillon » de la première génération, sans s’engager sur la date ni l’ampleur du déploiement. Il a aussi glissé que le design était, selon lui, plus simple que celui des satellites Starlink existants : « Le satellite IA est essentiellement composé d’un grand nombre de cellules solaires », a-t-il déclaré, sans les antennes complexes des satellites de connexion. Une usine baptisée Gigasat, à Bastrop au Texas, doit commencer à produire ces satellites fin 2027.

AI1 reste pour l’instant un concept sur vidéo, pas un produit qui vole. Deux prototypes sont annoncés pour début 2027, et SpaceX prévient elle-même qu’elle ne peut promettre ni le calendrier ni l’échelle. Les annonces Starlink, elles, sont autrement plus tangibles : les V3 arrivent et Starlink est déjà le réseau qui fait gonfler les comptes de SpaceX. Pour l’instant, le datacenter dans l’espace sert surtout à muscler l’argumentaire boursier avant vendredi.
Pendant ce temps, Starlink passe la surmultipliée
AI1 n’arrive pas seul. SpaceX a profité de cette semaine pré-IPO pour aligner une série d’annonces autour de Starlink, son réseau d’internet par satellite déjà disponible en France. Premier chiffre : le service a dépassé 10 millions d’abonnés, contre 5 millions un an plus tôt. C’est l’une des croissances les plus rapides jamais vues dans l’internet grand public.

Le vrai saut technique, ce sont les satellites de troisième génération, les fameux V3 attendus dès 2026. Chacun promet 1 Tbit/s en liaison descendante, contre 96 Gbit/s pour un V2 Mini actuel. Surtout, ils seront lancés par la fusée Starship : un seul tir déploiera 60 satellites V3 et ajoutera environ 60 Tbit/s au réseau. À titre de comparaison, un Falcon 9 chargé de 27 satellites V2 n’en apporte que 2,6 Tbit/s. Autrement dit, un lancement Starship équivaut à environ 23 lancements Falcon 9.
| Critère | Falcon 9 + V2 Mini | Starship + V3 |
|---|---|---|
| Satellites par vol | ~27 | 60 |
| Capacité ajoutée (Gbit/s) | 2 600 | 61 000 |
| Débit par satellite (Gbit/s) | 96 | 1 000 |
| Liaison montante par satellite (Gbit/s) | 6,7 | 160 |
| Débit utilisateur visé | ~100 à 400 Mbit/s | > 1 Gbp/s |
SpaceX promet des débits jusqu’à dix fois supérieurs pour les utilisateurs, avec le gigabit en ligne de mire. La société a aussi montré de nouveaux terminaux Starlink, aux formes un peu plus arrondies que les boîtiers rectangulaires actuels, sans donner de caractéristiques précises.

Elon Musk table sur « quelques centaines de millions » de terminaux à terme.


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