
Les chiffres sont réels : SpaceX a été introduite sur le Nasdaq le 12 juin au prix de 135 dollars (environ 124 €), a clôturé sa première séance à 161 dollars (environ 148 €), puis l’action a grimpé jusqu’à 192 dollars (environ 176 €) le 15 juin. À ce niveau, la capitalisation atteint 2,52 trillions de dollars, ce qui place l’entreprise d’Elon Musk au sixième rang mondial, derrière Microsoft, Apple, Alphabet, Nvidia et Amazon. Aujourd’hui, elle est à près de 210 dollars (180 €). Au 16 juin, SpaceX dépasse même Amazon et grimpe à la 5e place mondiale avec une valorisation à 2,76 trillions de dollars. On en parlait déjà au moment de son arrivée en Bourse.

Ce cours ne reflète pas la valeur de l’entreprise, mais sa rareté. SpaceX n’a mis en Bourse qu’environ 4 à 5 % de ses actions : les 95 % restants sont bloqués par une période de verrouillage. Elon Musk a accepté de garder ses titres immobilisés pendant 366 jours, sans aucune sortie anticipée.
Ce qui signifie que quand quelques pour cent des actions s’échangent à prix d’or, le marché valorise toute l’entreprise sur cette base. C’est ce qu’on appelle un faible flottant, et ça fausse tout.
Il faut aussi rappeler ce que SpaceX gagne, ou pas : l’entreprise a généré environ 19 milliards de dollars de chiffre d’affaires en 2025, mais elle n’est pas bénéficiaire. C’est tout l’écart pointé par les analystes : un cours qui valorise la société entre 2 500 et 2 800 milliards de dollars, pour une entreprise qui ne dégage pas encore de profit net.
Les fonds ne sont pas « obligés » d’acheter, mais presque
L’idée qui circule, c’est que dans 15 jours, les institutions devront « légalement » acheter SpaceX. Ce n’est pas tout à fait vrai, mais le mécanisme réel n’en est pas loin. Le Nasdaq a changé ses règles fin mars 2026 (effectives au 1er mai) pour faire entrer une nouvelle société dans le Nasdaq-100 dès 15 jours de Bourse, contre trois mois auparavant. Du coup, tous les fonds qui répliquent cet indice sont contraints d’acheter du SPCX pour rester alignés.
Selon une estimation de BNP Paribas, relayée par TechTimes, la seule entrée au Nasdaq-100 générerait environ 8 milliards de dollars d’achats forcés sur le premier mois, et jusqu’à 30 milliards au total avec les autres indices. Cet argent vient acheter une poignée d’actions disponibles : ce qui est une mécanique parfaite pour faire grimper un cours sans aucun rapport avec les fondamentaux.
Le vrai risque arrive plus tard. SpaceX prévoit de libérer ses actions verrouillées par paliers : une première tranche après les premiers résultats trimestriels, puis d’autres jusqu’à fin 2026. Le jour où les initiés pourront enfin vendre, l’offre d’actions explose pendant que la demande artificielle, elle, ne bouge pas. Morningstar valorise d’ailleurs SpaceX à 780 milliards de dollars, moins de la moitié de sa valorisation d’introduction (environ 1 770 milliards), et juge le titre « largement surévalué ».
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