
Demain, nos smartphones pourront se connecter directement aux satellites pour capter du réseau au milieu de nulle part. Mais l’Union européenne n’a aucune envie de confier les clés de cette infrastructure naissante à Elon Musk ou Jeff Bezos. La Commission s’apprête en effet à figer une répartition très stricte de la bande de fréquences satellitaires mobiles 2 GHz, au détriment des géants d’outre-Atlantique.
Dans le détail, cette ressource de 30 MHz permet de maintenir une connexion là où les antennes terrestres classiques déclarent forfait. Les licences actuelles, détenues par les firmes américaines Viasat et EchoStar, arrivent à échéance en mai 2027. Au lieu de rouvrir le marché à tous les vents, Bruxelles va réserver les deux tiers de ce spectre aux entreprises enregistrées dans l’UE, au Royaume-Uni ou en Norvège. Les acteurs américains devront donc se battre pour se partager le tiers restant.
IRIS², la réponse continentale à 10 milliards d’euros
Cette manœuvre réglementaire vise d’abord à sécuriser le terrain pour notre propre infrastructure. Le grand gagnant de cette nouvelle donne s’appelle IRIS², une constellation de 290 satellites portée par le consortium SpaceRISE. Ce regroupement d’industriels intègre des noms bien connus du secteur comme Airbus, Thales Alenia Space, Eutelsat ou encore SES. Fort d’un budget estimé à 10,5 milliards d’euros, dont une large part d’argent public, le projet européen doit fournir ses premiers services à l’horizon 2030.
L’enjeu technologique derrière ces fréquences se résume au « direct-to-device ». Cette méthode permet de relier un téléphone mobile tout à fait standard à un satellite, sans exiger de parabole ou d’équipement de relais. Pour les opérateurs télécoms européens, c’est une évolution matérielle à double tranchant. Garder la main sur ces fréquences permet d’éviter qu’une plateforme extra-territoriale ne vienne un jour court-circuiter leurs réseaux terrestres, surtout que les débits de Starlink deviennent de plus en plus rapides.
Un compromis géopolitique pour éviter le clash
L’idée de fermer totalement la porte aux entreprises américaines a bel et bien circulé dans les couloirs de la Commission. La responsable du numérique, Henna Virkkunen, a toutefois poussé pour conserver ce petit tiers accessible aux étrangers. L’objectif de cette concession est purement pragmatique : ne pas déclencher une guerre commerciale frontale avec la nouvelle administration Trump. Malgré ces contraintes, Starlink et Amazon Leo ont déjà fait savoir qu’ils comptaient candidater pour récupérer cette portion congrue.
Il faut dire que la crainte d’une dépendance technologique envers SpaceX a servi d’électrochoc, surtout depuis qu’Elon Musk a évoqué la possibilité de couper son réseau en Ukraine. Si l’Europe joue aujourd’hui la carte de l’autonomie, la démarche irrite profondément les États-Unis. Le président du régulateur américain des télécoms a immédiatement brandi la menace d’une réciprocité, rappelant que nos opérateurs font aussi des affaires sur le sol américain.
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