
Depuis la mi-janvier, Tesla a discrètement modifié son configurateur aux USA. L’Autopilot, la fonctionnalité d’assistance à la conduite qui a fait la renommée de la marque, n’est plus proposé de série. Un changement de cap radical qui soulève une question légitime pour les automobilistes européens : la marque d’Elon Musk va-t-elle appliquer cette même politique chez nous ?
Pour bien comprendre ce qui se joue, il faut d’abord décortiquer la différence entre les marchés et, surtout, entre les technologies embarquées.
Ce qui a vraiment changé outre-Atlantique
Aux États-Unis et au Canada, les acheteurs d’une Tesla Model 3 ou Model Y neuve n’ont désormais droit qu’à un simple régulateur de vitesse adaptatif (le TACC, pour Traffic-Aware Cruise Control). Ce système gère l’accélération et le freinage pour maintenir une distance de sécurité avec le véhicule qui précède, mais il s’arrête là.
La fonction Autosteer, qui maintient activement la voiture au centre de sa voie de circulation en tournant le volant, a été retirée de l’offre de base.
Or, c’est précisément la combinaison du régulateur adaptatif et du maintien dans la voie que Tesla appelait « Autopilot » pour en faire une conduite semi-autonome de niveau 2. Désormais, pour que la voiture gère sa direction sur l’autoroute aux États-Unis, le client est obligé de passer à la caisse en souscrivant à l’option FSD (Full Self-Driving, ou Capacité de conduite entièrement autonome), facturée 99 dollars par mois.
Pour aller plus loin
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La pirouette juridique : supprimer plutôt que renommer
Comme le souligne très justement l’analyse de Numerama, ce retrait n’est pas qu’une simple manœuvre commerciale : c’est avant tout une parade juridique.
Depuis des années, Tesla est dans le collimateur de la NHTSA (l’agence fédérale américaine chargée de la sécurité routière) concernant le nom même d’« Autopilot ». Les autorités jugent ce terme trompeur, car il laisse supposer aux conducteurs que la voiture peut se conduire seule, ce qui a mené à plusieurs accidents mortels liés à un manque de supervision.

Face à la pression des régulateurs pour mettre fin à cette confusion, Tesla avait une option simple : renommer sa fonction de série avec un terme plus factuel et moins survendeur (comme « Assistant de maintien dans la voie »).


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Mais plutôt que de faire cette concession sémantique, l’entreprise d’Elon Musk a choisi la méthode forte. Au lieu de renommer l’Autopilot pour se conformer aux attentes légales, elle l’a purement et simplement supprimé. Une pirouette spectaculaire qui permet à Tesla d’esquiver le problème juridique tout en poussant ses clients vers son offre payante.
Autopilot et FSD : deux logiciels qui ne se parlent plus
À cette dimension légale s’ajoute une réalité purement technique : aujourd’hui, l’Autopilot classique et le FSD n’ont plus rien à voir sur le plan logiciel. L’Autopilot historique repose sur des centaines de milliers de lignes de code en langage C++. C’est un système algorithmique classique : si la caméra détecte une ligne blanche à gauche, la voiture tourne légèrement à droite.
Le FSD de dernière génération, en revanche, fonctionne sur un principe de réseaux de neurones de bout en bout (end-to-end). Le conducteur indique l’adresse de destination, et la voiture l’y amène toute seule.
L’intelligence artificielle analyse les vidéos des caméras en temps réel et prend des décisions basées sur des millions de kilomètres d’apprentissage, sans code de programmation classique pour lui dicter chaque mouvement.
Maintenir ces deux architectures logicielles en parallèle coûte cher en ressources de développement. En supprimant l’Autopilot de série aux États-Unis, Tesla unifie sa flotte sous un seul écosystème logiciel tout en s’assurant des revenus récurrents grâce à l’abonnement.
Le directeur financier de Tesla, Vaibhav Taneja, reconnaissait d’ailleurs fin 2025 que l’abonnement logiciel devait devenir un moteur de rentabilité majeur pour l’entreprise, alors que la guerre des prix rogne les marges sur la vente physique des véhicules.
La situation en Europe : une offre encore riche (pour l’instant)
En France et dans le reste de l’Europe, le catalogue de Tesla est resté intact. À l’heure actuelle, un acheteur bénéficie toujours de trois niveaux bien distincts :
L’Autopilot de série : il inclut le régulateur adaptatif et le fameux centrage dans la voie (Autosteer), sans surcoût.
L’Autopilot amélioré (3 800 euros) : Il ajoute le changement de voie automatisé, la navigation sous Autopilot et l’assistance au parking.
La Capacité de conduite entièrement autonome (7 500 euros) : C’est le FSD. Toutefois, en raison de la réglementation européenne actuelle, ses capacités sont encore largement bridées par rapport à ce dont profitent les conducteurs américains.
La question est donc de savoir si Tesla osera franchir le pas chez nous et reléguer le maintien dans la voie derrière un mur payant. On peut imaginer que cela puisse arriver lorsque le FSD sera disponible en Europe, dans les prochains mois selon Tesla. Nous avons d’ailleurs pu le tester dans les rues de Paris.
Doit-on s’inquiéter pour nos futures Tesla européennes ?
Sur le plan strictement légal, rien n’empêche Tesla de supprimer le centrage dans la voie gratuit en Europe. La norme de sécurité européenne GSR2 impose bien la présence d’un système de maintien d’urgence dans la voie (qui corrige la trajectoire si vous mordez la ligne blanche par inattention), mais elle n’exige en aucun cas un centrage permanent et confortable tel que le propose l’Autopilot de série.
De plus, Tesla ne subit pas exactement les mêmes foudres juridiques sur le Vieux Continent concernant l’appellation de ses systèmes.
Cependant, le contexte commercial européen est très différent. Les constructeurs asiatiques, comme BYD ou Xpeng, arrivent en force sur le marché en intégrant des systèmes de conduite semi-autonome de niveau 2 très performants et livrés de série. Retirer l’Autopilot de base en Europe aujourd’hui équivaudrait, pour Tesla, à se tirer une balle dans le pied face à une concurrence particulièrement agressive.

De surcroît, tant que le FSD n’est pas pleinement approuvé et déployé par les autorités de régulation européennes (la CEE-ONU travaille actuellement sur l’homologation des systèmes DCAS pour autoriser ces technologies), Tesla n’a aucun produit logiciel de substitution suffisamment attractif à vendre par abonnement en Europe.
En conclusion, votre Autopilot de série européen est à l’abri pour le moment. L’entreprise a besoin de conserver cet argument de vente. Mais la situation méritera d’être surveillée de très près d’ici quelques années : le jour où la conduite entièrement autonome (FSD) sera légalement libérée sur nos routes, Tesla pourrait bien être tenté d’aligner sa stratégie européenne sur son modèle américain, transformant ce qui était un acquis gratuit en un service facturé au prix fort.
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