Cet ingénieur repousse les limites de l’e-ink en y faisant tourner une Game Boy à 60 Hz

Défi technique réussi

 
Un ingénieur a transformé une carte acec écran e-ink en une Game Boy qui tourne à 60 images par seconde.

Le papier électronique, on l’associe aux liseuses : net pour lire, mais lent, avec ce délai et ce fantôme de l’image précédente qui traîne à chaque changement de page. C’est exactement ce que vient de contredire Wenting Zhang, cofondateur de Modos Labs, une société spécialisée dans les écrans e-ink à haut rafraîchissement. Son projet, baptisé « Paper Boy S3 », fait tourner un émulateur Game Boy sur un écran en papier électronique, à 60 Hz.

Le support de base n’est pas une console mais une carte de développement, le M5Stack PaperS3. C’est un petit appareil pensé pour le prototypage électronique, avec un écran tactile e-ink de 4,7 pouces en 960 x 540 pixels. Surtout, il ne tourne pas avec une grosse puce comme celles des consoles portables : à l’intérieur, on trouve un ESP32-S3, un microcontrôleur à bas coût, avec seulement deux cœurs cadencés en centaines de mégahertz, pas en gigahertz comme un processeur de smartphone. Autrement dit, du matériel volontairement modeste.

Comment faire tourner un jeu sur un écran censé être lent

L’astuce vient d’un travail antérieur de Wenting Zhang sur les écrans e-ink, mené pour son moniteur open source Modos Flow. L’idée : ne rafraîchir que les pixels qui changent réellement d’une image à l’autre, au lieu de redessiner tout l’écran. Le reste tient à la définition très basse de la Game Boy d’origine, 160 x 144 pixels. Sur un écran trois fois plus large, Wenting Zhang a pu tripler chaque pixel et utiliser le tramage (le mélange de points) pour reproduire les quatre nuances de gris de la console. Il a réussi à obtenir un rendu net et lumineux, sans le écran terne et minuscule de la Game Boy de 1989.

Tout n’est pas parfait pour autant. Le son sort d’un simple buzzer piézo, et même avec un vrai travail d’ingénierie audio, ça ne ressemble pas vraiment à une Game Boy. Les commandes passent par l’écran tactile, sans retour haptique, même si une prise en charge partielle des manettes Bluetooth LE existe. Zhang reconnaît d’ailleurs que cette connexion Bluetooth reste perfectible, ce qui gêne les jeux nerveux comme Tetris. Plus embêtant, il ne dit rien de l’autonomie : pousser les deux cœurs à fond sur un écran e-ink animé à 60 Hz, ce n’est pas l’usage économe pour lequel ce type d’écran est conçu.

Difficile de courir l’acheter : le firmware se télécharge gratuitement via l’outil M5Burner, mais le PaperS3 lui-même, vendu autour de 65 €, a été arrêté par M5Stack. L’intérêt n’est pas vraiment de jouer à Pokémon sur du papier électronique, mais de voir tomber l’idée reçue selon laquelle l’e-ink est forcément lent. Si vous aimez bidouiller du matériel, ou réver d’une liseuse moins pépere, ce projet vaut le coup d’œil. Pour tout le monde, une vraie console portable comme la Game & Watch de Nintendo reste plus simple.


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