
Ce lundi 6 juillet, Microsoft a annoncé par la voix d’Asha Sharma, la présidente de Xbox, plus de 3 200 licenciements dans l’activité jeu vidéo du géant américain.
Cela représente sans doute la plus importante vague de licenciements de l’histoire du jeu vidéo. Pourtant, à l’annonce, un sentiment de soulagement a été largement partagé sur les réseaux sociaux.
Microsoft venait d’annoncer que quatre studios menacés de fermeture allaient être revendus ou devenir indépendants. Cela faisait suite à plusieurs semaines de rumeurs autour de la fermeture de plusieurs studios Xbox.
Un écran de fumée qui cache une réalité bien plus sombre, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de Microsoft.
Les quatre studios sont tout sauf « sauvés »
Les quatre studios en question sont Ninja Theory (Hellblade), Undead Labs (State of Decay), Double Fine (Psychonauts) et Compulsion Games (South of Midnight). Les deux premiers seront revendus, tandis que les deux autres gagnent leur indépendance.
Pour Microsoft, c’est une vraie économie. La firme se déleste de plusieurs studios et leurs centaines de salariés, sans s’embêter avec des licenciements.
Il ne faut toutefois pas croire que ces studios sont sains et saufs. Ils ont été rachetés par un Microsoft qui leur promettait un financement suffisant pour grandir, grossir, et se montrer plus ambitieux dans leurs productions.
Soudainement redevenus indépendants, ils vont devoir faire sans les finances de Microsoft, mais aussi affronter une industrie devenue bien plus hostile aux studios de cette taille.
Pour leur prochain jeu, ces quatre studios, et en particulier Compulsion Games et Double Fine, vont devoir trouver un partenaire financier, un éditeur, pour produire leurs titres. Or ces deux studios avec leur centaine de développeurs chacun se trouvent pile dans le ventre mou qui n’intéresse plus les éditeurs : entre l’indépendant à petite échelle et gros studio de jeux AAA.
Autrement dit, ces studios pourraient très rapidement être contraints de procéder à leurs propres vagues de licenciements. Ils pourraient être vidés de leurs artistes, voire disparaître. Microsoft pourra se targuer de ne pas les avoir fermés directement, mais la firme aura sérieusement entravé leur avenir. Ce ne sont d’ailleurs pas les seuls à faire les frais des changements chez Microsoft.
L’onde de choc se fait sentir à l’extérieur de Xbox
Les Xbox Game Studios ne sont pas les seuls à subir les conséquences du grand « Reset » voulu par Xbox. Pour alimenter son Xbox Game Pass, Microsoft a signé de nombreux contrats d’édition à travers sa branche Xbox Game Studios Publishing.
La plupart des projets en cours ont tout simplement été annulés, à l’exception du projet porté par Hideo Kojima. On sait, par exemple, que Microsoft a rompu le contrat d’édition sur « Projet Fantasy » du studio IO Interactive (007 First Light, Hitman). Résultat, le studio a procédé à des dizaines de licenciements en conséquence.
Au-delà des contrats d’édition, le repli de Microsoft sur ses plus grandes franchises, et donc sur moins de jeux produits, aura des conséquences sur les sous-traitants auxquels le géant fait appel. De nombreux emplois indirects dans l’industrie vont être touchés par le « reset » de Xbox.

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Microsoft détricote ses propres rachats
Derrière les studios « sauvés » de la fermeture par Microsoft, on a également appris ces derniers jours le sort réservé aux autres studios internes. D’autant que les 3 200 licenciements annoncés en juillet 2026 font suite à deux autres vagues, en 2024 et 2025, elles aussi très dures.
Par exemple, le studio ZeniMax Online Studios a été durement touché par les licenciements de 2026, alors que le studio avait déjà été durement touché en 2025.
Chez id Software, on décrit la situation comme un « bain de sang » : 136 personnes ont été licenciées sur les 185 que comptait le studio. Il ne reste qu’une cinquantaine de personnes, pas assez pour assurer la pérennité des productions du studio. Il y a fort à parier qu’id Software devienne un simple gardien de licences cultes comme Doom, tout en assurant le support du moteur id Tech auprès d’autres studios.
Même les studios les plus précieux de Xbox, comme Bethesda Game Studio, au travail sur Elder Scrolls 6, la suite de Skyrim, ne sont pas épargnés.
Et cela ne s’arrêtera pas là. Microsoft a déjà prévenu que d’autres suppressions de postes interviendraient d’ici à juin 2027, la fin de l’exercice fiscal en cours. La firme devrait notamment communiquer sur l’avenir de Blizzard (Warcraft, Diablo, Overwatch) dans les mois à venir.
Les studios ont pourtant rempli leur mission
Que ce soit au travers des interviews d’Asha Sharma, ou sur les réseaux sociaux, on peut lire beaucoup de rationalisations concernant le « reset » nécessaire de Xbox.
Selon Asha Sharma, la branche jeu vidéo ne rapporte pas assez : elle perdrait 64 centimes sur chaque dollar investi une année normale, et son chiffre d’affaires annuel a reculé de près d’un demi-milliard de dollars en cinq ans, malgré plus de 20 milliards investis (hors Activision Blizzard). De quoi justifier une décision qui serait difficile à prendre : sacrifier les artistes et couper dans les dépenses pour rêver d’un futur radieux pour Xbox.
Pour justifier ce « reset », Asha Sharma invoque la crise des composants matériels, dont les coûts de mémoire et de stockage auraient plus que doublé et pourraient encore grimper d’ici l’automne 2027. La division jeu vidéo, qui ne pèse qu’environ 6 % du chiffre d’affaires du groupe, fait figure de variable d’ajustement alors que Microsoft réoriente massivement ses investissements vers l’intelligence artificielle.
Mais voilà, entre juillet 2020 et juin 2025, la période récente qui couvre les rachats de Bethesda Zenimax et Activision Blizzard, Microsoft a réalisé environ 400 milliards de dollars de bénéfice net au total.
La firme ne détaille pas les chiffres de sa branche jeu vidéo, mais peut-on imaginer que les éventuelles pertes mettent réellement en danger l’avenir du groupe ?
Surtout, on semble faire peser sur des studios, le poids de décisions et d’objectifs qui n’étaient pas les leurs. Lorsque Microsoft rachète Double Fine, c’est pour demander au studio de produire de petits jeux originaux pour alimenter le Game Pass. Qu’a fait le studio depuis son rachat en 2019 ? Des petits jeux originaux pour alimenter le Game Pass.
Microsoft ne comprend pas le jeu vidéo
On nous rétorquera que Microsoft a dépensé plus de 90 milliards de dollars en quelques années dans le jeu vidéo, entre les 68,7 milliards du rachat d’Activision Blizzard et les 7,5 milliards pour ZeniMax. La firme serait donc légitime à attendre un retour sur investissement et à couper dans ce qui ne fonctionne pas.
Mais là encore, Double Fine ou Ninja Theory n’ont pas demandé un rachat d’Activision Blizzard forçant la comparaison entre les ventes d’un Hellblade 2 avec le dernier Call of Duty en date.
On ne peut pas dire que Microsoft n’a pas essayé d’investir dans le jeu vidéo, mais le groupe semble en fait ne pas avoir compris comment fonctionne le secteur ni où il fallait investir.
Avoir des studios de développement pour produire des jeux vidéo régulièrement est une très bonne chose : encore faut-il savoir mener les projets, les commercialiser puis en faire la publicité.
Les dernières grandes productions de Microsoft ne font toujours l’objet d’aucune campagne marketing à grande échelle. En tout cas rien de comparable avec l’affichage public inévitable à chaque sortie de grand jeu Nintendo.
On ne parle même pas de la localisation, où Microsoft recule à grands pas et à grands coups d’IA. Moins un jeu vidéo est traduit, moins il peut se vendre. Toujours très centré sur son marché intérieur, Microsoft ne semble pas comprendre les enjeux en Europe, en Asie ou en Amérique du Sud.
Microsoft ne comprend pas la production de jeux
On pourrait aussi arguer que Microsoft fait simplement le constat de son échec à produire des jeux correctement depuis les rachats de 2018. Mais peut-on vraiment faire ce constat en « seulement » 8 ans ?
Pour une entreprise de la tech comme Microsoft, ce temps paraît infini, mais pour le monde du jeu vidéo, c’est le temps de production d’un à deux jeux. D’autant que la période qui nous intéresse, de 2018 à 2026, comprend le Covid avec les problèmes de production de jeux vidéo associés.
Autrement dit, Microsoft n’a pas vraiment laissé le temps à ses studios de déployer leur potentiel sous son contrôle, ni de leur donner des objectifs appropriés à son souhait de rentabilité.
Xbox peut-il se sauver lui-même ?
Si Xbox n’a vraiment « sauvé » aucun studio avec ses annonces cette semaine, peuvent-elles au moins le remettre sur la bonne voie ?
En se focalisant sur ses meilleures franchises, comme Call of Duty, The Elder Scrolls, Fallout ou encore Minecraft et Candy Crush, Microsoft pourrait réussir à radicalement augmenter les revenus de Xbox tout en réduisant les dépenses.
C’est toutefois une stratégie qui a déjà montré ses limites par le passé. C’est celle utilisée par Activision avant son rachat par Xbox, qui a mené progressivement l’ensemble de ses équipes à travailler sur Call of Duty, au détriment d’autres licences moins juteuses. Si le bilan financier était bon, la marque a aussi largement amoindri la richesse de son catalogue, pour devenir dépendante du succès d’un seul jeu chaque année.
Le défi qui attend Xbox, c’est évidemment le changement de génération. Quels seront les jeux prêts pour le lancement de Projet Helix, si la firme supprime ses contrats d’édition et dévitalise ses studios ?
Quel sera le modèle économique d’une console de jeu promettant un gain de puissance vertigineux, alors que le prix de la technologie n’a jamais été aussi cher ?
Seule Asha Sharma peut avoir les réponses à ces questions. Nous les découvrirons dans les mois à venir.
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