« On ne répond qu’à la moitié de la demande » : Micron justifie la fin de Crucial et enterre tout espoir avant 2028

 
Micron, qui a sacrifié sa célèbre marque Crucial sur l’autel de la rentabilité, tente de rassurer.

Micron, l’un des géants mondiaux des semi-conducteurs, vient de s’exprimer pour la première fois depuis l’annonce choc de l’arrêt de sa marque Crucial. Micron vendait directement la mémoire et les SSD produits aux consommateurs, en plus de fournir plusieurs marques.

La justification ? Elle est signée Christopher Moore, vice-président marketing de l’entreprise. Interrogé sur l’abandon du grand public au profit de l’IA, il assure : « Cette perception n’est peut-être pas tout à fait exacte […] notre objectif est d’aider les consommateurs du monde entier ». Micron change de braquet, et les nouvelles concernant la disponibilité des composants sont loin d’être rassurantes.

La rhétorique d’entreprise face à la réalité

Alors, comment Micron compte-t-il « aider les consommateurs » en supprimant la marque qui leur vendait des produits ? L’argumentaire de Christopher Moore repose sur un tour de passe-passe sémantique. Selon lui, Micron continue de servir le public en fournissant de la mémoire LPDDR5 et des composants aux grands intégrateurs comme Dell ou Asus.

C’est techniquement vrai, mais c’est intellectuellement malhonnête. Il y a un monde entre fournir des puces soudées à des multinationales pour des PC portables à 2000 euros et permettre à un utilisateur de changer sa RAM pour 50 euros. En clair : Micron ne vous abandonne pas, tant que vous achetez un PC neuf complet.

Ce que Micron ne dit pas explicitement, c’est que la marge sur une barrette de RAM vendue sur Amazon est ridicule comparée à celle des modules de mémoire HBM (High Bandwidth Memory) vendus à la pelle à Nvidia, Microsoft ou OpenAI. C’est un choix purement financier. Le consommateur final n’est plus « aidé », il est une variable d’ajustement.

2028 : l’horizon bouché de la pénurie

Le problème, c’est que ce pivot vers l’IA a des conséquences directes sur la disponibilité globale de la mémoire. Et là, Micron a lâché une bombe : n’espérez pas d’amélioration significative de l’offre avant 2028.

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Pourquoi si tard ? Les projets de « méga-usines » annoncés à grand renfort de milliards de dollars dans l’État de New York et l’Idaho sont des chantiers titanesques. L’usine de l’Idaho ne sera opérationnelle qu’à la mi-2027. Celle de New York ? Pas avant les années 2040 pour sa pleine capacité.

Le calcul est vite fait. D’ici là, la demande pour les serveurs d’IA explose, et Micron a déjà avoué ne pouvoir satisfaire que 50 à 60 % de la demande actuelle.

Concrètement, cela signifie que toute nouvelle capacité de production qui sortira de terre dans les trois prochaines années sera immédiatement engloutie par le secteur professionnel.

Les prix de la RAM et des SSD risquent de stagner à des niveaux élevés, voire d’augmenter, faute d’offre suffisante sur le marché classique.

L’IA cannibalise tout

On le voit partout, et Micron en est l’exemple parfait. L’industrie tech se reconfigure entièrement autour de l’intelligence artificielle. C’est logique d’un point de vue business, mais c’est une catastrophe pour l’écosystème PC traditionnel.

En réorientant ses lignes de production vers la mémoire serveur haute performance, Micron crée mécaniquement une tension sur la mémoire standard (DDR4/DDR5). Et sans sa marque Crucial pour inonder le marché de détail et faire pression sur les prix, la concurrence (Samsung, SK Hynix) a moins de raisons de se battre sur les tarifs.


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